MANOURY, DUSAPIN ET LE QUATUOR A CORDES

        Prévue du 18 au 26 janvier  à la Cité de la Musique, la 6°Biennale du Quatuor à Cordes proposait  au cours de la soirée du 21 janvier  deux créations françaises de Philippe Manoury et Pascal Dusapin.

« Melencolia » de Ph.Manoury entamait la partie. C’est le troisième Quatuor de son auteur écrit aux Etats-Unis où travaille le compositeur. C’est d’abord un tableau d’Albert Dürer, le célèbre « Mélacanlia » qui a inspiré la partition tandis qu’un pré-texte explique à quel degré ce thème a  obnubilé des pans entiers de la culture européenne. Comme il y est dit la mélancolie est inextricable.  S’articulant sur un graphique mathématique autour du chiffre 34, le grand Quatuor Arditti, spécialiste de musique contemporaine, en a donné une version

à la fois pathétique et d’une musicalité extrême. Pathétique, car ce 3°Quatuor rend hommage à un autre musicien disparu en 2012, le portugais Emmanuel Nunes que l’on a souvent entendu et applaudi en France.

L’œuvre démarre tout en sourdine, un son injoignable (micro tonalité?). Un son qui s’évanouit, puis est traversé d’échappées fulgurantes, mêlées de pizzicatti. Les Arditti, doublés de crotales incarnent l’intériorité de la musique. Pour autant, on l’aura probablement, compris, nous ne sommes pas entrés dans un univers terriblement tendu dont la mélancolie, de l’aveu même de l’auteur, ne peut être extirpée..

 

PASCAL  DUSAPIN TOUJOURS     

 

Je fréquente et admire sa musique depuis 1989, « Romeo/Juliette », avec quelques interruptions dues parfois à des raisons personnelles ou  de santé. Je connaissais « Khôra » pour soixante cordes mais point la version pour trente cordes par laquelle il entame sa partie. C’est bien un homme d’orchestre ; comme il le montre dans cet incroyable projet d’une pièce « Hinterland /, arrière pays /  Hapax » constituée d’un quatuor à cordes et d’un orchestre, évidemment allégé. Il fallait l’imaginer, et le résultat est splendide. Création hors de France 2010 et désormais création française.

Le quatuor agit comme une basse continue et toujours les Arditti. Un archet provoque un ralentissement, un autre active et les cordes orchestrales pétaradent, et puis tout reprend dans de la vitalité, tout se répond, s’emboîte même. La vitalité est pour moi l’une des marque de la musique de P.Dusapin ; vitalité mais pas violence, sinon maîtrisée et qui n’empêche aucunement la profondeur. Force, générosité, un vaste souffle, et un lyrisme toujours au rendez-vous. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier bien d’autres compositeurs. Mais le 20° siècle s’est caractérisé par des bouleversements bien connus dont Henri Dutilleux a su hériter et maîtriser la matière. Pascal Dusapin avec ses références à Nietzsche, certes daté, ce Quatuor/Orchestre, une œuvre abondante,  un métier formidable devient l’un des  maîtres du 21°siècle, temps bardé d’un grand nombre d’éclectismes et de potentialités. .

Claude Glayman

CITE DE LA MUSIQUE  /  6° BIENNALE  DU QUATUOR  A  CORDES  JUQU’AU 26 JANVIER 14 ; Tel :  01 44844484.

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