claude de villepin

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Billet de blog 18 septembre 2012

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Au temps beni des colonies

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un dernier édito consacré au député-maire de Saint-Leu et, après, promis, on passe à autre chose. La vie à la Réunion ne se limite pas à Thierry Robert. Quant à l’agression physique dont ont été victimes les journalistes du Quotidien et du Journal de l’île, l’affaire est aujourd’hui dans les mains de la justice, qui suit son cours. Des plaintes ont été déposées par les rédacteurs violentés ainsi que par les directions des journaux auxquels ils dépendent. Mais notre action ne s’arrête pas là.

Les rédacteurs en chef de plusieurs organes de presse écrite et audiovisuelle ont rendez-vous ce matin afin de décider de façon collégiale de l’attitude à adopter face à un élu violent qui n’hésite pas à appeler publiquement au lynchage des journalistes et qui se contente d’assister en spectateur, sans réagir, lorsque ses nervis, parmi lesquels son père, se mettent à tabasser les représentants de la presse dans l’exercice de leurs fonctions. Il y a là incontestablement incitation à la violence et non assistance à personne en danger. Une lettre sera adressée au président de l’Assemblée nationale pour l’informer de la présence dans les rangs des parlementaires du palais Bourbon d’un député violent qui s’assied royalement sur l’un des principes fondamentaux des Droits de l’homme et de la Constitution, à savoir la liberté d’expression. Nous remercions l’ensemble de la classe politique et toutes les autres personnes, responsables associatifs et syndicaux, qui ont manifesté leur solidarité et leur soutien aux journalistes agressés par les "gros bras" de Thierry Robert, parmi lesquels une adjointe qui n’a pas arrêté de cracher son venin, comme le montrent les vidéos qui circulent sur le net depuis samedi lorsque les journalistes ont été violemment pris à partie. Ce mot résonne encore dans nos têtes : "Dégage ! Dégage !…" On a vu également, grâce à ces mêmes images qui serviront de pièce à conviction, les membres de la "cour" à Thierry Robert, parmi lesquels un homme de loi bien connu à la Réunion entre autres pour ses excentricités, qui a catalogué notre journal de "presse de merde".

Pour la petite histoire, il faut savoir que cet homme de loi a souvent fait appel à cette "presse de merde" quand il en avait besoin pour lui personnellement mais aussi pour son client de Saint-Leu. On le lui rappellera à son bon souvenir s’il revient frapper à notre porte. Quant à Thierry Robert, force est de constater que le grand cinéma se poursuit. Sur Antenne Réunion Radio, hier matin, quasiment en pleurs, il annonce qu’à la demande de sa maman, il va sans doute quitter la politique. Il n’en a pas besoin pour vivre, dit-il.

Mais pendant qu’il pleure à la radio en jouant à fond la carte de la victimisation (i fé pitié !), il donne des consignes strictes aux services de la mairie de Saint-Leu : boycotter le JIR, considéré comme persona non grata dans sa ville. Voilà un député de la République qui fait totocher les journalistes par son papa et qui, après réflexion durant le week-end, appelle son momon au secours pour essayer de trouver une porte de sortie honorable quand il se retrouve politiquement esseulé, quand toute la classe politique l’abandonne et dénonce avec fermeté les violences dont il a été à l’origine.

À en croire les services municipaux de Saint-Leu, le Journal de l’île sera dorénavant privé de renseignements et sera interdit de conseil municipal. Sauf que, jusqu’à preuve du contraire, la commune de Saint-Leu n’a pas encore été érigée en royauté et que la mairie reste la maison du peuple, donc un espace public. On ne le dira jamais assez : on ne se laissera pas intimider par les menaces, ni par les méthodes de voyous, les méthodes de bandits. On continuera à faire notre travail sur le terrain, y compris à Saint-Leu, pour informer l’opinion, pour informer les Saint-Leusiennes et les Saint-Leusiens qui ont besoin d’une information pluraliste et objective. Et on profite de l’occasion pour rappeler à Monsieur le député-maire de Saint-Leu, qu’en cas de contestation d’une information, d’un commentaire paru dans la presse, il existe des moyens légaux qui ont pour nom "droit de réponse". Il existe dans les médias des émissions, des pages "Courrier de lecteurs", des pages Forum pour les tribunes libres… Ce sont des espaces d’expression libres et gratuits ouverts à tout un chacun qui souhaite, dans notre monde civilisé, s’exprimer librement, avec son stylo ou sa bouche, mais pas avec ses poings ou ceux de ses nervis. À bon entendeur, salut !

in : le Journal de l'Ile de la Réunion -JIR-

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