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Le Club de Mediapart ven. 27 mai 2016 27/5/2016 Dernière édition

Chine la Grande Muraille d'eau (II)

II. Debout à 5 heures. Le temps pour les paysans de s’en aller aux champs lever la houe. Le temps pour les bateliers de guetter le prochain obstacle, une main sur la barre, l’autre enfoncée dans la poche d’un vieux manteau matelassé. Il fait frisquet.

 Perce le sentiment encore diffus d’une seule et même communauté comme retirée du monde.

 Malgré la pétarade des moteurs – rares sont les bateaux à rames – il règne une sorte de silence, de connivence quasi secrète. Les saluts se font discrets. Peu de signes ostentatoires de reconnaissance. A quoi bon?

 Alentour, on devine l’immense toile d’araignée aquatique des innombrables petits canaux qui filent d’est en ouest, au-dessus desquels desquels sont parfois suspendus de grands carrelets.

L’aube naissant, de grandes maisons blanches au toit de tuiles vernissées apparaissent le long des bras d’eau dans un ordre impeccable qui respecte le fengshui, la millénaire géomancie chinoise. Quelques ponts à dos très rond obligent les cyclistes matinaux à une sacrée gymnastique: des bourgs annoncent la banlieue de Suzhou.

8h30: tout le monde descend, saute de bateau en barge, embarque dans des cars à touristes munis de hauts-parleurs braillards, dans des taxis, des rickshaws…En route vers l’autre paradis!

Suzhou un paradis? Certes non. Certains quartiers sont en voie de destruction; les canaux paraissent pour le moins pollués; les constructions neuves n’embellissent pas les abords de l’ancienne cité.

Pourtant, Suzhou semble la plus séduisante, la plus accueillante des vieilles villes chinoises. Petite, elle se traverse à bicyclette en une demi-heure. Les sampans vernissés vous tendent les bras.

De jardin en jardin, une journée suffirait presque à en faire le tour – et les détours – pour découvrir les plus beaux penjing – les bonsaïs chinois, ancêtres des japonais, - parcourir les venelles au bord de l’eau, assister par hasard à une cérémonie taoïste dans un temple ceinturé par les boutiques de marchands de fringues soyeuses, rêver, le soir venu, au carrefour de plusieurs ponts minuscules à l’heure où les gens de Suzhou entament leur dîner et se laisser tenter par un de ces troquets aux murs de chaux bien blanche où l’on déguste les spécialités locales: les fameux hundun, petits raviolis cuits à la vapeur, le canard “crispé”, le poulet à la pastèque, le hachis de crevettes et de crabes ou bien les crabes velus d’eau douce au gingembre avec sauce de soja et pour finir une soupe aux plantes aquatiques du lac Taihu.

Lendemain matin, 5h30, à la gare maritime. Un vieux “chemineau” achète laborieusement son ticket. Il paie 1,20 yuan. Pour Hangzhou, le voyage coûte 6,10 yuans, soit moins de 6 F ( 30 yuan à l’aller). L’embarquement se fait dans la foulée.

Les couchettes à l’aller avaient semblé spartiates. L’omnibus matutinal est à classer dur, très dur. Banquettes de bois bien droites, vue au ras des paquerettes et fréquentation en dent de scie.

Si, au départ, les bancs sont clairsemés, occupés par quelques joueurs de cartes acharnés, des corps endormis, un ou deux couples de paysans et quelques chemineaux, certaines sections apporteront de forts contingents de passagers et aussi de vélos, de volailles et de paquets en tout genre.

Heureusement, un “long nez” a droit à certains accomodements. Il peut s’asseoir, lui et lui seul, à la proue, occuper après le lever du soleil le pont supérieur. Deux postes indispensables à l’observation du spectacle qui ne cessera de se dérouler pendant les douze heures du retour vers Hangzhou.

De notre envoyé spécial  Victor Chanceaux

Paru dans Le Monde du 9 janvier 1993. (Second épisode sur quatre). 

 

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Tous les commentaires

Pour la soupe, je ne me souviens pas, les crabes velus, j'adore. La différence de prix s'explique facilement: dans un cas, nous sommes dans un bateau avec couchettes, des employés, avec des hommes d'affaires et quelques touristes, dans l'autre sur un vieux raffiot qui est omnibus et n'en transporte que des travailleurs. J'étais non seulement le seul étranger mais aussi le seul touriste...L'un des enchantements du voyage!

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L'auteur

CLAUDE HUDELOT

Historien de la Chine contemporaine, réalisateur de documentaires tv
La Flotte - France

Le blog

suivi par 74 abonnés

"Les musulmans en Chine", une rediffusion de France-Culture

À propos du blog
50ème anniversaire de la Révolution culturelle 1/3 Les Musulmans en Chine A écouter le 17.05.2016 55 min France Culture avait enregistré au printemps 1979, soit moins de trois ans après la fin officielle de la Révolution culturelle une série d’émissions sous le nom de Mission Chine. Soit plus de cinquante heures de diffusion parmi lesquelles celle-ci. 1ère diffusion le 13 mai 1980 dans La Matinée des autres Un documentaire de Claude Hudelot et Danielle Fontanarosa Prise son Madeleine Sola Mixage : Noëlly Louis-Marie France Culture avait enregistré au printemps 1979, soit moins de trois ans après la fin officielle de la Révolution culturelle une série d’émissions sous le nom de « Mission Chine ». Parmi les thèmes traités Claude Hudelot avait porté son attention sur les musulmans vivant en Chine sous l’appellation chinoise de hui 回族. Il avait ainsi rencontré un Chinois musulman de Shanghai, l'imam de Kunming dans le Yunnan), l'imam de HSI Han dans le SHAN HSI afin d’évoquer l'arrivée de la population musulmane en Chine Sont évoqués l’observation des rites islamiques, la discrimination raciale, l’'échec des mariages mixtes, la destruction de mosquées et, la répression de la pratique religieuse pendant la Révolution culturelle et les menaces d'assimilation qui pèsent sur la communauté "hui". Propos juxtaposés avec les interviews par Claude Hudelot Avec Jean Philippe Beja, sinologue, chercheur au CNRS Pierre Trolliet, sinologue, professeur à l'Institut national des Langues et Civilisations orientales. Textes lus par Roger Bret Prière de ramadan à Lingxia, 2007 • Crédits : Philippe Rochot