Joffrin: Putaing cong Deng Xiaoping!

"Putaing Cong Deng Xiaoping", ce fut le titre hilarant d'un article du Libé de jadis à propos d'un train de jeunes du sud-ouest parti en Chine...

Mais, « Putaing cong Deng Xiaoping », comment le directeur de la publication et de la rédaction d’un quotidien nommé Libération, qui se targue de plus d’être un historien à ses heures, peut-il écrire de telles inepties dans son EDITO ?

Dans celui-ci, intitulé "Utopie inhumaine", nous lisons « Après trois ans de folie totalitaire, la Chine était au bord de l’effondrement. Deng et les « modérés » du PCC mirent fin à cette expérience terrible. Mao reprit le pouvoir à la faveur de la Révolution culturelle… »

C’est le maréchal Peng Tehuai qui doit se retourner dans sa tombe, au Sichuan je crois.

Peng fut en effet LE SEUL à s’insurger contre les désastres du Grand Bond après avoir effectué une inspection dans plusieurs provinces où la misère sévissait, où les cas d’anthropophagie se multipliaient…Peng écrivit un long texte de plusieurs milliers de caractères qu’il eut la bêtise de communiquer au Président Mao avant la première réunion du congrès qui se tint au mont Lushan en 1959. 

Erreur fatale : Mao, redoutable tribun, tout en reconnaissant quelques bévues, lamina littéralement son ennemi, lequel ne se remit jamais de cette attaque frontale.

Grand homme de guerre, adoré par ses troupes – j’en suis personnellement témoin, ayant interviewé plusieurs d’entre eux sur le chemin de la Longue Marche en 1993 ( voir mon article fleuve dans Le Monde intitulé « Sur les pas de la Longue Marche") – Peng Tehuai fut, comme beaucoup d’autres rivaux de Mao – laminé, humilié, éliminé.

Quant à Deng le madré, il se garda bien d’oser critiquer frontalement le Grand Timonier. Tout comme Zhou Enlaï,  ou comme Lin Biao, concurrent direct de Peng Tehuai. Seul  le maréchal Zhu De, fondateur de l’Armée Populaire de Libération, hésita à se ranger dans le camp de Mao. Avant lui aussi de baisser la garde.

Quant à l’affirmation selon laquelle Mao aurait perdu alors le pouvoir, c’est tout aussi faux. Il perdit il est vrai une partie de son pouvoir. Et notamment la présidence de la République, que lui ravit Liu Shaoqi, son « pays » et autre rival, passé jadis par Moscou. Mais « le Président Mao » tint bon avec notamment l’appui d’une partie de l’Armée Populaire de Libération.

Puis vint le lancement du Petit Livre rouge par le fêlé et zélé Lin Biao  (1964). Puis la « Révol.cul. dans la Chine pop » qui ajouta, comme l'écrit justement Laurent Joffrin "quelques millions de morts à cet effroyable bilan". 

La suite de l'édito se tient, ouf.

Restent deux contre-vérités qui seront gobées par les (derniers) lecteurs de notre cher Libé...Deux contre-vérités qui sembleront  bénignes à certains. Pas aux Chinois qui vécurent ces années noires. 

 

 

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