© Luc Hossepied © Luc Hossepied

Le 11 juin « La Philharmonie 1 », c’est-à-dire la grande salle, pleine à craquer de public, on avait rarement vu cela : un concert de « Musique Contemporaine » attirant une telle foule d’auditeurs. Certes, il est probable que le nom de  P. Boulez attire, à moins qu’il ne rejette (cf. Michel Legrand) ; étaient inscrites également des pièces de Michael Jarrell et d’Helmut Lachenmann, et l’Ensemble Intercontemporain (EIC) était dirigé par  le compositeur et chef Mathias Pintscher.

« Répons » est un emprunt  au « Plein Chant » médiéval, une figure vocale, un chœur en cercle autour d’un soliste. P. Boulez a conçu un schéma de même type mais doté des prouesses technologiques de notre époque. Soit l’effectif suivant : 6 solistes, piano 1,2, orgue électrique, harpe, plusieurs claviers perchés sur des petites plateformes conçues entre autres,  à cet effet ; ensemble instrumental sur le plateau, face au chef, un dispositif électronique. Le rôle du système informatique  en temps réel (système Ircam) est fondé sur des modifications de timbres, de textures, des réinjections ; enfin 6 haut-parleurs entourent également le public correspondant aux 6 solistes. On est donc dans  un système de spatialisation pour une pièce dite « work in progress » créée en 1981, reprise en I984, mais aussi aboutissement de diverses tentatives jugées insatisfaisantes par le compositeur et de recherches finalement abouties.

Ce vaste parcours spatial des sons dans la salle géante de la « Philharmonie 1 » que procure-t-il du point de vue de l’écoute musicale ? Autant l’écoute à partir d’un cd donne l’impression d’une œuvre écrasée, autant ici l’auditeur est envahi par un éclat sonore, une énergie sans fin, insufflée également par la vigueur et le tempérament du chef . Cette vivacité se double du mouvement de la tête de l’auditeur à la recherche des sources sonores dispersées dans la salle, avec une partie du public assise  des deux côtés du plateau central. Huit sections constituent le parcours de la pièce, nous ne les détaillerons pas ici.

Soulignons la puissance d’une écriture plus classique et propre  au style du compositeur. Difficile de situer un début et une fin à cette pièce qui nous a donné à nous l’impression d’un mouvement perpétuel, inlassable et impressionnant à l’écoute. Le public a applaudi la force de « Répons » !

La soirée débutait par « Assonance VII » de Michael Jarrell (1958) compositeur suisse consacré par une production déjà importante, notamment dans le domaine de l’art opératique. Il s’agit d’une pièce de 1992, interprétée par l’artiste Takafumi Sujimoro d’une grande maîtrise à l’intérieur d’un vrai labyrinthe de percussions dont il ressort une sonorité délicate, dans d’autres genres on pourrait évoquer la notion de « musique douce ».

En deuxième place, une pièce d’Helmut Lachenmann (1935), « Mouvement ». Le musicologue Philippe Albéra parle dans le commentaire du programme de « radicalité sans précédent » et d’un « rejet des formes conventionnelles de beauté ». Formé dans ma jeunesse par la découverte des « Surréalistes » : quelle que soit la forme,  la beauté me paraît devoir être l’horizon d’une œuvre. Aussi je n’ai jamais apprécié l’univers d’H. Lachenmann. Estropier le son n’est pas le but de la microtonalité, ou de l’utilisation du seul souffle des interprètes. En suivant les mouvements de ce « Mouvement » on croit deviner ceux d’une symphonie traditionnelle, le compositeur balaie les sons qui n’aboutissent jamais.

Et pourtant l’interprétation de l’ « EIC » est d’une précision, d’une finesse exemplaires.

Malgré le talent « non on ne marche pas ! »

Claude Glayman

Philharmonie de Paris, soirée du 11 juin 2015. // Tel 01 44 84 44 84.

   

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Répons est en effet un chef d'oeuvre, un plaisir d'écoute total, une mer de sons.