L'anti-Wagner excessif

Considérer Richard Wagner sans la dévotion habituelle, s’en moquer mille fois, mais, au moins, aimer sa musique ! Le musicographe Pierre-René Serna, dans sou dernier ouvrage *, non seulement est un contempteur acharné, mais, de plus, pour l’essentiel, il rejette sa musique. On connaît des admirateurs qui vont chavirer !

Considérer Richard Wagner sans la dévotion habituelle, s’en moquer mille fois, mais, au moins, aimer sa musique ! Le musicographe Pierre-René Serna, dans sou dernier ouvrage *, non seulement est un contempteur acharné, mais, de plus, pour l’essentiel, il rejette sa musique. On connaît des admirateurs qui vont chavirer !

Dans son petit opuscule, pour partie convenablement documenté,l’auteur  détaille sa charge selon l’ordre alphabétique, augmenté de commentaires. L’antisémitisme du compositeur et de sa seconde épouse, Cosima, fille de Franz Liszt, fournit l’un des points forts de son entreprise de démolition. Incertitudes nourrissant un fort doute identitaire sur le père ;  était-ce l’insignifiant Friedrich artisan ou bien le brillant Ludwig Geyer, acteur de renom ? La naissance du petit Richard se situant à un moment où sa mère était en pleines aventures. Antisémitisme qui rejoint la montée du racisme en Europe dans la seconde moitié du 19° siècle, lié au pangermanisme d’un prochain Empire ; à ses conflits avec la Double Monarchie, puis avec la France (guerre de 1870/71) alors que dès 1850 notre musicien a publié un premier pamphlet « Sur la Judéïté  en musique » Le boycott scandaleux de « Tannhâuser » en 1861, à l’Opéra de Paris détourne durablement R.Wagner de la France ; il en tira une profonde jalousie à l’égard de ses collègues qui avaient réussi dans ce lieu au prestige convoité ; Giacomo Meyerbeer,Jacques Offenbach ridiculisant les divinités, que chérissait le maître, Félix Mendelssohn apprécié durant les jeunes années comme le poète Henri Heine.

Quant à la musique elle est chargée de tous les défauts, R.Wagner n’est-il pas accusé de faire son esthétique de « tout » ; un tout destiné à envoûter, à hypnotiser l’auditeur à l’aide d’un orchestre immense, de voix largement projetées, d’une grande faiblesse mélodique, concordant avec une profonde ignorance de la polyphonie.Frédéric Nietzsche l’un de ses plus féroces adversaires lui opposera « Carmen » de Georges Bizet. Pour couronner, P.R.Serna s’avance jusqu à considérer que Hitler a bénéficié de la possibilité d’exister tel qu’il a été ,grâce à l’héritage esthétique de R.Wagner, métamorphosé en phase finale de nazisme.

Même si l’auteur néglige complètement le rôle révolutionnaire de R.Wagner au cours du « Printemps des peuples » (1848/50)’ignore  les poursuites policières à l’encontre du compositeur contraint à l’exil jusqu’à l’entrée en scène magique du Roi Louis II de Bavière , du projet de Bayreuth et de l’appui de Franz Liszt qui n’était pas le dernier des sourds.

Giuseppe Verdi parfait contemporain de R.Wagner ne trouve pas davantage grâce auprès de notre « contestataire » ;  sans copter une évolution de la musique qui  prépare l’avènement de la musique moderne. Richard Wagner a tout gâché, somme toute ; et n’y a-t-il que le puissant marketing du temps pour immortaliser les artistes  «  modèles ?

Claude Glayman

 

* Pierre-René Serna : « L’Anti-Wagner sans peine » - Puf 2012 ; 88p., 9,50E.              .

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