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Billet de blog 25 novembre 2014

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Bali si jamais (3): "Bobos de tous les pays..."

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Si le cœur vous en dit, allez donc surfer sur les sites de location et de vente de maisons à Bali. Ils sont légions. Le choix s’avère époustouflant, tout comme la qualité des propositions et des prestations. Les prix eux-mêmes semblent imbattables. D’autant que « l’ile des dieux » bénéficie d’un climat d’une clémence rare.

Ne parlons pas de la végétation, luxuriante, - nous sommes à deux doigts sous l’équateur - , des plages avec leurs rouleaux propices au surf et  leurs petits warungs de poisson frais, de ce décor grandiose sculpté par plusieurs grands volcans au nord et à l’est de Bali.

A tout seigneur tout honneur : saluons d’abord le Mont Agung, qui s’élève, avec quelle majesté, à 3142 mètres…Or l’île n’est guère plus grande que notre Corse Celle-ci mesure 184 km de long, Bali : 150 sur 112 kms.

Et puis – mais les nombreux touristes qui s’y précipitent le savent-ils ? – ce territoire unique dominante hindouiste recèle une culture authentique miraculeusement préservée quand d’autres civilisations voisines se voient dévoyées à jamais. Suivez mon regard…

Revenons au parc qui semble infini des maisons de location via RB&B, homelidays et autres sites très performants. Chacune fait feu de tout bois pour séduire les voyageurs en mal d’exotisme.

Prenez les salles de bain : la plupart marient astucieusement le confort des nôtres et  une partie à ciel ouvert, donnant le plus souvent sur une « découpe » d’arbres, de fougères, de fleurs odorantes. Ah, se doucher sous un frangipanier…A Bali, c’est possible.

 Comme de pouvoir se prélasser à l’ombre d’un balé, petit pavillon le plus souvent carré couvert de chaume, de tuiles ou de bambou judicieusement surélevé que l’on peut toujours voir dans les rizières et les villages de l’île. Le balé, c’est d’ailleurs l’emblème de…Bali, synonyme du farniente, lequel il est vrai touche non seulement les touristes mais nombre d’autochtones nonchalants.

Il y aurait tant à dire sur le rythme de la vie et ses corollaires : la douceur de vivre, l’amabilité de tous les habitants, leurs sourires, le temps pris à se saluer, échanger quelques mots…Le miracle balinais – car miracle il y a, comparable l’art de vivre cambodgien ou j'imagine tahitien – se loge-t-il d’abord dans cette nonchalance contagieuse…

Un genre fait ici florès, ce sont les maisons « hybrides », soit  des demeures mêlant des éléments indonésiens d’ordre architectural ou décoratif comme la forme des toits, des structures largement ouvertes sur la nature à l’entour, des matières telles que le bois de teck ou de fer, le bambou, la roche volcanique…

Ce métissage souvent réussi s’accompagne d’atouts propres à plaire aux bobos qui viennent s’encanailler pendant une semaine ou plus.

Je n’ai pas mené d’enquête mais à l’évidence la majorité des visiteurs appartient à cette catégorie…Bobos de tous les pays, unissez-vous…à Bali !

Ils sont australiens, japonais, chinois, américains, européens…Nos compatriotes proches du peloton de tête !

En fait, deux populations d’étrangers se croisent : les touristes, le plus souvent cantonnés dans la partie occidentale de l’île, non loin de l’aéroport de Denpasar et des villes très in gorgées de restaurants « fusion » et « raw », de boutiques de mode et de déco légèrement décalées-mais-pas -trop, de cafés branchés et celles et ceux qui ont pris le parti de vivre à Bali.

Les distinguer n’est pas trop difficile. Leur look d’abord. Mais surtout leur manière de se mouvoir, les uns hésitant, les autres montrant un bel aplomb, un teint cuivré et à même de s’exprimer quelque peu en indonésien, le b.a ba indispensable si l’on veut communiquer avec les adorables balinais et tous ces indonésiens venus y travailler. (Si la surface de l’île est comparable à la Corse,  pour la densité de la population, c’est une autre paire de manche : celle de Bali atteint quatre millions de personnes, très jeunes pour la plupart et près de 700 habitants au km2).

Ces lieux, le plus souvent situés le long des plages au sud et à l’ouest, sont aussi fréquentés aussi par de beaux mâles et de belles femelles locaux ou le plus souvent indonésiens venus tenter leur chance…

Ces beautiful people autochtones ou étrangers – ce qualificatif n’est pas trop usurpé pour ce peuple et pour la grande famille des surfers, marcheurs, baroudeurs, qui n’est pas sans rappeler la côte ouest américaine - se déplacent en scooter. Sauf quelques gros bras sombres et tatoués portant marcel et roulant Harley Davidson ou Kawa…

L’île est parcourue jour et nuit par des dizaines de milliers de deux roues. Pas de vélos, ou si peu. Parcourue aussi par des bagnoles de marques souvent asiatiques – j’ai vu une 2 CV et une Méhari à l’agonie !– et par des kyrielles de camions transportant des marchandises entre l’île voisine de Lombok et la grande Java, Bali se situant à équidistance des deux îles. 

Car chacun le sait : si la Chine est « l’usine du monde », Bali est quant à elle « l’atelier du monde ».

Sur certaines routes jadis champêtres, les entrepôts s’étalent à touche-touche, provoquant fascination et overdose. Ici des statues de pierre parfois géantes, étranges accumulations de bouddhas ; là, des « lofts » ouverts à tous vents vous proposent des meubles en tous genres. Le style primitif, rustique, à base de bois locaux de bateaux dépecés domine. Les antiquités chinoises, une des ethnies minoritaires de l’île et du pays abondent aussi. Quelles tentations!

Entrez dans ce monumental entrepôt : il vous faudra une bonne heure pour apprécier des lavabos d'un seul bloc taillés dans la masse de bois pétrifié, très tendance – c’est ainsi qu’une professionnelle australienne vient ici chaque mois en rafler plusieurs dizaines pour sa clientèle - des baignoires de roche où trois ou quatre personnes peuvent se rafraichir,  une variété de sols que l’on a du mal à imaginer…Mais me direz-vous d’où viennent toutes matières ? Il est à craindre que des forêts, des carrières entières y passent. D’où ? Mystère. Probablement d’abord de Sumatra, de Java, de Bornéo, de Lombok, de Sumbawa, Florès…

Tout vient à Bali, fantastique plateforme de production et de recyclages en tous genres. Pour le plus grand bonheur des vendeurs, intermédiaires, touristes et résidents.

Revenons à nos maisons. La plupart possède l’air conditionné, une hérésie quand vous saurez que la température oscille entre 24° et 28° quelque soient les deux saisons, l’une humide – de novembre / décembre à mars – l’autre sèche. Et une piscine. De dimension modeste ou mégalo, suivant le standard. Sans bassin de nage pas de salut.

Autre particularité, héritée de l’histoire balinaise : comme dans l’habitat traditionnel, où un bâtiment renvoie le plus souvent à une seule fonction – la maison pour dormir, une autre pour manger, une troisième pour les ablutions, sans oublier le petit temple familial ..- nombre de maisons à louer ou à acheter  possèdent en outre un ou plusieurs petits pavillons prenant la forme d’une salle à manger ouverte à tous vents, celle d’un lumbung, ces greniers à riz locaux en forme de tiare papale (vue de face !) dont la toiture tissée en paille de riz ou en bambou – lequel a le défaut de s’étioler peu à peu – recouverts de chaume, le sémillant et nostalgique alang alang encore très présent malgré son prix de plus en plus dispendieux.

Le nec plus ultra, du moins pour les vrais amoureux de ce pays et de son architecture traditionnelle, c’est de loger  dans un lumbung – je pense à ceux de nos amis Tania et Lempot, qui animent avec talent et une amabilité sans faille leur Lumbung Damuh à Manggis (voir mon billet précédent) – où il fait bon dormir et paresser, et où chacun peut vivre tel un nouveau Robinson Crusoé.

Ou mieux encore, dans une de ces maisons venues d’une des autres îles indonésiennes, Java et Sumatra surtout. Elles se nomment joglo, gladak ou limasan

La suite très bientôt !

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