Les atouts « maîtres » du Quatuor Pavel Haas aux Abbesses

Le quatuor Pavel Haas. Le quatuor Pavel Haas.

Pavel Haas est le nom d’un compositeur tchèque assassiné au célèbre camp de Terezin par les autorités nazies et c’est ce nom qu’ont pris quatre interprètes pour former « Le Quatuor Haas ».Il est remarqué en 2005, depuis des changements de musiciens ont modifié sa composition. Titulaire de plusieurs distinctions nous l’avons découvert au Théâtre de la Ville, dans la salle des Abbesses.

Que de talent dans le programme qu’il nous présentait ce samedi 7 janvier : Arvo Pärt, Bela Bartok, Franz Schubert. Haut sommet pour une suite de compositeurs illustres, A.Pärt inclus ; dans des œuvres souvent difficiles correspondant à des périodes de composition variées.

 

      Arvo Pärt un nouveau nom de plus de 80 ans.

 

    Pärt, compositeur exclusivement religieux, par ailleurs minimaliste, bousculé par le régime communiste de Prague mais également par certains « avant-gardistes » d’Occident et, pour tout dire que nous connaissons fort mal. Cela en dépit d’une œuvre abondante  et de supporters n’ayant pas forcément commis d’ « erreur artistique » (en existe-t-il lorsqu’on est chargé d’exercer une oreille critique ?)

«  Fratres » a déjà connu 17 transcriptions ! On suppose que sa version initiale est de nature chorale. Par les Pavel Haas nous avons entendu une version pour quatuor à cordes, sans doute pas le meilleur support pour obtenir une homogènéïté sonore.   L ‘écoute de plusieurs enregistrements nous ont paru plus convaincants *, les Pavel Haas ont-ils témoigné  d’une inspiration de même type ?

 

Les tourments du 4°Quatuor de Bela Bartok.                     

 

 Le Quatuor n°5 de Béla Bartok est l’avant-dernier composé par le compositeur, en 1934, aux Etats-Unis, à la suite d’un exil politique par hostilité à une Europe, en partie écrasée par le nazisme. D’où la grande violence de cette œuvre exprimant également le désarroi de l’artiste en dépit d’une recherche quasi  secrète du chant. Et ce collage à peine audible par fragments d’une petite musique douce et de l’accompagnement modéré du violoncelle de Peter Jarusek. L’alto de Radim Sedmidubsk’y permettant une sorte de pont vers le chant, davantage l’affaire des deux violons de Marek Zwiebel et de la belle Veronika Jaruskov’a*. Comme une sorte de tourment brusqué et durable, marque de fabrique de ce qu’on peut qualifier de modernité qui sera décisive après 1945.      

La pulsation du Quatuor Pavel Haas dans cette pièce est magnifique par son ampleur et sa parfaite mise au point

On applaudit, comme le public au complet dans cette petite salle qui ploie sous cet extraordinaire chef - d’œuvre, sans cesse surprenant.

 

 15° Quatuor de Franz Schubert plus d’un siècle auparavant.

 

Pourtant il y a des similitudes entre les deux titres malgré des styles totalement différents ! Comme si les programmateurs en avaient eu conscience en les associant pour ce concert. Le 15° de F.Schubert composé en 1826, ne sera connu qu’en 1850, comme il arrive souvent dans la production souvent méconnue des titres de Schubert, nullement homme des « médias » de son temps. Relevons également que le précédent Quatuor du maître porte le titre « La jeune fille et la mort » et pour achever ces quelques chronologies, on remarque qu’en 1827 disparaît Beethoven, l’ombre tutélaire de celui qui fascinait le plus jeune F.Schubert, disparaissant lui-même, une année (ô combien fertile) après Ludwig van.

Rien de surprenant à ce que le 15°Quatuor  soit empli de troubles, de ruptures, de souvenirs, de conflits bref la plainte quasi constante de F.Schubert. Les deux quatuors, Bartok-Schubert débutent par un « Allegro » de vaste ampleur, similitude, nous semble-t-il de structure dans des univers parfaitement distincts.

Les Pavel Haas savent parfaitement distinguer ces deux compositions, restituer leurs beautés par-delà une écoute qui ne manque pas d’âpreté. Et c’est comblés que nous quittons « Les Abbesses » sous une pluie d’une finesse toute musicale !

 

Claude Glayman

 

* -        Arvo  Pärt : Divers Opus par le Chœur de chambre de la Philarmonie d’Estonie, 1 cd Erato (Warner Classics) 1994. / L’étonnant « Magnificat » et autres opus, Robert Shaw SingersI cd Telarc 1995.

Schubert : « The Kolisch Quartet plays Schubert . 1 cd archiphon  (Londres 1934).

 « Les quatre derniers Quatuors » Quartetto Italiano Philips 1995.

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