Si notre doulce France s’enivre d’ « exception culturelle », il est souvent question, au-delà des Alpes, d’ « excellence italienne ».
Une expression, employée hier, avec quelle maestria, par Francesco Dal Co, architecte, philosophe (1), lors de l’inauguration du MAST à Bologne. Manifattura di Arti, Sperimentazione e Tecnologia. Arts, Experience and Technology.
MAST. , c’est d’abord un lieu tout neuf, quasi transparent, relié à la ville, la Citta, par une grande rampe. Un lieu si fort que La Repubblica le comparait ce matin à Beaubourg, c’est dire !
Soit 25.000 m2 sur trois niveaux, entourés d’eau et de galets. Des matériaux traités avec une délicatesse, une finesse comme seuls les artisans italiens savent le faire. Des espaces zen, quasiment nus. Ici, aucune ostentation.
Aucune ostentation non plus chez la maîtresse de cette fondation privée, « La Seràgnoli », Présidente du groupe G.D, qui emploie dans cette région mais aussi bien ailleurs, notamment en Chine, des dizaines de milliers d’ouvriers. Spécialité de la maison : la précision.
Isabella Seràgnoli, héritière de ce petit empire, aurait pu faire fructifier tranquillement son industrie florissante, qui dit-on, ne connaît pas la crise.
Elle a choisi tout au contraire de s’impliquer avec force dans vie sociale et culturelle de sa cité, avec cette « nouvelle citadelle » où seront d’abord conviés les membres du personnel de G.D et très bientôt tous les citoyens de Bologne, petits et grands.
Ceci n’est pas un vain mot : Il Nido, la crèche, destinée aux enfants du quartier – le MAST. est situé dans la banlieue de cette ville moyenne – se situe au cœur du dispositif.
MAST.GALLERY apparaît comme un autre instrument clé de la fondation. Cette galerie sinueuse à souhait, surprenante, alternant salles aux dimensions savamment mesurées et passages plus étroits, présente une partie de la collection déjà constituée par Urs Stahel, chargé par Isabella Seràgnoli de composer celle-ci autour du thème de l’Entreprise.
Non seulement Urs Stahel a réussi un coup de maître en choisissant les images les plus évocatrices des plus grands photographes ayant travaillé sur ce thème, des Becher à Kertesz en passant par Thomas Ruff, mais en proposant aussi un parcours alerte, loin des conventions du genre, osant certains rapprochements, mêlant les époques.
Isabella la Discrète, Isabella la Visionnaire : celle-ci, pour prolonger et développer cette idée de collection photographique jusqu’au cœur de sa ville, a eu l’excellente idée de créer une biennale intitulée FOTO INDUSTRIA, dont elle a confié la direction artistique à François Hébel, Directeur des Rencontres d’Arles, lui-même assisté de Claudia Huidobro pour la scénographie et la coordination. Ainsi, le MAST. étend-il actuellement sa toile dans dix hauts lieux de la vieille ville, avec pas moins de dix-sept expositions réparties dans des musées – la nôtre se voit ainsi accrochée au sein du Museo Archeologico – (j’y reviendrai dans un autre billet), dans des palais de la sublime Bologne.
MAST. ACADEMY pour la jeune génération à laquelle la Seràgnoli pense beaucoup, MAST.AUDITORIUM, un bijou avec sa parfaite acoustique, où s’exprimait hier soir le Premier Ministre lui-même, Enrico Letta, venu saluer cette initiative privée, un exemple pour « tutto nostro paese ».
Et aussi MAST.RISTORANTE, hier le coup d’envoi fut donné par des chefs étoilés, - ah il tuna al dente ! - sans oublier MAST. CAFFETERIA et MAST.WELLNESS.
L’un des deux jeunes architectes de l’édifice, Claudia Clemente ou Francesco Isidori a d’ailleurs, fort à propos, évoqué le concept de « microcitta ».
Soyons honnête : si chacun aime sans réserve la qualité des matériaux, la transparence, la circulation très aérée, le design qui se fond littéralement dans la structure et ce refus bienheureux d’un « coup », d’une gesticulation, le tout se voulant m’a-t-il semblé comme le portrait de son initiatrice, des espaces un peu « pas perdus » ont laissé perplexes certains visiteurs.
Et puis, à trop vouloir jouer sur le minimalisme, le risque est grand de tomber dans un conformisme par trop linéaire.
Mais peut-être faudra-t-il revisiter le MAST. peuplé par la « vraie » population à laquelle il est destiné, et non à cette gentry bolognaise si élégante, elle-même si transparente, si « propre sur elle » et si peu provinciale, invitée hier en grandes pompes… Laquelle fut accueillie, lors de la réception vespérale, par une manifestation anti-austérité qui a rappelé à chacun la réalité du moment.
A deux reprises, Isabella Seràgnoli a demandé que ses invités respectent une minute de silence en mémoire du drame de Lampedusa qui pèse ici cruellement. Moment solennel, sincère et quelque peu étrange car faut-il le rappeler, nous étions hier, au MAST, ce sommet de la technologie et de la convivialité citoyenne, loin, très loin de la problématique évoquée ici sur toutes les chaines lorsqu’elles ne couvraient pas la venue du bon pape François, adulé des Italiens, à St François d’Assise.
Au fait, pour nous autres, mécréants et laïques, l’omniprésence lors de cette inauguration des monsignore avait un goût d’exotisme auquel seules pouvaient se comparer…les excellentes pâtisseries de la Péninsule !
(1) Par ailleurs président du jury du concours d’architecture ayant attribué le chantier du MAST. à Claudia Clemente et Francesco Isidori, Studio Labics.
PS. En attaché, trois images de l'inauguration. Sur la seconde, apparaît François Hébel, directeur des Rencontres d'Arles et directeur artistique de FOTO INDUSTRIA. (Prochaine article de ce blog)...