Herbert von Karajan, une autobiographie imaginaire, mais exemplaire.

     

Herbert Von Karajan Herbert Von Karajan

 Sylvain Fort , après Puccini, Alban Berg… s’est s’attaqué à une sacrée personnalité de la musique lecture aussi passionnante qu’agaçante ! Notre collègue a reconstitué cette vie, non sans une forte connaissance de son sujet et une écriture classique. Le jeune Karajan, pianiste à 8 ans,  pour un premier concert public ;  d’une famille mélomane,   Herbert a vu le jour à Salzbourg, cité régalienne de la musique. D’une ambition tellement insatiable qu’il dirigera exclusivement des orchestres, c.a.d le coeur,  le sommet de « la machine » où prime le «geste musical». Karajan sera chef d’orchestre, dévorant quelque peu tous les titres, les remettant sens cesse sur le métier, également « metteur en scène » de lyrique. Passionné de technologie (il collectionnera « ses  Porches, yachts,  résidences, ses lieux de villégiature, St Tropez, l’été, et St Moritz l’hiver.)  Portrait d’un « parvenu » ? Cependant sous sa plume supposée ,  jamais n’est cité le mot « argent »  Ce qui guide notre héros  c’est la musique, rien que la musique, toute la musique toujours à déchiffrer ! Auteur d’une multitude  d’enregistrements, de toutes sortes, selon les supports du moment, sinon sur les plus importantes scènes, salles du monde.

 

 Cela débute avec l’Opéra d’Aix-la-Chapelle auquel il sera toujours fidèle, même si sa renommée  demeure moindre en comparaison avec nombre de temples qu’il foule . Primo en Allemagne, bien qu’il soit autrichien, fier de l’être, redoutant « L’Anschlus mais nazi précoce » (Titre du chapitre « Nazi un jour » ! ). Sans apparemment d’importantes  souillures, objet de rivalité entre les  chefs Goebbels, Goering ;  il conteste  Wilhelm Furtwangler , fidèle du régime, rejeté bien que directeur de l’Opéra de Berlin. La chute soudaine , un soir, du rideau de scène sur le Führer  aggrave l’impatience  de Karajan .  Dédouané en 1947 malgré l’hostilité des occupants Soviétiques alors que les Occidentaux,  via une « dénazification » minimum, étaient moins  remontés  . L’Intendant Heinz Tietjen lui« offre» justement l’Opéra de Berlin  Avec la Philharmonie de Vienne et Aix, son « tripode »,  choisissant, sans cesse  l’un ou l’autre,  y ajoutant Paris. Il invite Germaine Lubin en Allemagne dans Isolde, provoquant des difficultés ultérieures à la « française»  lors de la « Libération . Régine Crespin, son élève ,crée « Elektra » de Richard Strauss, l’icône, avec Giacomo Puccini, Jean Sibelius …

 

S’initiant à l’écoute de maîtres d’hier,  Max Lorentz (ténor) Margarete Klose (contralto), des Chefs comme Arturo Toscanini, la référence absolue, et Victor De Sabata rencontré en Italie au moment des défaites du régime et de ses ennuis personnels, notamment en raison d’un nouveau mariage  avec Anita Guterman ,  ¼ de sang juif,  « inadmissible » pour beaucoup.

  Objectif : la « modernité »

 

 Améliorer la  présence physique des interprètes d’opéras et de récitals, systématiser l’usage de la langue nationale de chaque oeuvre . C’est également la « découverte » par Karajan , de la seconde « Ecole de Vienne ». Il est impressionné par le rôle de « Marie » du « Wozzeck » d’Alban Berg chanté par Hildegard Behrens, demeurée dans nos mémoires. Cite Schoenberg, Stockhausen, Boulez ; promeut Mirela Freni, Anne Sophie Mutter, Evgeny Kissin,. N’oubliant pas « Pelléas et Mélisande »  ou encore Jessye Norman dans  l’inoubliable

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« Liebestod »Fasciné par la concentration du pianiste canadien Glenn Gould, lui,  il a  fait jouer le mythe Dinu Lipatti …introduit sur la scène les voix de BorisChiristoff,J  John Vickers, Gundula   Janovitz, José Van Dam….» A différentes périodes,  Karajan a collaboré avec diverses personnalités. ; le livre de Sylvain Fort évoque même des notions  d’amitié,  de fraternité !

 

 Rapide évocation d’un spécialiste du disque alors qu’il n’avait pas encore pris sonenvol, .Walter Legge lié à Elisabeth Schwarzkopf. Avec les Fils Wagner pour Bayreuth et Winiffred ; les inventeurs du Festival de Salzbourg dont il fut l’un des animateurs.

 

La rencontre fertile avec le cinéaste Henri-Georges Clouzot qui aboutit à la réalisation de films d’opéras même si, remarque le texte, « l’intensité musicale est délicate à rendre à l’image » ; « 5° Symphonie de Beethoven,  Requiem » de Verdi.

 

 Enfin la collaboration d avec le parisien Michel Glotz. , On peut y voir du  business ;.Sylvain Fort rend hommage à la  dernière épouse de Karajan, Eliette von Karajan,.

 

Le maestro  ne s’attarde jamais ou presque sur sa vie privée,  on l’en remerciera post-mortem , soulignant cependant  l’excès du « goût du moi/moi ».  ses derniers mots dans le livre le désignent  à jamais : « Je suis Herbert von Karajan »

 

Même dans la douleur de la maladie, il s’affirme, comme durant sa vie, n’oubliant jamais la musique, tous ses instants lui sont consacrés., au terme d’un parcours aussi passionnant, impressionnant qu’agaçant.

 

 -Claude Glayman

 

 

 

-          Sylvain Fort : « Herbert von Karajan : une autobiographie imaginaire » Actes Sud Classica, 155 pages, 2016, 17 E

 

 

 

Parmi la masse d’ enregistrements de toutes sortes : on retiendra, pour débuter, :un coffret de 6 cd DG : «  Les Premiers Enregistrements/  soit : Mozart (1931 Berlin / Raï de  Turin - 1942 )-( Weber 1943 : Amsterdam )    (Beethoven – Wagner  - Berlin 1943 ) – (Brahms /Richard- Strauss Amsterdam 1943) – (Tchaïkovsky – Smetana – 1942 Hambourg-). (Verdi –Hambourg 1938).

 

 

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