Vous me pardonnerez ce mauvais jeu de mots mais mieux vaut mettre d’emblée les pieds dans le plat. Je vous suggère d’abord de visionner une vidéo de 6’ tournée sur son smartphone par Aude Lavigne lors de la seule A.G à laquelle Mathieu Gallet a participé, le 19 mars. (En ligne sur Internet).
Non seulement celui-ci est incapable de répondre aux critiques émises, avec vigueur il est vrai, par certains salariés du groupe, se faisant même « moucher » par un représentant syndical fort éloquent qui monte sur scène et lui fait face, mais le Pdg de R.F se met à tourner en rond encore et encore, les bras ballants, le micro à la main, montrant à la fois son impuissance et son mépris, avant de quitter la scène sous les huées sans vouloir poursuivre le dialogue.
Un tel comportement, de la part d’un dirigeant d’entreprise, petite ou grande, est à la fois inqualifiable est symptomatique. Ce geste à lui seul le disqualifie presque autant que les révélations fracassantes du Canard sur ses dépenses dispendieuses à R.F d’abord, puis à l’INA. A ce propos, il est dommage que la déclaration d’Agnès Saal, qui lui a succédé à la tête de l’institut, soit passée inaperçue. Celle-ci ne mâche pas ses mots.
Plus grave : la vision qu’a Mathieu Gallet de ce formidable outil de communication et de création s’avère incompatible avec celle des personnels qui œuvrent sur les différentes chaînes du groupe. La faute à qui me direz-vous ? La faute au C.S.A qui s’est laissé embobiner par ce sémillant technocrate dont la seule expérience, avant l’INA, est d’être passé par plusieurs cabinets ministériels de droite. Les réactions de certains ténors de celle-ci, de Nicolas Sarkozy à Laurent Wauquiez, n’ont donc rien de surprenant.
Je vois mal comment la crise actuelle pourrait se dénouer sans le départ de Mathieu Gallet, même si, disons-le, sa responsabilité est moindre que ses prédécesseurs, Jean-Paul Cluzel et Jean-Luc Hees surtout.
M.G avait d’ailleurs, il est vrai, alerté sa tutelle à propos du déficit galopant dès l’automne dernier. Mais que n’a-t-il, dans la foulée, proposé des solutions ? Attendons de connaître le plan stratégique qu’il vient de soumettre à Fleur Pèlerin.
Mais après les conclusions tirées par la Cour des Comptes, conclusions qui ne font qu’attiser le feu, - la proposition d’unir les rédactions de de F.I, F.C et F.M est scandaleuse car ce serait le premier pas vers une disparition à court terme de ces deux dernières, scandaleuse aussi parce que la pluralité des trois rédactions a fait ses preuves – ce plan stratégique risque fort d’être retoqué et par la tutelle et par les personnels de R.F
A propos de tutelle, il faut le dire clairement ; sa responsabilité est énorme. Ce qui ne nous surprend pas : depuis trois ans, le pouvoir hollandais a prouvé à maintes reprises son désintérêt pour la chose publique et la culture. La nomination de Fleur Pèlerin à la tête du Ministère de la Culture et de la Communication n’a rien arrangé.
Dans la tribune que Mathieu Gallet avait publié récemment pour sa défense dans les colonnes du Monde, il évoquait l’idée d’une « Maison de la culture ». Idée que nous avions lancée, avec Laurence Bloch et d’autres producteurs de France-Culture et de France-Musique, auxquels s’étaient joints des animateurs d’Inter, au début des années 1980…(1)
Reconnaissons que la maison ronde a fait, depuis lors, des progrès considérables en terme d’ouverture.
C’est probablement sur ce terrain que devraient se battre ensemble direction et personnel, quitte à modifier certains objectifs, certaines missions. Ce qui aurait en outre le mérite de donner du sens à cette maudite rénovation.
Le lieu s’y prête admirablement, tout comme sa situation géographique et surtout les outils que Radio-France possède en son sein, orchestres compris. Il faudrait pouvoir multiplier les manifestations ouvertes aux publics, créer des événements, un ou plusieurs festivals, proposer des expositions, des rencontres. Celles-ci existent mais il devrait être possible de faire dix fois mieux.
Pour mener à bien un tel projet, il faudrait à l’évidence un grand professionnel des médias et de la culture et puiser au sein même des personnels, salariés ou non, de la maison une équipe forte, inventive, à même de redonner à ce grand vaisseau l’énergie qui lui manque aujourd’hui cruellement.
Espérons que ces radios que nous aimons tant – les autres, toutes les autres sont à nos oreilles inaudibles – redémarrent au plus vite. Pour pouvoir écouter à nouveau selon l’heure, ces voix qui nous aident à vivre.
(1) Entré à l’ORTF en tant qu’assistant de réalisation en 1974, je suis devenu producteur à France-Culture de 1975 à 1984, essentiellement aux après-midi, puis en 1991-92 et de 1998 à 2002.