20°SIECLE : « NOBELS » DES CHANTEURS OPERATIQUES MASCULINS

Lui-même chanteur amateur, Richard Martet, rédacteur en chef d’ « Opéra Magazine » (ex « Opéra International») a  proposé, dans un ouvrage récent* son palmarès des chanteurs d’opéras du 20°siècle. Il en trace le portrait essentiel,  évoque les grands moments d’interprétation, plus quelques repères d’enregistrement.

Rien ne ressemble tant à un chanteur lyrique qu’un autre artiste de même discipline, par-delà l’origine et la durée d’activité. Cette ressemblance apparente n’existe plus, lues les quelques 350 pages du livre . Le chant a quelque chose de l’oxygène du monde et les amateurs le savent qui sont également des collectionneurs avides.

Mettons le feu aux poudres avec le baryton basse belge, José Van Dam, né l’horrible année 1940. Il est  « Golaud » dans « Pelléas et Mélisande » et « Wozzeck » d’Alban Berg et sera l’irremplaçable « Leporello » dans « Don Jua le film célèbre de Joseph Losey. Parmi ses ancêtres GeorgesThill (+1984) maître du chant français, créateur de « Sancho Pança » dans le « Don Quichotte » de Massenet et pionnier du cinéma-opéra dans l’adaptation de « Louise » de Gustave Charpentier , mise en scène d’Abel Gance ; la star féminine s ‘appelant Grace Moore .

Autre ancêtre, plutôt oublié de nos jours, Vanni Marcoux (+1962) ! R. Martet y voit un sérieux rival de Feodor Chaliapine, la basse russe, créateur de « Boris Godounov » de Moussorgski en  1895 à St Petersbourg, puis à Paris en 1908 lors de la présence in loco des « Ballets Russes » de Diaghilev. Bref ministre des « Bolchéviks », devenu américain et fidèle du Casino de Monte-Carlo.

Vanni Marcoux, pour y revenir a créé 240 rôles ! davantage que Placido Domingo, considéré comme le tenant du titre,il  grava son dernier disque à 78 ans  et reçut les félicitations de Claude Debussy en personne pour son incarnation de « Golaud » .

 

- Jeunes et show-bizz           

Le ténor José Carreras est né en 1946, il possède de grandes qualités scéniques : l’acteur est souvent aussi important que le chanteur. Victime d’une leucémie, on le crut perdu. Il guérit et rattrapa son cantabile comme troisième ténor aux côtés de P. Domingo et de Luciano Pavorotti lors de certaine coupe mondiale de foot-ball, n’hésitant pas à  à chuter en plein showbizz ce qui n’est pas ,forcément, le meilleur moyen de pratiquer une certaine popularisation de l’opéra. L’opéra art d’élite , mais pas seulement ne serait-ce que par la comparaison des sommes d’argent concernées. L.Pavarotti (+2007) n’affectionna-t-il pas les duos avec des chanteurs pop ?

Mais ne soyons pas « moralisateurs ! Il y a suffisamment de grands artistes qui se suffisent à eux-mêmes, présents dans le tableau de R.Martet dont  nous n’avons pas assuré un rappel exhaustif.  La beauté des voix et des musiques, n’appartenant pas seulement au passé possède le pouvoir suprême de marquer les auditeurs, les mélomanes, petits ou grands, dans la continuité des compositeurs de génie  qu’ils servent à divers niveaux de perfection.

 

-       Inoubliables écoutes.

-       A débuter par le lion des chanteurs aurait clamé Jean de La Fontaine : Dietrich Discher-Dieskau (+2012) qui a pratiquement chanté tous les opéras imaginables dans notre monde moderne mais aussi et surtout a été défenseur de la mélodie , du lied ? Ce monde total en miniature ! Toutes les participat du monde ont leur part de défense et illustration de ce genre unique où domine une certaine prééminence des lieder germaniques. Je ne parviendrais jamais à oublier un récital de D.F.D. accompagné au piano par Daniel Barenboïm : F.Schubert, R.Schumann, J.Brahms, etc.

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Et combien sont-ils ? Hermann Prey (+1992) sorte de frère en art de Fischer-Dieskau ?

Hans Hotter (+ 2003) dirigé par Arturo Toscanini dans « La Flûte Enchantée’. J’ai reconnu sa silhouette de fantôme et une dernière et lapidaire réplique dans une séquence relativement récente de « Lulu » d’A.Berg présentée  au Châtelet. Une continuité du mythe de Chaliapine, ou Boris Christoff (+1952) ou « Tito Gobbi » (+1974) tous basses mais en des silhouettes et des jeux, des présences fort différents.

 

-       Parmi mes préférés, en plus de  ceux déjà nommés.

 

-        Le wagnérien George London abandonnant jeune la scène à 42 ans. Tito Gobbi (+1974), baryton de légende qui a croisé Maria Callas, inoubliable « Don Juan » sous la direction de Wilhelm Furtwängler, surnommé « the acting voice ». John Vickers, géant toujours vivant, R.Martet considère qu’il ne possédait pas la plus belle voix de ténor (d’origine canadienne) avec des problèmes de contrôle de la  violence vocale . On lui doit notamment « Les Troyens à Carthage » d’H.Berlioz dans une mise en scène de l’acteur John Gielgud  et « Don Carlos » sous Luchino Visconti. Alfredo Krauss (+1999), grand ténor espagnol qui chantait le français comme s’il était né dans l’hexagone : voix magique, pure dans un mémorable « Werther » de Massenet. On se souvient d’une Salle Garnier en délire dans un autre programme, avec le concours de Joan Sutherland. Le ténor Fritz Wunderlich (+1930) tué sur une scène par l’effondrement  d’un décor à l’âge de Mozart dont il paraissait un  impérissable amoureux, également du « Chant de la terre » de Gustav Mahler dirigé par Otto Klemperer au Festival de Salzbourg.

Pas de conclusion à ce feu d’artifice mais nous dirons quelques exceptions présentes dans le livre plutôt complet de Richard Martet et dans notre mémoire plus faillible.

Très jeune homme j’ai assisté à un concert d’Alfred Deller (+ 1979), sans trop savoir qui et quoi je m’apprêtais à entendre. Il s’agissait du premier contre-ténor assumant son destin vocal en assurant la résurrection d’un type de voix qui avait pignon sur rue en Angleterre aux 16°/17° siècles : la musique d’Henry Purcell avant celle de  Georg Friedrich Haendel . De nos jours les Philippe Jaroussky et autres n’existeraient peut-être pas sans  cet aîné ! C’est devenu le « Deller Consort » avec Mark le fils d’A.Deller, ainsi que James Bowman, René Jacobs. Autre cas étonnant, celui du ténor Peter Pears, compagnon du compositeur Benjamin Britten, interprète et créateur de ses opéras et mélodies. Objecteurs de conscience tous deux, l’un des aspects d’une marginalité souvent présente dans la musique de ce musicien majeur.

 Samuel  Ramey, américain, qui reconstitue la basse colorature du 18° siècle, grand champion de vocalises et  des Méphisto. Immense succès dans « Sémiramide » de Rossini au Festival d’Aix, résurrection du « Voyage à Reims » et de

« Robert le Diable » de Giacomo Meyerbeer (Palais Garnier) . Et puisque nous évoquons cette époque de « pionniers », à signaler que le le livre de R.Martet débute par la présentation du mythe des mythes avec le modèle Enrico Caruso (+1921) qui inspira un film biographique à Mario Lanza.

On préférera clore sur le merveilleux couple canadien ; le ténor Léopold Simoneau et d sa femme Pierrette Alarie, soprano, qui incarneront à jamais la jeunesse, c’est à dire Mozart !

 

* Richard Martet : «  Les grands chanteurs du XX° siècle » - Buchet Chastel, 376 p.23E./ 2012.

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