LIVRES : CHRISTA WOLF : ETRE EST – ALLEMANDE

Christa Wolf, disparue en 2011 est l’une des premiers écrivains est-allemands  du siècle dernier, considérée comme l’une des principales voix européenne de l’époque. Sa production d’ouvrages oscille entre romans, essais ; règlements de comptes avec le nazisme dont elle a souffert et avec l’ex-régime communiste de  R.D.A. La chute du Mur de Berlin clôt une période lorsque l’attrait de la « vérité » motivé par une adhésion initiale aux idéaux du régime  se partageait avec ce qui devenait une « dissidence », succédant à l’ acceptation  d’un compromis fragile.

C’est un itinéraire classique pour nombre d’intellectuels ayant vécu sous un régime se réclamant du marxisme.

Son titre le plus connu est « Cassandre » qui s’inspire du personnage grec et a inspiré un opéra du même nom, d’un compositeurs suisse, Michaël Jarrell, présenté à Paris. Voire également son récit « Trame d’Enfance » ou encore une autre référence à l’Antiquité avec le roman de « Médée » « Ville des Anges ou l’imperméable de Freud » est un roman posthume, d’une lecture difficile, voire confuse ; on se demande même s’il a été effectivement achevé ? Il propose un bilan, largement rétrospectif, à partir d’un voyage et d’un séjour aux Etats-Unis. Los Angeles et la Californie où les flâneries et les découvertes croisent ce que l’on peut appeler des souvenirs de l’exil durant la guerre,  de nombreux intellectuels allemands, victimes des nazis . Observations dans l’un des plus beaux sites américains mêlés à des souvenirs allemands du Troisième Reich et du régime Communiste. Elle écrit «Un voile fragile recouvre la barbarie » et « L’on peut être aveugle à l’horreur » C.Wolf a le don d’approfondir ses personnages, leurs présences, leurs discours, une sorte d’esperanto » que quelques lignes suffisent à rendre attachants comme elle sait gratifier les repas qu’elle déguste ici ou là, dans la plus parfaite curiosité gourmande. Pour autant on ne sait pas très bien ce qu’ont été ses rapports, plus ou moins orageux avec les autorités est-allemandes qu’il s’agisse de la célèbre « Stasi » ou des rumeurs médiatiques., voire de « collaborateur informel » qui lui sera reproché ultérieurement. Temps de délation et de revirement officiel !

« La vie que nous menons est-elle une grave maladie ? » se demandent ces « curistes utopistes » ayant vécu « sous une dictature » au cours du « siècle le plus diabolique de l’Histoire ». Sans omettre la constante référence à Freud et à son « trench coat «, lequel avait surmonté le désespoir que lui avait inspiré  l’humanité ! Tandis que d’autres... ». La religion est-elle totalement absente auprès de « matérialistes » ? N ‘oublions pas que « la Révolution de Velours » mène ses premières manifestations dans des Eglises de fidèles de la Réforme ». N’oublions pas également la présence « des Russes qui occupent la terre et commandent aux paysans allemands »                         

 Des paysans allemands aux paysages allemands tant chantés par les Romantiques d’Outre-Rhin ; C.Wolf confronte ces illuminations d’hier aux éclairs des soleils couchants au long des plages immenses  de l’Océan Pacifique. Ces crépuscules constituent de véritables cérémonies pour ces touristes d’un genre particulier qui se souviennent des la présence pendant la guerre de quelques -uns des plus célèbres intellectuels allemands évoqués dans ce raccourci « Un nouveau Weimar sous les palmiers »

Thomas Mann et son frère Heinrich (extraits du « Journal » de Thomas.). Les querelles de « spécialistes » à propos  d’ Arnold Schoenberg, le maître de la musique sérielle, puisées dans « Docteur Faustus » de T.Mann, le philosophe Adorno y est mêlé de près. Bertolt Brecht qui fait jouer « Galilée » par l’acteur Charles Laughton ; la visite tardive du cinéaste Dalton Trombo maudit par Hollywood ; les romanciers populaires Vicki Baum, le compositeur engagé Hanns Eisler, Franz Werfel, Lion Feuchtwanger, etc. ,       

Nostalgie et remords : C.Wolf et ses amis, déjà sensibilisés à la présence indienne, les Hopis, les Navoajos, investis dans le tourisme d’une région largement visitée. Tandis que leurs femmes travaillent durement la terre au fond des canyons. Les Allemands de l’Est, par-delà leurs régimes d’hier ne seraient-ils pas des « Indiens » de l’Europe nouvelle ?  Qui côtoient Las Vegas temple de l’argent moderne, détesté par ces « prolétaires » de l’Ouest américain dont on ne sort en général que les poches et portefeuilles vides. Une femme de ménage indienne en est la vigie et une constante dénonciatrice !

Claude Glayman

 

Christa Wolf : Ville des anges. Roman, Seuil l2012.

Traduit par Alain Lance et Renate Lance-Otterbein.,

394 p. 22E.  

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