JUSTE UNE IMAGE DE BALI (32) : SA MAJESTÉ LE WARINGIN

Sans lui, la physionomie de Bali, de ses villages et de ses paysages rupestres n’aurait pas cette beauté qui chaque jour m’enchante.

Ici, le banian, arbre sacré entre tous, arbre éternel – et il semble blen l’être – se nomme waringin, et en haut balinais, bingin. Eternel car ses branches prennent racine et repartent en tronc. Eternel et infini. Un roi toujours couvert d’offrandes, le bingin des villes et le bingin des champs.

Celui que j’ai choisi se dresse au centre du Timbrah, village Bali Aga, ou Bali tua, « vieux balinais » au sens historique du terme, ces communautés étant restées en dehors de l’influence indo-javanaise. Leur religion reste très fortement imprégnée d’animisme et leur style de vie maintient coûte que coûte nombre d’archaïsmes. Elles forment une sorte d’aristocratie fière d'elle-même  et refusent les quatre castes hindouistes.

Au premier rang, plusieurs prêtres pemangku et quatre danseuses de rejang. Le waringin est habillé d’un long tissu dit poleng, à carreaux noirs et blancs, comme une protection, une carapace, un tablier, ce même tissu porté par le service d’ordre lors de la crémation évoquée l’autre jour. Il habille aussi les statues des démons gardiens.

Les temples accueillent volontiers ceux que l’on nomme aussi « beringin », comme au Pura Kehen de Bangli. Celui-là porte en son sein un balé (pavillon), c’est dire son emprise. A l’ouest de l’île, le plus visité et le plus photographié forme un pont au-dessus de la route, à l’image de certains géants américains.

 

Le plus proche de la maison a poussé près du premier virage. Certains se distinguent par une assise impressionante. Ne dit-on pas que le tronc du plus grands de banyan, en Inde, mesure 131 m ? Celui-ci, impérial, part en flèche vers le ciel. Les macaques ne dédaignent pas sa chevelure et ses ramifications infinies qui tombent en pluie au sol.

Miguel Covarrubias, qui publia en 1937 son livre devenu culte, Island of Bali, lui consacra plusieurs paragraphes. A juste titre car le waringin s’impose au cœur de nombre de villages sur la place principale, comme c’est ici le cas. Sous son ombre protectrice, les fidèles s’asseyent et prient, comme jadis le Bouddha qui connut l’illumination sous son feuillage. Et Covarrubias, dans une envolée lyrique, de d’enthousiasmer pour les waringin sauvages qui parsèment Bali comme autant de symboles de l’immortalité de l’île.

Rien de plus beau que d’assister dans sous la voute d’un de ces souverains s à une de ces cérémonies, à une danse de legong, d’écouter un orchestre de gamelan, ou tout simplement de découvrir un marché certain matin. Ou de
Village de Timbrah, jour d'odalan, date inconnue. © Claude Hudelot Village de Timbrah, jour d'odalan, date inconnue. © Claude Hudelot
méditer entre deux d’entre eux qui me sont particulièrement chers, dressés qu’ils sont comme un couple à jamais uni, au-dessus des rizières, face au Gunung Agung.

Un jour peut-être, par amour, dresserai-je une carte des waringin de Bali.

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