Quatre beautés ou devrai-je écrire quatre types de beautés. Ce qui n’a guère de sens: depuis que je sillonne cette île, j’ai déjà vu ou aperçu – la nuance est de taille ! – une multitude de beautés différentes, parfois éblouissantes, toujours séduisantes.
Tentons l’impossible. Le premier type, je le qualifierai d’aristocratique.
Peu importe la caste. Cependant, La jeune fille a une peau claire, les traits fins, une élégance naturelle et soignée. Une certaine douceur émane de tout son être. Son regard ne manque ni d’audace, ni de réserve. Et son sourire peut être enjôleur.
Le plus souvent, elle porte sur l’oreille droite, qu’elle a petite, une fleur de frangipanier. Signe qu’elle est hindouiste, comme le soulignent aussi ses marques blanches florales entre les sourcils et signe qu’elle n’est pas encore mariée, la question rituelle étant : « Anda punya pacar ? » « Avez-vous un petit ami ? » ( Les Indonésiens, sont, tous comme leurs cousins indiens, les rois du questionnement : « d’où venez-vous ? » « Où est votre femme ? », « Combien d’enfants ? » etc, etc. )
Le second type, non moins troublant, appartient aux jeunes femmes musulmanes et à elles seules.
Dissimulées par un foulard sur la tête, par des vêtements amples – à l’exception des mains et des pieds, que chacun peut observer à la dérobée, mains souvent manucurées - toute leur attention et semble-t-il tous leurs efforts se portent sur la sublimation du visage par l’effet d’un subtil maquillage s’attachant surtout à donner aux yeux une profondeur…abyssale. Yeux de biche qui paraissent d’autant plus immenses qu’ils ont la forme des mille et une nuits, de longs cils venant parfaire le portrait…Regards muets, tournés vers le sol. Parfois cependant la curiosité l’emporte. Et la sensualité survient. Laquelle n’a rien à voir avec la religion.
Troisième type : celui de la femme hindouiste mûre, rayonnante, déjà mère, sûre de ses pouvoirs. Elle porte un chemisier brodé et ajouré blanc, jaune ou pourpre avec une échancrure en guise de décolleté mettant en valeur ses formes. Où est le temps, pas si lointain, où les balinaises de tous âges vivaient les seins à l’air ?
Cette coutume disparut vers les années 1940-50. Maudits soient les missionnaires protestants et catholiques !
Son chignon maintient sa longue chevelure avec grâce. Son sarong masque ses jambes, que l’on devine bien charpentées. Regard direct, sourire entendu, démarche assurée.
Quatrième beauté. Elle chevauche son deux roues cheveux au vent, a jeté aux orties chemisier et sarong – ou bien celui-ci, flamboyant, est-il porté « à l’artiste », avec large ceinture ébouriffante - une chemise ou un polo pour le haut, bras nus, un short seyant pour le bas, découvrant des cuisses cuivrées parfois somptueuses. Aux pieds, de simples tong.
Elle a la beauté sombre et oserai-je dire sauvage des mulâtresses baudelairiennes, des tahitiennes chères à Paul Gauguin, les traits bien marqués.
Son regard ? Déconcertant car il semble vous rendre invisible. La diablesse regarde tout droit devant elle. Et son sourire ? A peine s’esquisse-t-il sur des lèvres pulpeuses, qu’il a déjà disparu, tout comme la belle.
Manquent dans ce tableau, je l’ai dit, des centaines d’autres beautés. Je ferai deux exceptions: ce sont d’une part des femmes croisées le long des chemins portant une charge sur leur chef, et ce, quelque soit leur âge.
J’ai ainsi vu souvent des « vieilles » admirables..et admirées. Dans un premier temps, elles semblent figées par l’effort et la contrainte de leur charge, le regard fixe. Et pour cause : cette dernière retient toute leur attention. Mais si vous leur souriez, elles vous répondront toujours, heureuses et surprises.
Et puis, il y a ces femmes épanouies, voluptueuses, aux formes généreuses. Elles aussi renvoient à une mélanésie rêvée. Tout autant que les autres beautés, plus peut-être, elles incarnent ce que j’ai nommé ailleurs « le bien-être balinais ». Ce sont elles, à l’évidence, qui « portent la culotte ».
Agrandissement : Illustration 1
De ce bouquet de beautés dérive une multitude de sous-genres, de croisements, pour le bonheur des heureux balinais, comme en témoigne ce portrait pris lors d’une cérémonie hindouiste, lors du Galungan, fête qui ici célèbre les morts.