WAGNER VISITE ROSSINI

                                            Un rituel de l’actualité ; il y a les rencontres de chefs d’Etats,  mais il y a aussi les visites de grands compositeurs entre eux qui marquent très certainement leurs temps

Paris 1860, capitale incontestée de la musique, Richard Wagner, encore relativement mal connu, est l’invité de Gioacchino Rossini, retraité et à son sommet.La rencontre a lieu à l’endroit même où se « réfugia » Mozart juste après la disparition de sa mère. Aujourd’hui, une banque d’une extrême banalité,ce qui n’était pas le cas à l’époque, où s’installa Rossini.

Dans une assez longue et perspicace préface le musicologue Xavier de Lacavalerie détaille quelques « aventures » de ce texte, longtemps soupçonné mais ignoré du public et qui finit par ne plus l’être. C’est le second voyage parisien de R.Wagner, il a été invité à l’occasion de la création de son « Tannhäuser : une féroce et célèbre cabale en fera un fiasco. Le compositeur ne l’a jamais perdu de vue en dépit de consciences lucides telles celle de Charles Baudelaire plus passionné d’art que de réaction nationaliste et conformiste.

En vérité le gotha français ne supportait pas les opinions de Wagner concernant ses théories sur la « musique de l’avenir » ;  l’invité le rendait bien lorsque, par exemple, il jugeait Faust et Mephistophélès de Charles Gounod comme deux galopins parcourant le Quartier Latin ; il est vrai sans mentionner le nom d’Hector Berlioz. Wagner a déjà à son actif  Lohengrin ,Tristan, les deux premières jourrnées du Ring, tandis qu’il s’interrompt dans le second acte de Siegried.

Wagner finit par réussir à rencontrer le grand Beethoven qui lâche Napoléon dans le titre de la « Symphonie Héroïque » ;,alors qu’il travaille ses « Quatuors ».Les livrets des opéras français lui semblent légers pour ne pas dire ridicules « Va-t-on à la mort en chantant ? »

Wagner «  entend créer la forme définitive et absolue du drame lyrique », ce qui ne l’empêche pas d’apprécier « l'opera buffa » comme «l’opéra seria » et singulièrement « Moïse » du maître de Pesaro.

Rossini et Wagner admiraient Mozart et Carl Maria von  Weber. C’était aussi l’époque où Felix Mendelsohn redécouvrait les grands chefs d’œuvres de Jean Sébastien. Bach  qui n’avaient pas échappé à nos deux maîtres. A propos de Mozart la rumeur concernant l’affaire Salieri n’avait pas disparu (elle eut la vie dure), se reporter à Rimsky-Korsakov tirant un opéra qui ne manque ni de sel, ni d’outrance et qui entretint la flamme.

Et si on reproche à Wagner de rejeter la mélodie  - le grand reproche des Français -  R.Wagner déclare à Rossini qu’il se réclame  d’une « mélodie à ‘plusieurs bords, voire d’une mélodie de combat  »,  à laquelle se mêlent les chœurs au profit d’un livret solide ; .également une mélodie de passion comme les Mélodies pour « Mathilde Wesendong.

ll n’empêche nous dit  Xavier de Lacavaleie, in fine, que Rossini ne connaissait guère la musique de Wagner qui se réclamait d’une morale de fer pour aller au terme de ses choix « Savoir vouloir ! » proclamait-il ! Mais n’y a –t-il pas dans cette belle et courtoise discussion un brin de dialogue de sourds …?

 Claude Glayman

*Edmond Michote : « la visite de Wagner à Rossini »     ; Préface de Xavier de

Lacavalerie.

  • Richard Wagner à Mathilde Wesendonk ; Journal et Lettres 1853/1871.Parution     
  • 1986 : 143F. / 1986                                                                                                                  

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.