Cà chauffe ou le baptême du feu d'Emmanuel Macron

Quelle journée mes amis ! « EH, MANU TU REDESCENDS ? » lisai-je ce matin à la une de Libération. Bien vu ! En fin de matinée, voulant savoir comment se déroulaient les échanges à huis clos entre notre candidat et les représentants syndicaux sur BFM TV, je vois Marine Le Pen, censée animer un « comité stratégique »…débarquer sur le parking des Whirlpool  et accueillie avec une réelle chaleur, aux cris de « Marine Présidente ! »

S’en suivent des déclarations assassines contre Emmanuelle Macron, lesquelles commencent à tourner en boucle sur les télés info.

Au même moment, des images montrent le face à face de Macron avec les syndicalistes. (Pas de son). Panique à bord ! 

A coups de selfies et de remarques acerbes, tout prouve que la candidate du FN vient de frapper fort, très fort, profitant de l’effet de surprise (A noter toutefois, contrairement à certains commentaires, que des caméras de télés étaient présentes…). La conférence de presse tenue par le chouchou de « la France qui va bien » n’y change rien. 1-0.

Puis il s’avère que des militants locaux du FN sont venus tôt apporter des croissants et du café aux ouvriers de Whirlpool…et sont restés pour accueillir « Marine » (1). Machiavélique. Là, chacun se dit que le fringant « progressiste » vient de prendre un SCUD dans les gencives…

Mais voilà, non sans mauvaise foi, invité nous dit-il par les syndicalistes – et avant même soutient-il de savoir que Marine Le Pen s’est rendue brièvement sur le parking de l’usine, tu parles – le candidat d’En Marche, après déjeuner, s’avance doucement vers le parking dans une mêlée indescriptible et sous les sifflets et les huées de certains ouvriers et de militants FN. Chaos absolu. Assez gonflé, ce que reconnaitra plus François Ruffin, réalisateur, ancien camarade de classe du natif d’Amiens et futur candidat de la France insoumise  qui dialoguera une heure et demie plus tard avec Emmanuel Macron, lui disant ses quatre vérités.

Car le courageux chevalier, serré de très près par une presse étouffante – micros, perches, télés – par quelques ouvriers et ouvrières désemparés, avec lesquels il tente d’entamer le dialogue, par quelques représentants syndicaux visiblement dépassés, s’empare d’un porte-voix, avant de franchir la grille du parking où se tiennent plusieurs malabars de son propre service d’ordre, qui écartent les télés, obligées de filmer l’événement de loin, avant de se brancher sur un smartphone de l’équipe d’En Marche – et de pouvoir enfin commencer un dialogue houleux avec des ouvriers déterminés où l’on reconnaît certains fans de Marine. Dialogue de sourds souvent comme le remarquera plus tard à juste titre François Ruffin.

Emmanuel Macron ne se démonte pas, sourit parfois, ce qu’un des ouvriers lui reproche. « Il va au combat » diront certains commentateurs. Ses arguments : faire tout son possible pour aider à trouver un repreneur, tout en critiquant M. Le Pen et ses déclarations démagogiques. Et démagogiques elles sont. Les thèmes qui fusent de part et d’autre : la mondialisation, diabolique pour l’une, heureuse pour l’autre ; les frontières, ouvertes ou fermées, l’intervention de l’Etat, etc.

Lui insiste surtout sur la formation pour les jeunes et les moins jeunes, évoquant d’autres expériences « positives », ce qui provoque souvent l’ire de ses interlocuteurs.

Puis vient la prise de parole de François Ruffin, qui laisse son interlocuteur muet. Avant de lui répondre brièvement et de serrer des mains, puis de faire le point sur place avec les journalistes tenus à l’écart.

Si vous ajoutez à cette joyeuse pagaille la fumée noire et tourbillonnante de pneus brûlant à deux pas,  une image vacillante, souvent floue, un son défaillant, sans parler de l’imbécillité des commentateurs de BFM et de LCI parlant pour ne rien dire et couvrant les échanges souvent surréalistes, les ouvriers tutoyant celui qui sera peut-être le Président de la république française dans onze jours, vous aurez le tableau du premier véritable événement historique de cette campagne.  1-1.

(1) Certains commentateurs, sur BFM TV, affirment que ce « coup de com » était préparé « de longue date ». A voir.

PS. A l’évidence, LCI roule pour Marine Le Pen. La preuve ? Lors de l’événement de ce jour, j’ai compté pas moins de trois poids lourds du FN… 

 

 

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