Maurice Voutey, une grande figure de la résistance

Ce texte reprend un hommage rédigé lorsque j'ai entendu, le 6 mai sur France-Inter, l'annonce de la mort de Maurice Voutey, fils du cousin germain de mon père Roger Hudelot, Maurice qui a tant compté pour notre famille. La seconde partie a été rédigée par nos cousins Françoise et Gérard Jordan. Je viens d'en prendre connaissance. Elle éclaire mieux le personnage vraiment hors du commun qu'il était. 

"Maurice Voutey, grande figure de la résistance, vient de mourir. Il avait 87 ans. Les radios, la presse lui rendent hommage, sans préciser toutefois qu'il était très proche du parti communiste quand il fut arrêté le 22 mai 1944 avant d'être déporté au camp de concentration de Dachau, puis au camp du Neckar. Lorsqu'il est arrêté, Maurice est, malgré son jeune âge, le responsable pour la Côte d'Or, du front national pour l'indépendance de la France où il se battait depuis 1942. Il n'avait pas encore 17 ans.Il était, jusqu'à ce jour, le Président de la fédération des déportés et internés résistants et patriotes figure unanimement respectée et admirée par ses propres pairs, avec lesquels il avait signé en 2004  l'appel "Créer, c'est résister, résister, c'est créer".  Il était commandeur de la légion d'honneur, titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre, officier des palmes académiques.

 Après la guerre, il devient prof d'histoire et de géo, écrit plusieurs livres de témoignage et de combat sur  l'horreur des camps nazis. Pour nous, Maurice, c'était le fils de Pierre et d'Andrée Voutey, adorables, chaleureux, qui habitaient au 18, ruelle des petits poussots, à Dijon. Chacun d'entre nous, je veux dire des fils Hudelot, nous avons passé chez eux des jours heureux. Pierre lui-même était un ouvrier engagé.

 De Maurice, je garde le sentiment d'une humanité très généreuse, chaleureuse, de sa stature au sens propre et figuré, de son élégance dans tous les sens du terme, de sa belle voix grave et de son accent bourguignon. A chaque décès dans notre famille, Maurice était présent. Maurice disparaît à la veille de l'élection.

Nul doute qu'il aurait aimé, en éternel résistant qu'il était, en vrai patriote, le coeur toujours à gauche, assister à la victoire de François Hollande.  Nous pensons à celui qui était resté toujours près des autres et en particulier des Hudelot". CH

 "La famille Voutey a habité ruelle des Poussots : la maison avait été détruite intégralement par un bombardement italien en 1940 , alors qu'ils avaient fui devant l'avancée allemande et reconstruite après la guerre. (Il y avait eu 3 maisons détruites sur Dijon !!)

Son livre " l'extravagance du rêve ou quatre saisons dans les camps du Neckar" a été réédité sous le titre :"Prisonnier de l'invraisemblable" . Il laisse au lecteur le soin d'imaginer ce que fut ce calvaire. Le livre de Christian Bernadac "Le train de la mort", publié en 1970, relate le voyage du train 7909 qui a conduit Maurice à Dachau le 2 juillet 1944, 4 jours interminables sans boire ni manger, par une chaleur insupportable : 536 morts et 1630 rescapés en piteux état à l'arrivée.
 

Maurice a écrit aussi "la presse clandestine sous l'occupation" - "L'évolution et le rôle du système concentrationnaire nazi" "Jean Moulin,mon ami"(en collaboration avec Pierre Meunier, "Lucien Hérard"( qui fut notre prof de français à l'Ecole Normale) "La déportation"- " Baptiste ou la terre promise"(roman) - "Les camps nazis" - "L'ère hitlérienne" et quelques autres ouvrages..

Maurice était aussi un amoureux de la montagne et des grands espaces : le Ladakh, les Annapurna, en randonnée, mais aussi le Pérou et la cordillère des Andes, le Kilimandjaro, le Sahara aux confins du Niger, le Mont Blanc et surtout l'Oisans qu'il a parcouru en tous sens. Il aimait regarder les étoiles avec son télescope depuis son balcon de La Grave, face à la Meije.
       
Ses obsèques, organisées par Odile, sa veuve, ont été d'une grande  sobriété, mais très émouvantes: 5 porte drapeaux, des représentants de la ville, le représentant de la Société d'entraide de la Légion d'honneur des anciens déportés (il en reste peu). Un seul discours , celui de Robert Créange, secrétaire national de la FNDIRP (Fédération Nationale des déportés internés résistants et patriotes) -lecture d'un poème d'une déportée- chant des  marais- Chanson de Jean Ferrat - .projection de l'interview réalisée en 2004 (visible sur daily motion) le tout dans une atmosphère de grand recueillement".

En pièce jointe la couverture de son livre:la pâte et le levain : Maurice dans les bras d'Andrée sa mère, à côté de sa grand mère Marie Hudelot épouse Voutey. 

 

 

 

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