Le Roi Arthus d’Erneste Chausson réhabilité par l’Opéra National de Paris

Ernest Chausson (1855 /1899) est estimé,  pour un certain nombre de pièces instrumentales, vocales et orchestrales mais peu de gens connaissent son unique opéra « Le Roi Arthus », sorte de pendant français du « Roi Arthur ».

L'Opéra Bastille L'Opéra Bastille
Ernest Chausson (1855 /1899) est estimé,  pour un certain nombre de pièces instrumentales, vocales et orchestrales mais peu de gens connaissent son unique opéra « Le Roi Arthus », sorte de pendant français du « Roi Arthur ». Il y travailla sept années durant, mais décédé lors d’un accident invraisemblable il n’était plus en mesure d’assister à sa création,  « La Monnaie », en 19O3. La célèbre institution de Bruxelles constitua un excellent lieu de repêchage pour plusieurs productions françaises  et nombre de Richard Wagner  plus ou moins longtemps « persona non grata » en France.

A la source, la défaite de 187O, et tout ce que l’on est droit d’imaginer pour récupérer deux Provinces perdues ; cependant la musique eut le dessus. Création d’une société de promotion d’une musique, en somme, nationale parrainée par Camille St-Saëns … et soutien de jeunes compositeurs tels que E.Chausson.

Cependant la musique jouait au « paradoxe » car si R.Wagner n’était pas accueilli ici , la jeune Ecole Française se précipitait à Bayreuth, où fut créé « Tristan et Isolde » en 1879, suivi peu après par le Ring. Les créateurs d’ici en revenaient abasourdis ; par exemple la Correspondance d’Emmanuel Chabrier peut en témoigner ou tout simplement E.Chausson se plaignant de ne pouvoir « déplacer un rocher nommé Wagner »  tandis qu’il butait sur son inspiration

 

Le Miracle Chausson.

 

Car il y a un miracle Chausson que ses autres pièces étaient en mesure de laisser présager.

A Bastille ce soir de première (16 mai) ce n’est pas la mise en scène du britannique Graham Vick  qui nous a particulièrement frappé. Pourtant Arthus n’est pas sans relation avec les « Chevaliers de la Table Ronde » typiques de l’autre bord du Channel : mais c’est tout bonnement le discours orchestral. Quand on connaît les qualités de la phalange de Bastille, et  notamment de son chef confirmé Philippe Jordan (Armin Jordan le père avait enregistré en 1987 une quasi intégrale de l’opéra chez Erato). Le miracle, pour revenir à lui, s’explique : l’on n’est pas dans la musique française de cette époque mais encore moins chez Wagner. Songeons au duo amoureux de Genièvre et Lancelot situé au premier acte. Inoubliable même  si l’on regrette que Ph.Jordan ne sorte pas assez avec l’Orchestre de la fosse. Sophie Koch est d’une juvénilité  parfaite tant dans l’expression physique que gestuelle, sans compter le cantabile d’ un pur français et Roberto Alagna qui a oublié ses penchants « people » et incarne un ténor viril, avec un beau son classique.

Occasion d’associer à ,l’étonnante séquence du « laboureur », idée et réalisation d’un E.Chausson inspirées et incarnées  par le ténor Cyril Dubois. Il semble bien que beaucoup de ces seconds personnages soient de la même trempe , le baryton Peter Sidhom, le sage et lucide Merlin, le méchant Mordred, Alexandre Duhamel, baryton, etc…

Il faudrait  connaître davantage les rites des guerriers de la « Table Ronde ».

.Ensuite l’opéra se complexifie, en plusieurs drames de conscience mais toujours dans le même climat musical avec plusieurs récurrences du dynamisme de l’Ouverture  présent dans l’œuvre. Une certaine tristesse s’installe avec le cruel suicide de Genièvre ;  dans une séquence de rage d’Arthus lui-même (invisible dans le texte du programme). Arthus n’est autre que le géant Thomas Hampson dont le rôle est un peu en retrait dans le déroulement et dans le personnage qui échappe d’une certaine manière à la

catastrophe finale, comme dans les grands récits historique et mythiques. La voix puissante est résolument au firmament.

Les chœurs adoucissent et bercent par leur fréquente présence cette espèce d’agonie générale

Et cette dualité, nous semble-t-il devait correspondre à la compréhension du compositeur qui exprime ainsi la peur du malheur qui règne dans cet opéra tragique,

Encore romantique sans doute, on a même dit quelque peu symboliste.

 Plus tard,  le génie de Claude Debussy tranchera : nouveauté et équilibre.

 

Claude Glayman  

« Le Roi Arthus » Ernest Chausson. Opéra Bastille,  16 mai jusqu’au I4 juin 2015.   

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