Celui-ci jaillit comme un long raclement de gorge, puissant, effrayant lorsque la nuit bien noire est advenue. Le geko ? Un lézard de dix à vingt centimètres qui se loge sous les poutres de la maison et vit le plus souvent en couple. Apprécie particulièrement les insectes, les libellules surtout. Il suffit de promener la lampe torche le long du toit pour obtenir le silence…
Avant la nuit, au crépuscule, auront résonné les derniers appels à la prière. J’ai encore demandé aujourd’hui s’ils étaient a capella et bien réels ou enregistrés. Les ouvriers musulmans du chantier se sont gaussés de moi.
Or ces voix, ces chants, ceux du soir surtout, ont une beauté quasi surnaturelle. Un jour, j’espère m’approcher au plus près d’un des mirhab des trois villages en contrebas…Hier, pour le dernier appel, un des hazan - muezzin – a lancé sa mélopée très très haut, voix de tête portée de plus par une sono envahissant les deux vallées, celle du Lembuyang et celle du Seraya, formidables caisses de résonnance.
Il y avait une force de conviction inouïe à laquelle les croyants ne peuvent pas ne pas être sensibles. Mais le sont-ils ou bien ces appels qui semblent tisser le lien communautaire entre ce groupe éparpillé au flanc des monts et jusqu’à la ville d’Amlapura, elle-même hérissée de mosquées – masjid – dignes de mille et une nuits, ces appels ne font-ils que rappeler à chacun le temps qui passe ?
Quoiqu’il en soit, chacune des communautés se distingue par ses tenues, ses comportements, - les musulmans s’avérant le plus souvent moins expansifs, plus secrets – et les rites qui façonnent leurs vies du lever au coucher du jour.
Un seul constat : me déplaçant sur les routes de la région, voire plus loin, j’ai croisé chaque fois une, deux, voire trois processions hindouistes dont la nature m’échappe le plus souvent.
C’est ainsi qu’hier, en redescendant du grand temple Lempuyang, ayant pris un chemin de traverse, j’ai été salué par des centaines d’hindouistes en grande tenue, superbes ceintures rouges, coiffures rutilantes, longs sarongs, au sein d’une vallée riche en arbres centenaires, avec de multiples structures éphémères en bambou, d’immenses « chaises à porteurs » superbement décorées, qu’entouraient plusieurs générations de jeunes gens, les garçons d’un côté, les filles de l’autre. Plus loin, un grand orchestre de gamelan jouait à tue-tête tandis qu’un prêtre chantait en solo. Beaucoup de sourires échangés et quelques photos volées. Il s’avère que ce rassemblement joyeux marquait le début d’une crémation…
Aujourd’hui, dans le village de Bebandem, une foule de plusieurs centaines d’hommes et de femmes défilant derrière des chars dorés avait provoqué sur la route principale un gigantesque embouteillage de camions, voitures, deux roues sous le regard bon enfant de la police locale et d’un service d’ordre pléthorique.
Certains soirs, les fins de semaine notamment, le son lancinant de gamelan – ces percussions qui fondent la tradition musicale hindouiste – va se perpétuer des heures durant.
Voilà. Le cri du geko ne devrait pas tarder…