TCHEKHOV PLATONOV : UN VOLUBILE MOULIN A PAROLE

   

Lorsqu’on découvre la scène elle est immense ; largeur, profondeur, encombrée d’un  sacré bric à brac  décor qui servira aux différents épisodes ; les objets accumulés ne font pas désordre. C’est, pour nous, relativement rare à La Colline, d’ordinaire plus sage, voire vide.

 Soudain des personnages font leur entrée, sans prévenir, sans rester planté, sempiternel va et vient, chacun/chacune parle ou ne fait qu’un ou plusieurs passages. Une salle d’attente, un hall de gare aux heures de pointe. Et que disent ces visiteurs, rien ou presque, d’une grande banalité rien à voir avec un texte versifié, classique. Il s’agit de restituer une langue orale, ce qui ne manquera pas de poser des problèmes de traduction dont s’explique l’un des traducteurs, François Morvan dans sa préface au texte intégral de « Platonov » *.

Une bonne douzaine de personnages se suivent sur le planches non sans une certaine symétrie ;  difficile de les désigner tous tant les noms russes sont compliqués. D’autant que la pièce s’ouvre sur une partie d’échecs qui ne s’achève pas, et que les rapports familiaux entre les uns et les autres sont d’une certaine complexité. Que l’on sache ; Platonov dort, c’est Rodolphe Dana qui, ici, à dirigé le collectif des « Possédés » . 0n reconnaît l’actrice Emmanuelle Devos, la « générale », Anna Petrovna Voïnitseva, veuve ardente, la reine de toutes ces abeilles. Dans une région du Sud de la Russie qui a connu la Guerre de Crimée, le siège de Sébastopol, lieu de défaite des péres, mal vus. Autre femme, soit l’étudiante, Marie Grekova; puis  Porfir Glagoliev propriétaire terrien également, mais ruiné.

Face à tous, et notamment aux femmes, Platonov  se comporte comme un Don Juan de campagne, velléitaire, toujours la parole et l’échec au point d’être finalement descendu  au fusil par l’une  de ces dames à qui il a promis le départ pour une vie nouvelle comme il l’a juré à d’autres. Ce sera un thème récurrent de ses grandes pièces ultérieures, fuir l’ennui, le vide car comme il l’a lu dans Dostoievski, « tout est indifférent », excepté probablement l’argent.

De temps à autre quelques roubles sont remboursés, au bandit Ossip.

 Ce théâtre très neuf mais longtemps inconnu (jusqu’aux années 20 du 20°), qui serait susceptible de lorgner jusqu’à notre « théâtre de l’absurde », mêle alternativement comédie et tragédie autour d’un type ordinaire, Platonov, pourtant partisan de l’ « émancipation des femmes ». Fin d’une époque qui a duré au moins le temps de la production de son théâtre  La pièce  fut conçue alors qu’Anton Tchékov était encore étudiant, maintes fois remaniée, notamment dans sa longueur . L’interprétation d’un ensemble, peu familier pour nous, mais impressionnant ; on songe en particulier à la petite fête/détente  que le collectif s’octroie dans la pièce et dont il nous régale

Claude Glayman

« Platonov » d’Anton Tchékov Théâtre de la Colline jusqu’au 11 février 2015.

- Anton Tchékhov « Platonov » Babel, 2014, 391 p. 8,70 E ;            

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