FOTO/ INDUSTRIA: 路 Lu / La Voie propagandiste de Hou Bo et Xu Xiaobing

Suite de notre feuilleton "à la bolognaise"! Nous continuons notre promenade dans l'exposition "La Chine en construction" présentée actuellement à FOTO/INDUSTRIA:

Une salle aux murs noirs sert de sas entre la première partie et le second thème développé, celui de la propagande dans l’entreprise, après 1949.

Ici, j’ai souhaité d’abord rendre hommage à une grande photographe…de propagande, mon amie Hou Bo, bientôt âgée de 90 ans et à son défunt mari, Xu Xiaobing, que j’appelais affectueusement Xu Lao.

Sont rassemblés dans ce petit sanctuaire plusieurs tirages cultes de Hou Bo provenant pour la plupart d’expositions itinérantes qui circulaient dans tout le pays, avec le plus souvent un numéro en bas à droite permettant aux organisateurs de s’y retrouver.

Il y a la fameuse image de Mao dans champ de céréales, et son double en couleur dans un ouvrage de propagande récent acheté à Shaoshan, son village natal. Après le Mao paysan, voici le Mao ouvrier, non plus coiffé d’un grand chapeau de paille mais d’un casque…en jonc tressé.  

Hou Bo, fée des icônes maoïstes

Seule photographe officielle du Président Mao de 1949 à 1962, Hou Bo fut certainement la plus grande pourvoyeuse d’icônes de celui-ci lorsque le culte de la personnalité le plus inouï de l’histoire de l’humanité prit son essor.

Chargée de suivre le « Grand Timonier » (1) nuit et jour dans tout le pays, Hou Bo construit, sans en être consciente, la légende de Mao Zedong.

Six tirages (2) témoignent de l’importance, dans cette geste, de la symbolique productiviste, qu’elle soit d’ordre agraire ou industriel.

Fils de paysan, celui-ci s’avère très à l’aise parmi les cultures où il s’immerge avec une joie quasi enfantine, ici dans un champ de coton, là parmi les épis de blé mûrs à souhait.

Sur cette photo, le Chef de l’Etat se voit affublé d’un chapeau de paille, pour accentuer encore, semble-t-il, l’effet d’un Empereur Soleil irradiant la Nature. Un empereur débonnaire. Devenue une image culte, elle sera reproduite par millions sur toutes sortes de supports : affiches, badges, porcelaines, tissus…Nous sommes en 1958, au moment même où Mao à l’idée saugrenue et dévastatrice de lancer « le Grand Bond en Avant » qui provoquera, les trois années suivantes, une famine sans précédent et la mort de près de quarante millions de Chinois.

L’image où l’on le voit en conversation avec deux ouvriers se veut tout aussi symbolique : avec ses deux doigts, le « Grand Pédagogue » signifie que la Chine se doit de marcher sur ses deux jambes, l’industrie et l’agriculture. Comme les autres grands dirigeants de la Chine communiste (voir les images de Zhou Enlaï et de Zhu De), le « Grand Guide » mime un instant, pour l’appareil de Hou Bo et les caméras du régime, la gestuelle du Travailleur Manuel.

Sur une autre image culte, prise en 1958 au réservoir N°13 de Pékin, le Président figurait à l’origine en compagnie de Peng Zhen, Maire de la capitale. (Voir la vraie photo dans le livre « La voie » rassemblant les œuvres de Hou Bo et de son mari, Xu Xiaobing, lui aussi photographe et caméraman de la propagande chinoise.)

La diffusion massive à l’époque de cette photo tient à la toute puissance des deux hommes, à l’effet de quasi gémellité, de miroir, et à l’enthousiasme de la foule les entourant.

Sur les tirage présentés à partir de la Révolution Culturelle, Peng Zhen est tout bonnement effacé après avoir subi les avanies des Gardes Rouges, après avoir été écarté du pouvoir, et jeté en prison. Cette pratique de l’effacement est une des constantes des régimes totalitaires.  Tout comme Deng Xiaoping et d’autres hauts dirigeants, Peng Zhen refera surface après 1976.

L’image la plus rocambolesque nous montre le Président assis sur un tabouret, un bol de thé à portée de la main. Il rit à pleines dents, comme son cousin Mao et sa famille. Les hommes, assis, fument. Ce jour-là, 25 juin 1959, Mao Zedong est revenu pour la première fois à Shaoshan, son village natal.

A gauche, la fille de son cousin tient dans ses bras un enfant. Elle se nomme Tang Ruiren. Hou Bo aura la délicatesse de lui faire parvenir une image, laquelle fera la une de tous les journaux de Chine, avec une triple symbolique : le retour au pays du fils prodigue ; les retrouvailles avec le monde paysan ; la simplicité légendaire du « Grand Leader ».

En 1984, Deng Xiaoping, prenant le contrepied des slogans maoïstes lance son tonitruant « Enrichissez-vous ! ». Madame Tang ouvre alors une petite gargote dans la ferme qui fait face à la maison natale du « Grand Commandant » . Elle y appose la fameuse photo, intitule son restaurant « Chez Mao » et propose les plats préférés de celui-ci.

Aujourd’hui octogénaire, elle est devenue la femme la plus riche de Shaoshan, propriétaire d’une chaine de plus de 400 restaurants « Chez Mao » dans tout le pays. Chaque matin, elle prie face à une statue dorée grandeur nature du Président placée devant un immense tirage de la  photo colorisée et jure devoir tout à celui-ci et à son amie Hou Bo !

(1)  Cette expression fait partie des « quatre grands » ( slogans) en général calligraphié par le Maréchal Lin Biao, quasi obligatoires. Dans l’ordre : « Vive le Président Mao, notre Grand Leader, notre Grand Guide, notre Grand Commandant, notre Grand Timonier, qu’il vive longtemps, très longtemps. »

(2)  Cinq tirages font partie des expositions de propagande, comme toutes celles présentées en salles 6 et 7. Certains ont servi comme banc-titre dans le film « Hou Bo, Xu Xiaobing, photographes de Mao » (54’) réalisé par Claude Hudelot et Jean-Michel Vecchiet, coproduit par La Citrouille, France 2 et France 5, diffusé en 2003 sur ces deux chaines à l’occasion de l’ouverture des Années France-Chine.

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Deux vitrines : dans la première figure en bonne place un ouvrage rare, dont le prix atteint désormais des sommets en vente à Pékin :

路 Lu / La Voie

Sous-titre: oeuvres photographiques de Xu Xiaobing et de Hou Bo

Cet ouvrage de très grand format ( h: 42 / l: 30cm  ), avec le caractère 路 lu gravé en relief, édité en 1989 par La Société d’édition populaire du Zhejiang, présente 187 photographies de Xu Xiaobing – premières images, prises à Yan’an, la capitale communiste, 1938 – et de son épouse, Hou Bo, - première image: 1949, dernière 1966 – qui fut, de 1949 à 1962 la photographe officielle du Président Mao et des grands leaders du Parti Communiste chinois.

Ce livre retrace en images la genèse de la prise du pouvoir des communistes à partir de Yan’an, leur capitale, puis le temps de “la Libération” (1949), et enfin la vie officielle et quotidienne à Pékin des hauts dirigeants dans la “nouvelle cite interdite”, Zhong Nanhai, et lors de certains déplacements en province.

Certaines de ces images, vouées à être utilisées par la propagande sur différents supports, seront reproduites à des millions d’exemplaires. Par exemple celle du Président Mao annonçant sur la tribune de Tian An Men “que la Chine s’était levée”. (1.10.1949).

Cet ouvrage a la particularité de mêler les photos de Xu Xiaobing et de Hou Bo, sans qu’elles soient précisément identifiées. Signe de l’attachement très fort qui liait ces deux êtres.

Xu Xiaobing, né en 1916, est décédé en 2009. Madame Hou Bo, née en 1924, est à ce jours toujours vivante. En 2003, elle avait été invitée d’honneur des Rencontres d’Arles. 

PS. Demain, visite de la dernière salle, entièrement consacrée à la propagande maoïste. 

En attaché, à gauche, la fameuse photo de Madame Tang en 1959 et son portrait en 2008, par Guy Gallice.

Suit une photo prise en 1949 à Xiangshan, près de Pékin avec Madame Hou Bo au milieu, à droite le Pt Mao, à gauche Xu Xiaobing.

Puis portrait du couple à Yan'an, la capitale communiste dans les années 40. Xu Xiaobing photographie et filme l'aventure communiste, Hou Bo apprend le métier de photographe tout en enseignant aux petits et aux grands. 

Autre image culte, celle de Mao sur les marches de l'école de Shaoshan, son village natal, prise par Hou Bo le 25 juin 1919. Les deux gamins qui l'encadrent seront plus tard envoyés à l'université de Pékin avec une bourse, puis se marieront. Tous deux apparaissent dans le film "Hou Bo, Xu Xiaobing, photographes de Mao". 

 

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