Bel Canto, « Iphigénie en Tauride », Gluck, 0péra Bastille …*

Christoph Willibald Gluck, illustration non datée © © akg-images / De Agostini Picture Christoph Willibald Gluck, illustration non datée © © akg-images / De Agostini Picture

Le compositeur Christoph Willibald Gluck , en 1779, grand succès à l’Académie Royale de Musique de Paris. Cette suite à  l’ « Affaire des Atrides » obsession inavouable, indépassable de l’Antiquité grecque. S’agit-il de faits réels ou d’un montage d’ordre psychanalytique ? En tout cas source d’œuvres littéraires, à commencer par Euripide, via deux scribes ultérieurs. Selon d’autres versions l’inspiration remonterait à Racine 1674, bien que le texte que nous écoutons donne le sentiment d’un Racine dévalué, difficile d’imiter un aussi grand poète. Fort heureusement les interprètes de cette version 2016, représentée au Palais Garnier  sont magnifiques et procurent un plaisir rare d’entendre, enfin, la langue française bien dite et  bien chantée. On notera que cette version crée en 2006, in loco, par Krzysztof  Warlikowski. Stéphane Lissner, l’actuel Directeur de l’Opéra parisien rend hommage à Gérard Mortier qui initia la première production de cette version de l’Opéra de Gluck.

Hélas, à nos yeux la vision de l’artiste polonais, si elle ne dérange pas foncièrement les qualités musicales de cette « Iphigénie », nous semble passer à côté des qualités de l’interprétation. Il s’agit de l’une des réussites de Gluck, encore faut-il jouer dans la même cour d’authenticité  et non dans une pseudo modernité avec le choix d’une Maison de retraite pour vieux pour décor et environnement malgré des qualités esthétiques de K. Warlikovski , notamment dans le jeu des miroirs qu’il organise à partir du rideau de scène, miroir lui- même renvoyant l’image intégrale de la salle. 

 

 Car l’on en vient à la partie du bel canto qui n’est pas vraiment tel et on entend une demie douzaine de chanteurs pleinement dans le chant, soutenus par  l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Paris. Véronique Gens est connue pour sa présence, et le fait d’entendre parfaitement ce qu’elle chante dans les couleurs d’un soprano maîtrisé et riche de jolies résonnances   mais surtout ce sont les rôles d’Oreste et de Pylade qui retiennent particulièrement l’attention du spectateur/auditeur. Stanislas

de  Barbeyrac est un modèle de ténor, en plus de ses sons c’est un acteur qui incarne et croit à ce qu’il chante contrairement au metteur en scène. De même pour Etienne Dupuis, baryton canadien en un Oreste comme plus mûr que Pylade éclatant de jeunesse. Ne pas omettre Thomas Johannes baryton basse en Thoas le Roi veule à souhait et qui ne méritait pas le sifflet entendu au cours de notre soirée.  Choeurs et Ballets réduits rappellent que Gluck a écrit toutes sortes d’opéras (un mémorable « Orphée et Eurydice »)  de Vienne à Londres, Paris etc.. ( cf. « Gluck » une biographie assez emmêlée, mais utile de Timothée Picard (Actes Sud Classica 2007). Enfin Renate Jett incarne la seconde Iphigénie, actrice  puisque notre metteur en scène a imaginé qu’il y avait deux « Iphigénie »..dont l’une ; durement victime de ses rhumatismes.

   Demeure une rencontre à mi chemin du passé et d’un présent dix huitième siècle

Entre G.F.Haendel et W.A.Mozart.

 

Claude Glayman.

 

« Iphigénie en Tauride » C.W. Gluck Opéra National de Paris  2 . 25décembre 2016.

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