Bastille : Capriccio (R.Strauss) des 18°/21° siècles

capriccio © © Vincent Pontet / OnP capriccio © © Vincent Pontet / OnP

15eme opéra de Richard Strauss, plus exactement «Conversation en Musique en un Acte » de 1942. Au cœur de la 2°Guerre Mondiale et dont le livret, difficile à mettre au point, Stefan Zweig y participe initialement alors que d’autres furent recalés. In fine le compositeur  s’y attelle  et fait appel à Clemens Krauss (le chef d’orchestre). Il semble également qu’il s’agissait d’une vieille commande des autorités du 3°Reich, en vue de célébrer la « victoire ».sic !...On a reproché à R.Strauss de  s’être réfugié dans l’esthétique, l’humanisme.

« Capriccio » tourne autour d’une question  vitale autant que sempiternelle : la musique est-elle plus ou moins importante que le verbe, le texte ?

Le musicien c’est le ténor Benjamin Bernheim, Flamand. L’écrivain,  soit le baryton Lauri Vasar se prénomme Olivier. Rivaux en disciplines et quasiment jumeaux en amour devant la Comtesse, la soprano Us, Emily Magee qui a réuni tout un beau monde pour sa fête,  en son château relativement proche de Paris.

Richard Strauss, à qui l’imagination n’a jamais fait défaut complète sa galerie : Clairon, actrice, jolie femme, statut variable, aux liaisons multiples, la mezzo soprano Michaela Schuster Le comte Wolfgang Koch baryton, curieux et vaniteux La Roche, baryton, un prétendu grand homme de théâtre, Lars Woldt haut en couleurs, en voix (basse). Deux acteurs italiens symboles du bel canto en perdition, volontiers cabotins. Une jeune  danseuse douée, Camille de Belleton  Bien connu, Graham Clark prenant sa retraite en incarnant le souffleur, M.Taupe, souvent oublié dans son trou. Ainsi que le personnel zélé qui verse les chocolats, les boissons alcoolisées et qui, le beau monde parti  s’en « payera une tranche » en se moquant de ce petit monde souhaitant ne pas le paraître.

Ces comparses chantent plutôt avec talent  et vie un monde ancien et cette obsession séculaire : voix ou verbe ?

 Dans tout ce fatras il y a de l’étonnante modernité, de l’actuel que nous ressentons d’abord chez la Comtesse, dans  son inoubliable monologue final lorsqu’elle entend conclure la  journée, les invités partis. Emily Magee,  à la fois l’intelligence des femmes (« si tu paries sur l’un tu perds l’autre »   choisit la modération au milieu de gens trop sûrs d’eux-mêmes,  de leur conviction et de leur personne. A cette aune, notre monde, fût-ce dans le péril, a- t-il évolué ?

capriccio-2 © © Vincent Pontet / OnP capriccio-2 © © Vincent Pontet / OnP

 La direction d’orchestre menée par le fort talentueux Ingo Metzmacher transformant le sextuor initial, créé sur scène, retrouve  la matière orchestrale  spécifique du compositeur. Grand orchestrateur R.Strauss n’en est pas moins intimiste, la mélancolie de sa musique de chambre, ne serait ce que comme créateur vocal.  Ce qui le mènera aux sublimes « Quatre derniers Lieder ».

Enfin on ne saurait oublier la finesse de la mise en scène de Robert Carsen (déjà appréciée)  pourtant susceptible de pagaïe. R.Carsen met de l’ordre, au milieu de son bataillon de chaises, d’égos et à leurs manifestations ! Sans compter cette trouvaille d’avoir juxtaposé un rideau de scène plus petit au rideau principal de manière à amener  l’adieu de la  comtesse : beaucoup plus captivant que les miroirs qui entourent, cernent reflètent René Fléming dans un récent dvd *, ou bien**dans le cd dirigé par Karl Bohm,

la poignante Gundula Janowits.

Conversation ; ou bien comme en convient la Comtesse, un Opéra avec tout son tra la la ?

Notamment un « Sonnet » central décortiqué par l’ensemble de ces artistes.

 

*R.Strauss : Capriccio, Orchestre de l’Opéra de Vienne dm Christoph Eschenbach, Renée Fleming. ..Un DVD Unitel Classica, 2013

** R.Strauss : Capriccio, Orchestre de la Radio Bavaroise, dm Karl Bohm, Gundula Janowits… Deutsche Grammophon, 1972

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