LUCIOLES, PAIX ET FLUIDITÉ DE PHIL GLASS

Ecoute, écoute,

si aujourd'hui ou demain tu veux retrouver la paix, je te suggère d'écouter Philip Glass.

Commence par Opening. Là s'ouvre l'infinie richesse de l'oeuvre de celui-ci puisque tu devras choisir entre l'interprétation d'Opening au piano - grand classique déjà - , celui au marimba ou encore, mon préféré, au gamelan, une pure merveille.

A partir de là, l'offre devient vertigineuse, aussi vertigineuse que la musique créée par ce compositeur d'une musique que l'on dit "répétitive", ce que je ne crois pas.

Si tu souhaites non seulement retrouver la paix mais te laisser envahir par une belle énergie, prends le chemin des Dance pieces, ces danses que l'étoile qu'est Lucinda Childs a su si bien incarner, notamment avec Dance, la chorégraphie la plus emblématique de son art, un art tiré au cordeau, une création qu'elle partage avec Sol Lewitt, ce misanthrope génial, à la Brooklyn Academy of Music à la fin des années 70. Miracle du dédoublement puisque les danseuses et les danseuses évoluaient, dans leur tenue immaculée, chaussé(e)s de basket tout aussi blanches, derrière un immense tulle translucide (!) sur lequel apparaissaient les mêmes, surdimensionnés, ailés, tous portés par cette musique entêtante, par ces notes voletant comme des lucioles dans l'espace de la BAM.

Si tu veux du rêve et encore du rêve tends l'oreille vers le Truman show. Et si tu veux entendre la rumeur d'un monde plus grinçant, plus chaotique, ouvre Mishima.

Pour te laisser flotter jusqu'aux nues, installe-toi confortablement avant d'entamer l'écoute de Einstein on the beach, ce pur chef-d'oeuvre de Bob Wilson et de Phil Glass donné en avant-première au théâtre municipal d'Avignon, lors du festival, en juillet 1976, durant un été torride. Un spectacle, un opéra qui semblait sans fin auquel j'ai assisté plusieurs fois, l'une d'entre elle dans les cintres, tout en haut auprès des techniciens maniant les décors comme des jouets, des marionnettes...Dans l'émission fleuve que nous avions conçue pour France Culture Catherine Clément et moi-même pour rendre compte d'Einstein on the Beach, celle-ci avait en charge Bob Wilson et son domaine de création. Philip Glass me revenait.

Je n'ai pas réécouté depuis des dizaines d'années notre entretien. Mais j'entends encore certaines de ses phrases, notamment à propos de la technique qu'il plaçait très haut, lui l'élève de Nadia Boulanger.

Pourtant, lorsque tu écouteras Glass et ses Glassworks, rien de cette technique ne transpirera. Car si Philip Glass ne répète rien, - c'est du moins mon sentiment -, il est, tout comme Jean Sébastien Bach, le grand maître de la fluidité, ce fleuve tranquille nous guidant vers la paix.

Et pour revenir sur terre, pour boucler la boucle, quel meilleure écoute que celle de Closing?

PS. Fluidité du temps : je remarque par pur hasard que cet article est le 250ème publié ici. Merci Mediapart. Quelques autres textes les précédèrent sous le pseudonyme de Victor Chanceaux. Le tout premier était consacré à Farid Chopel, "ce fou dansant", disparu trop tôt. 

PPS. Philip Glass vient de fêter ses quatre-vingt quatre ans et ses mains ne tremblent pas lorsqu'il se met au piano pour jouer Closing

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