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Billet de blog 3 octobre 2012

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Sur les pas de la Longue Marche (2): sous les ordres du général Peng Dehuaï

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20 août (1993).

Nanchang, place du 1er août où se dresse le Monument aux martyrs de la révolution. Tout autour, allongés sur le marbre frais, des dormeurs, bouche ouverte, se laissent aller. C'est ici, au cours d'un des soulèvements qui embrasent les villes après la volte-face de Tchiang Kaï-shek, que fut fondée le 1er août 1927 l'armée rouge.

Visite obligée au Musée de la révolution. Architecture coloniale. A l'époque Grand Hôtel du Jiangxi. Belle façade début du siècle; grande cour intérieure sur laquelle s'ouvrent des salles où figurent héros, cartes, reconstititons, photos jaunies et meubles au charme désuet. Chambre modeste de Zhou Enlai avec théière, tasse et pinceaux, fauteuils recouverts d'une housse blanche, claustra de bois et verre bleuté avec croisillons. La lumière matinale rehausse l'ensemble.

21 août

Sur la route. Direction sud-sud-est, vers les monts Jinggang. Une route défoncée. Notre lot quotidien désormais. Poussière et camions bleus style Salaire de la peur. Et la peur viendra plus tôt qu'à son tour.

Prochaine étape: Ji-An et la bonne surprise de rencontrer un second vieux de la Longue Marche. Coquette maison avec jardin. Ce "lao hong jun" (mot à mot "vieux soldat rouge") cache bien son âge. A quatre-vingt-trois ans, il n'a rien perdu de son énergie et de son autorité. En témoigne le respect des cadres provinciaux.

Sa Longue Marche s'est déroulée sous les ordres du général Peng Dehuaï, l'une des grandes figures du Parti communiste que Mao Zedong évincera à la fameuse conférence de Lushan, en 1959. Peng Dehuaï, l'un des seuls chefs historiques qui aient osé tenir tête au président et critiquer les errements du prétendu "Grand Bond en avant". Il le paiera cher. 

Le vieux soldat rouge ne cache pas son admiration pour son chef d'alors. Si la Longue Marche fut "supportable", il le doit à ce remarquable meneur d'hommes, au fin stratège, à ce général dur à la tâche, toujours prêt à partager l'ordinaire des siens.

Communiste il devint et communiste il est. Et si le parti perdait le pouvoir? "Ce serait la fin, monsieur, la fin de la Chine". 

Mais les jeunes qui courent les karaokés et se ruent ventre à terre après l'argent? Le vieil homme l'admet, "l'esprit de la Longue Marche se perd. Mais le Parti communiste sauvera la Chine."

Et de montrer pour conclure deux photographies: celle du jeune combattant qu'il fut et celle du personnage salué récemment par Jiang Zemin lui-même. Décidemment. ( voir le texte précédent). 

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