"Arbre de fumée" de Denis Johnson: chef-d'oeuvre

Certains d’entre vous me diront que ce roman épique, corrosif, dévastateur sur la guerre du Vietnam n’est pas une découverte et ils auront raison. Publié aux Etats-Unis en 2007, il fut traduit, avec quel talent, par Brice Matthieussent dès 2008, publié par Christian Bourgois dans la collection "Fictives".

Comment ne pas penser, en le lisant, à un autre pur chef-d’œuvre, « Voyage au bout de l’enfer » (The Deer Hunter ) de Michael Cimino, film que je place tout en haut en haut, à Apocalypse now, mais aussi, pour le souffle, le style ébouriffant de son auteur, leur « tropicalité » à tous deux, à « Au-dessous du volcan ».

Puissant comme le Mékong – ce que relève d’ailleurs Philip Roth soi-même : « La prose de Johnson est d’une puissance et d’un style incroyables » - Arbre de fumée m’a littéralement secoué de la première à la six cent soixante dix neuvième page. Bien-sûr, Roth a mille fois raison.

Mais au-delà, c’est la construction du livre, avec ses différents personnages sortant côté cour pour réapparaitre côté jardin sans que lecteur jamais ne se perde, c’est l’incroyable présence, quasi cinématographique de ceux-ci qui vous fascineront. Notamment le mythique et paradoxal colonel F.X Sands et son neveu « Skip » Sands, tous deux agents de la CIA.

A ce propos, il existe un air de famille entre ce roman et M.A.S.H : tous deux suintent un humour qui donne au récit encore plus de souffle, un humour réjouissant et cruel, comme il se doit.

La construction donc. Et tous ces niveaux, tous ces « tunnels », ces panoramas, ces contre-plongées, ces pages de grande poésie et de tendresse évoquant certains paysages, toujours vus, admirés par les yeux des héros de cette épopée noire.

Quel roman d’espionnage aussi !

Et pour boucler la boucle, une remarquable illustration de couverture signée Gilles Aillaud : « Vietnam, la bataille du riz, 1968 ». La messe est dite. Car Dieu ici est partout et nulle part. Comme le dit si bien Jonathan Franzen : « Le Dieu auquel je veux croire a la voix et le sens de l’humour de Denis Johnson.

Arbre du fumée a obtenu le National Book Award en 2007.

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