SUR LES CHAIX : ESTIVALES MUSICALES EN MEDOC

Le Médoc, un désert, plutôt un vaste océan de vignes limité par la Garonne, d’une autre vigueur que notre petite Seine, et par la plénitude de l’estuaire de la Gironde : le Médoc qui n’a rien de médiocre même si les relations publiques du Festival surprennent parfois. Pour son 10°anniversaire les Estivales proposent des concerts de haut niveau, des artistes primés et des programmes d’une véritable originalité.  

 - CHATEAU  LASCOMBES, 9  juillet. Le concert tourne autour du cor, nostalgie des chasses romantiques ; la chasse, dit le programme, véritable quête amoureuse. « L’Adagio Allegro » de Robert Schumann que David Guerrier, connu comme trompettiste dont il ne se suffit pas, enlève de haute volée. Cependant une Sonate du même compositeur est remplacée par une Sonate de Mozart, en mi mineur pour violon et piano, composée dans les années 1778, à Paris, au moment de la maladie et de la mort de la mère du musicien. Œuvre triste et tragique que Sarah Nemtanu  joue au plus profond, merveilleuse violoniste que sa première place à l’Orchestre National de France, dissimule parfois . Le pianiste Jean-Frédéric Neuburger accompagne dans une clarté qui sonne avec éclat mais sans excès.
Ensuite s’inscrit un Trio pour cor, violon et piano de Johannes Brahms fasciné sur le tard par les instruments à vents (cf. la clarinette) qui inspirent pour partie le Trio pour semblables instruments de Gyorgÿ Ligeti, avec une séquence violonistique admirable, elle aussi de mélancolie. Ici on entend un Ligeti nouveau, ni chercheur, ni copie de son modèle brahmsien.A la fois lamento mais aussi d’une rythmique que seul un musicien contemporain est en mesure d’inventer. On sort de la cave à chaix enchanté , ébahi. ; amis et invités.

 - CHATEAU  BRANAIRE–DUCRU  Encore une st-petersbourgeoise sorti des études et de la pépinière du Marinsky, la jeune et jolie Julia Novikova  a conçu son récital en deux parties. La première, accompagnée par le brillant et fidèle Hervé N’Kaoua  véritable maître de ces vignobles musicaux , consacrée à des mélodies internationales. Un redoutable Henri Duparc, suivi opportunément de Debussy jeune, voire primesautier. La chanteuse a visiblement chaud dans sa jolie robe mauve qui lui couvre tout le corps, soumise à l’assaut des spots lumineux dans une cave plutôt petite. Un Schumann fait la transition,  une sublime légèreté, avant d ‘aborder deux bijoux de Richard Strauss, « Ständchen, Morgen » immortalisés pas des cantatrices plus aguerries. Mais déjà avec Serge Rachmaninov et sa « Vocalise » la voici dans sa langue qu’elle interprète en néo « coloratura ». Pour la seconde partie vouée à des extraits d’opéra elle s’est vêtue légèrement au diapason du climat. Julia Novikova triomphe dans ces séquences d’opéra,    

Cette artiste beau soprano est, me semble-t-il davantage une actrice qu’une chanteuse, une diseuse.Gounod et ses cascades,  Puccini, mais surtout « Russalka », chef d’œuvre d’Anton Dvorak  que l’Opéra National de Paris a recrée il y a quelque années. Passons sur un Haendel, version plutôt baroque mais surtout « Manon » de Massenet dont elle sait l’ambiguité, celle d’une « garce » ou d’un ange. Surtout de la grâce irrésistible. « Il Bacio » d’un certain Luici Ardit(1822/1903) qui fit souvent son effet, paraît-il, dans les fins de soirée du 19°Siècle. Point final subtil choisi par une dame qu’on n’est pas près d’oublier.

Claude Glayman   

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