«Beaucoup de bruit pour rien» ou le triomphe de Shakespeare à Asnières

Tandis que se fanent les roses, que le climat, sous tous ses angles, est morose, un conseil : «divertissez-vous» en ce lieu, à cette pièce, une comédie de William Shakespeare. Bien que le propos soit censé se dérouler en Sicile, il y a bien longtemps, nous voici approximativement plongés dans les années trente du siècle dernier, en terre natale de feu le « British Empire ».

 © Miliana Bidault © Miliana Bidault

Précisément au Studio-Théâtre. Tandis que se fanent les roses, que le climat, sous tous ses angles, est morose, un conseil : « divertissez-vous » en ce lieu, à cette pièce, une comédie de William Shakespeare (*). Bien que le propos soit censé se dérouler en Sicile, il y a bien longtemps, nous voici approximativement plongés dans les années trente du siècle dernier, en terre natale de feu le « British Empire ».

De prestes jeunes femmes assurent le ménage, des pères âgés, disposés à marier leur fille, devisent, plus ou moins préoccupés et puis plusieurs jeunes hommes, parfois en militaires, dont le fils du Roi de Sicile, prêts  en apparence à obéir à leur paternel. Et puis, of course, des jeunes femmes charmantes dans l’attente.

La mécanique s’apprête à fonctionner en trois manches, non sans surprise. Tout cela dans l’extraordinaire langue de Shakespeare, un jeu entre les mots qui atteint le vertige. Nouvelle traduction de Gil Delannoi. Soutien d’une petite musique cocasse, lorsque le Groupe des Six s’amusait dans ces mêmes années ne serait-ce que pour cautériser les atteintes récentes d’un Wagnérisme à haute dose ou encore musique accompagnant les comédies américaines où le couple filmé est au centre de tous les imbroglios. Ici chorégraphie, en finesse d’un certain Jean-Marc Hoolbecq qui s’y connaît en Charleston !

Régal exquis pour un duo de deux mariages, dont celui de Claudio le fils du Roi (Robin Goupil) avec Hero (Myriam Doumenq). Les interprètes nous emmènent dans leurs manèges avec un entrain et une transparence formidables. Il y a aussi les amours de Béatrice. Et toujours dette langue impitoyable de Shakespeare. On est loin des  alexandrins de Corneille et Racine même s’il y en a d’inoubliables.      

Dans sa passionnante et conséquente biographie du « Grand Bill », Peter Acroyd (**) raconte comment l’homme de théâtre qui en dirigea aussi, achevait certains soirs l’une de ses fameuses pièces et comment, le lendemain servi par la nuit, il en débutait une nouvelle. On se demande comment il fabriquait tout cela et qui franchirait des siècles. !  A quels moments il se ressourçait dans les époques, les genres, les icônes qu’il installait pour modèles, qu’il s’agisse de l’horreur ou d’un modèle de « vertu » ?

 

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 Seconde manche.

Pour Shakespeare, on passe sans problèmes de la comédie à la tragédie, ce sont les mêmes femmes et hommes. Et c’est ce qui attend Claudio et Hero. Un tour de passe-passe pour Hero et Claudio, un déguisement, la mort surprenante de Hero vêtue de blanc pour le mariage , allongée comme s’il s’agissait de son cadavre. Et d’entendre des voix de jeunes scolaires du public n’ayant pas saisi la supercherie dont on ne détaillera pas les motivations et les effets. Finalement tout s’arrangera bien pour les épousailles.

L’introduction de la tragédie ne servirait-elle qu’à tester les intéressés : les vilains se révélant lorsque le mal succède au bien.

Le  bien accompagnant la comédie. Et même si le bien n’est pas toujours présent, la suite se transforme en farce avec les « hommes du guet », presque du guignol !

Et tout prendra fin dans le bonheur, les demandes de pardon alors que le prêtre, excellent Augustin Passard, sera occupé par bien des bénédictions.

Comme le dit le metteur en scène. Hervé Van der Meulen : «  Quelle troupe ! » Inoubliable soirée !

 * « Beaucoup de bruit pour rien » William Shakespeare / Studio Théâtre d’Asnières, jusqu’au 22 janvier 2017 / Réservations : 01 47 90 95 33 (10h-13h / 14h-18h).

 ** Peter Acroyd : Shakespeare. Points Seuil, 2008, 739 pages. 9 €.

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