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Billet de blog 14 juin 2011

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Depuis ce matin la Terre tremble…

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Anthropologues et Philosophes nous aident

à prendre du recul… Je dédie ce texte

à Michel Serres et Pascal Picq auxquels

j’emprunte beaucoup, désespérance mise à part ;

cette désespérance est bien mienne…

Depuis ce matin…

la Terre tremble !

La Terre tremble… depuis ce matin ! Elle tremble la Terre…

Tremblements ténébreux, incertains… comme prémonitoires…

Rien à voir avec ces foudres qui, jadis, dans la nuit des temps,

Agressaient notre vieille planète grise, criblée de cratères…

Dans sa jeunesse même, percutée par une météorite géante

Qui fissura sa croûte, réveilla les volcans, des torrents de lave,

Des geysers de poussières dans l’espace, d’où la lune naîtra…

Et aussi une atmosphère épaisse, gangrenée, incandescente…

Encore deux milliards d’années, traversées de chaos encore et encore

Pour que Gaïa se stabilise et génère et l’air et l’eau et la vie…

Hier, dernière période glacière ; de froid tremble la Terre,

Depuis huit cents siècles jusqu’à la nuit dernière, au temps des mammouths…

Glace sur l’hémisphère nord sur le Canada, les Andes, l’Europe…

En amont de Foix, un glacier façonne la vallée de l’Ariège…

La planète a élargi son orbite… Vénus, Jupiter, et les autres

Se disputent la gravité de l’espace autour du Roi Soleil…

La Terre incline son front vers le froid de la nuit : elle gèle

Et cela s’éternise… tandis que la vie se cache et s’endort…

Puis, au gré des temps cosmiques Gaïa reprend la course tempérée,

Créant des mondes où une vie vive renaît et chante et foisonne…

Et ce matin, de nouveau, la Terre tremble : on ne comprend pas…

Impeccable sa mécanique : la Planète bleue tourne et glisse

Sagement sur son orbite, son axe de rotation strictement

Incliné de vingt-trois degrés vingt-six sur le plan de l’écliptique…

À peine s’ébrouent parfois,­ comme hier au Japon, ses plaques profondes

À la recherche, depuis ces milliards d’années, d’un meilleur sommeil…

Toujours en place… son enveloppe aérienne peu disposée à s’envoler

Vers alpha du Centaure à deux mille milliards de kilomètres…

Elle va bien la Terre… sauf que… indubitablement, désormais… elle a peur !

Elle a peur parce que, pour la première fois, elle dépend de nous…

La Terre rend les armes ; les hommes, stupidement, la dominent…

D’abord le choc : 6 août 1945, la bombe atomique d’Hiroshima

Tue soixante-dix mille humains. Trois jours plus tard Nagasaki

Quarante mille morts… Lueurs de fin de monde, là ! Suspendues…

Aujourd’hui, matin angoissant : la glace de mer de l’Arctique périclite

De onze pour cent par décennie… : la banquise est cernée d’eau libre.

Le pôle Sud cuit aux ultraviolets par un trou d’ozone, grand comme l’Europe…

Janvier 2009, trois cent mille hectares de forêts de pins sinistrées

Libèrent la folie ensevelisseuse des sables des landes Gasconnes ;

Un écosystème que nous croyions à jamais en équilibre est détruit…

Elle a peur la Terre : pour le droit ancien et pour la science moderne

La nature faisait référence : l’impartialité, la justesse, la neutralité

Émanaient d’un espace sans homme et nous dépendions de cet espace.

Quelque chose bascule : nous étions jusqu’ici asservis par la Terre :

Elle nous envoyait au tapis chaque fois que nous voulions la dominer.

Mais voici que le rationalisme et le positivisme chantent victoire ;

Nous sommes devenus capables le mettre le monde à la raison…

Tout bascule ! Voici trois siècles, la science a conquis tous les droits :

La Terre accepta de se mouvoir dans l’espace ; le Prophète devint Roi !

Devant ce Roi, nous faisons appel : la Terre s’émeut… la Terre tremble…

Nous faisons appel : prophètes atrabilaires nous tremblons avec la Terre :

Gaïa envahie, submergée, asphyxiée… par ces rogues bipèdes prolifiques

Dont le nombre enfle de jour comme de nuit de manière exponentielle…

En l’an moins 400 : cent cinquante millions d’hommes sur toute la planète ;

En l’an 1000, deux cent cinquante sept ; en l’an 2000 plus de six milliards ;

En l’an 2050, plus de neuf milliards… si le bipède pillard se maintient jusque-là…

Car l’espèce prolifère : plus de deux cent mille individus de plus chaque jour,

Cent quarante et quelques de plus par minute… deux et demi de plus par seconde…

Sur Terre… et ceci, malgré les famines, les guerres, le sida, le virus H1 N1…

Le bipède fouit le sol, rase les forêts, enfume l’espace, rogne la vie alentour…

Nous tremblons avec la Terre : nous tremblons car la vie disparaît…

Chaque année périssent sans retour des espèces végétales et animales :

Entre cinquante mille et cent mille : deux fois plus que les prévisions

Déjà pessimistes de Richard Leakey autre prophète en désespoir …

Gaïa a connu, dans son histoire, cinq quasi anéantissements de la vie !

Moururent les dinosaures la dernière fois, il y a soixante cinq millions d’années.

Ce matin, les bipèdes ravageurs ont déclenché, la sixième extinction de masse

Dont ils seront victimes tels, selon Levi Strauss, ces « vers de farine

Qui se développent à l’intérieur d’un sac… qui s’empoisonnent de leurs propres

Toxines bien avant que la nourriture ou l’espace physique ne leur manque. »

Ils vont se détruire les bipèdes destructeurs : ils ne savent que prendre…

Prendre et encore prendre… du fait de leur hystérique croissance en nombre,

Davantage que la Terre ne peut donner… Ils le savent et ils continuent…

Ils vont à Copenhague comme à la foire ; tenter de prendre un peu plus…

Ils vont se détruire, sacrifiant leur vie à la jouissance du pouvoir…

Tant mieux pour ceux qui dévorent, tant pis pour ceux qui les laissent faire…

Mais seront aussi détruits le rouge-gorge qui me rend visite chaque matin…

Le grand tétras déjà rare, les isards des Pyrénées, les grèbes cendrées,

Le buffles d’eau, les libellules, les anacondas… toute la faune des continents

Et jusqu’aux êtres des océans, des anchois de Collioure à la baleine bleue…

Il faut bien se nourrir ! Mais la folie destructrice du bipède est ailleurs…

Son fantasme de toute puissance aveugle le conduit à polluer, à détruire :

Vont disparaître les forêts accueillantes, régulatrices, nourricières…

Nous redoutions la souffrance de la forêt de pins des landes de Gascogne…

Désastre écologique pire, en pleine expansion, en Indonésie et en Malaisie :

Demande mondiale d’huile de palme, d’abord pour l’alimentation industrialisée

Puis pour les cosmétiques et enfin, dernier avatar, pour les biocarburants…

Déforestation plus tragique encore que les saccages des forêts amazoniennes…

Le poumon vert de Gaïa se nécrose… perte effroyable de notre biodiversité…

L’arbre du vivant qui nous animait hier encore, se porte de plus en plus mal…

Retour sur ce que j’ai écrit… Polarisation anthropomorphique du discours…

Au-delà de ma grogne, flotte l’illusion d’immortalité : l’Homme s’est fait Dieu…

Or, en cinq cent quarante millions d’années de vie, cinq extinctions de masse !

À cinq reprises animaux marins et terrestres rayés de la surface du globe…

Notre dieu bipède précipite l’entrée dans une sixième extinction… une de plus…

Après notre sixième extinction, apparaîtront d’autres espèces… comme d’habitude

À partir du milieu marin partiellement sauvegardé… espèces renouvelées…

L’Homme-Dieu aura disparu… puisqu’il n’était pas Dieu comme il l’avait cru !

Et la vie recommencera à se reconstruire en quelques millions d’années…

Avec —pourquoi pas ? — de nouveaux Dieux à trois têtes… du déjà vu à Délos…

« En tant qu’évolutionniste je crains fort que la grande aventure de l’humanité

Ne puisse se poursuivre » euphémise gentiment Pascal Picq… Destin programmé

À l’échelle des temps cosmiques : c’est la vie qui va disparaître… ou presque…

Dans l’infini du temps, le sens de la vie nous échappe, tout comme nous échappe

Le sens de notre vie à nous, celle que nous vivons… hantés que nous sommes

Par la fatalité de notre disparition dans les espaces vides du néant,

D’où, malgré les dires des fables et des mythes, personne n’est jamais revenu…

Vivre ! Vivre un jour… est le seul sens que nous puissions donner à la vie …

Ceci, Ronsard, l’avait viscéralement incorporé, il va y avoir cinq siècles :

« Vivez si m’en croyez, n’attendez à demain,

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie »

Les poètes savaient déjà… les savants rationalistes ratiocinent…

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