Agamemnon, Goethe, de retour aux Abbesses

Les fameuses « Abbesses » accueillent  Goethe et son « Iphigénie en Tauride » * inspirée d’Euripide. Un ancien Grec parmi les grands grecs de l’Antiquité, lesquels ne sont jamais parvenus à chasser une malédiction qui leur colle éternellement à la peau.

les-lumieres-diphigenie-au-theatre-des-abbesses © Jean-Louis Fernandez les-lumieres-diphigenie-au-theatre-des-abbesses © Jean-Louis Fernandez

Au « Théâtre des Abbesses » à Montmartre , ce coquet, coquin quartier en hauteur qui nargue la Capitale et qu’on adore à tout âge! Le « Théâtre de la Ville » se faisant la toilette, les fameuses « Abbesses » ne sont, elles,  pas en travaux  et accueillent  Goethe et son « Iphigénie en Tauride » * inspirée d’Euripide. Un ancien Grec parmi les grands  grecs de l’Antiquité lesquels ne sont jamais parvenus à chasser une malédiction qui leur colle éternellement à la peau.

De quoi, de qui s’agit-il ? D’Agamemnon parti en guerre vers Troie,lequel a eu la curieuse idée d’immoler sa fille aînée Iphigénie, sauvée, in extremis » par Diane et son nuage , son voile à elle.

La voici de blanc vêtue, incarnée par l’actrice Cécile Garcia Fogel, qui à juste titre hausse le timbre de sa voix, un brin palot.  Elle est en Tauride (la Crimée actuelle), seule et gardienne du temple local de Diane. Iphigénie est porteuse de la fameuse malédiction :

Nous sommes à Mycenes dont  le Roi est Agamemnon, ce dernier surprend Clytemnestre sa femme et son amant. Le souverain est vengé par Oreste son fils fuyant les membres survivants de sa famille, Electre, Iphigénie dont le devoir - plus récent – auprès de Diane «  sera de retrouver Oreste ».

Précisément Oreste et son ami d’enfance Pylade sont prisonniers du Roi de Tauride  condamnés à mort par Thoas, qui mande qu’Iphigénie exécute ses ordres. En vain, il exige qu’Iphigénie accepte d’être son épouse. Finalement Oreste reconnu par Iphigénie et rejoint par Pylade résistent à Thoas, à son chantage et obtiennent la liberté via la tolérance.

   Un spectacle « laïque ».

   En ce sens que Goethe,  non chrétien (**)  s’inspire à la fois des « Lumières » du 18°Siècle et du « sturm und drang » (Tempête et passion), en quelque sorte la préface au « grand romantisme » allemand largement illustré par la « Musique Allemande  ». L’utilisation très infime de celle-ci ainsi que des décors très schématiques enveloppent ce spectacle qui, à ses débuts, vous fait penser à Racine, voire à Shakespeare sans abus des crimes-sur-scène.

Du côté des acteurs Vincent Dissez en Oreste et Pierre-François Garel Pylade témoignent de la mobilité, des recherches de jeu, des vêtements,  voire la diction maîtrisée assurent, en compagnie d’Iphigénie,  un théâtre attachant. Moins convaincant Alain Rimoux dans Thoas à la voix lourde et une certaine banalité de gestes. Le travail du metteur en scène Jean Pierre Vincent assure la tenue de ce théâtre à la fois rôdé mais probablement pas éloigné de sa fin, quelque peu dans la filiation avec l’époque problématique dans laquelle nous vivons.

 

Claude Glayman _ Iphigénie en Tauride – Goethe – Théâtre des Abbesses – jusqu’au 10 Déc. 2016.

 

** Cf. Goethe, Théâtre Complet. La Pléiade – 1951 – Introduction d’André Gide

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« Iphigénie en Tauride » de C.W.Gluck. Opéra National de Paris – 25 Dec. 2016.     

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