Exister dans une médiapary privée

Mais qui veut nous faire croire que médiapart et son club sont des lieux qui permettent l'expression de ceux que les lecteurs prétendent défendre : les damnés de la terre, les pauvres, les sans grade, les gens de tous les jours.

La lecture des articles et de leurs codicilles vengeurs démontre tout le contraire. Les lecteurs ne sont pas originaires de cette classe qu'il prétendent guider et orienter vers le bonheur.

La majorité sont des intellectuels de profession, souvent retraités (les heures des contributions le montrent à l'envi), convaincus qu'il sont chargés de défendre le peuple opprimé.

Mais cette attitude est une imposture sans vergogne qui dénote au fond une sorte de mépris des pauvres.

Combien de fois lit-on que "les français sont manipulés", qu'ils sont "décérébrés par la télévision" et autres arguments qui frisent le racisme anti pauvres et une morgue intéllectuelle prétentieuse et diffamatoire.

Vous savez ce qu'ils vous disent les décérébrés : occupez vous de vos affaires, brillants cerveaux sur vitaminés, nous avons une vie à vivre.

Il vous disent aussi que les illustres penseurs qui entendent leur donner la main pour les conduire au bonheur parfait leur parlent d'un monde et d'un lieu qui n'est pas le leur.

Toutes ces réflexions et jugements de valeur permanents sur la bêtise "des gens", sur leur absurde manière de vivre non conforme à l'intelligence, sur leurs supposées addictions qui les privent de l'accès au saint des saints de l'altitude cérébrale autoproclamée, est ignoble.

Comment peut-on aimer le peuple quand on le méprise ? Comment peut-on défendre le peuple quand on le juge indigne se choisir sa voie au quotidien ?

Cette illusion qu'est le concept de "peuple" qui est sans cesse ressassée par les tenants de la lumière idéologique n'est qu'un outil qui permet de nier les individus dans leur richesse propre.

Mais quand j'écris ceci chers lecteurs je me mêle à votre caste. Sauf que je me refuse à prétendre que, ce que faisant, il m'appartient de vous rejoindre dans une forme de condescendance qui assimile "les gens" à ces lemmings de légende urbaine qui se précipitent par millions pour se jeter dans la mer.

Les valeurs morales et humaines de de mon voisin platrier et de mon ami électricien ont autant de profondeur que les miennes et que les vôtres. Leur vie est pleine de rebondissements de bonheurs de joies, de drames et de maladies, de réflexions sur le monde et les choses, de choix de vie à conduire avec leur familles, d'ambitions calculées, de buts à atteindre, de renoncements éventuels.

Ce ne sont pas "des gens" ce sont des humains qui ne sont pas que des pions entrainés dans les aventures collectives odieuses ou salvatrices que certains lecteurs décrivent, ce sont des individus qui vivent, protègent leur santé, agissent, bref vivent.

Mais probablement serai-je jugé comme un dangereux régressif qui n'a pas encore découvert que le bonheur ultime réside seulement dans le renversement du monde, ou pire encore, qui l'a cru et qui voit le monde changer dans les pays du Sud d'une manière qui remet en cause bien des visions déterministes affirmant que l'histoire à un sens unique..

Mais je l'avoue, non seulement je suis un hérétique, mais de plus un relaps et dois donc être brûlé deux fois.

Ps : Une des signes les plus amusants de l'imposture, ce sont les cris d'horreur de tous ceux qui dénoncent la télévison et affirment ne pas la regarder et sont miraculeusment au courant de tous ce qui s'y passe et de tout ce qui est dit.

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