Claude-Marie Vadrot

JOURNALISTE PROFESSIONNEL

Journaliste à Mediapart

167 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 janvier 2010

Claude-Marie Vadrot

JOURNALISTE PROFESSIONNEL

Journaliste à Mediapart

Au jardin, l'an neuf, le réchauffement et les gesticulations sarkoziennes

Claude-Marie Vadrot

JOURNALISTE PROFESSIONNEL

Journaliste à Mediapart

Le jardin est froid, il neigeote et quelques imbéciles viennent de m’expliquer allègrement que la température qui avoisine zéro prouve que l’inquiétude sur le climat n’est donc pas justifiée. Comme si, à Copenhague, j’avais rêvé à l’écoute de tous les témoignages sur les signes de la modification climatique, témoignages s’inscrivant à des années lumières des palinodies des chefs d’Etats engoncés dans leurs certitudes et cernés par les efficaces groupes de pressions. Il y avait des Canadiens racontant leurs surprises devant les nouvelles cultures osées et réussies dans leurs potagers ; mais aussi des Maliens, des Burkinabés et des Argentins de l’Ouest de Buenos Aires se lamentant contre les effets de la sécheresse, les pluies erratiques et les baisses de nappes phréatiques entraînant l’appauvrissement de leurs jardins vivriers ; parfois le seul remède contre la pauvreté ou le chômage. Souvent les deux.

Les écolos des bords du Saint Laurent expliquaient aussi à quel point leurs petites cultures sont de plus en plus souvent victimes des « sautes » de climat réduisant leurs efforts à néant parce que les légumes ou les arbres fruitiers se laissent piéger par un long redoux ponctué d’un épisode glacial et destructeur. Deux chercheurs de Détroit qui contribuent à l’extension des nouveaux jardins ouvriers au coeur des friches industrielles, m’ont raconté la même chose. Nous ne vivons pas seulement un « réchauffement » climatique mais surtout des modifications difficilement prévisibles des circonstances météorologiques. Situation de plus en plus difficile à supporter par les plantes, les arbres et les animaux, parce que les modélisations ne sont pas encore au point et parfois impossibles à installer, même pour aider les agriculteurs ou les responsables de transports routiers ou aériens.

Difficile d’en prendre conscience sur le pavé des villes et dans les laboratoires, même si plusieurs dizaines de scientifiques du GIEC s’en préoccupent depuis quelques années et pourraient en rendre compte dans le prochain « rapport sur le climat ». C’est dans un jardin que se lisent et s’accumulent les effets des dérèglements climatiques. Ainsi, il y a deux jours trompés par une soudaine douceur à quinze degrés, deux hérissons ont trotté à travers mon verger pour venir goûter à quelques vieilles pommes tombées dans l’herbe, après avoir quitté le petit amas de branchages entassés dans un coin pour qu’ils puissent traverser tranquillement l’hiver. Non loin de chez moi, leurs cadavres écrasés sur la route prouvent que ces animaux comme d’autres ne savent plus à quels thermomètres se vouer. Les fouines, qui à l’ordinaire dorment tranquillement au grenier, se sont réveillées juste avant Noël pour danser sous le toit des gigues effrénées. Comme je ne parle pas le langage des fouines, impossible de leur expliquer que l’hiver n’est pas terminé et qu’elles doivent se recoucher. Dans les Pyrénées, m’écrit un lecteur proche de la Vallée d’Ossau, quelques ours sont sortis de leur hivernation tandis que dans les parties basses du Parc de la Vanoise, des marmottes ont remis en route leur horloge métabolique pour interrompre leur hibernation. Interruption encore plus dangereuse que pour les ours qui, eux, n’ont juste qu’à se rendormir alors que pour les marmottes, il s’agit d’un traumatisme. Mais, franchement, qui va s’alarmer pour quelques marmottes. A Copenhague, des Russes par ailleurs fort discrets sur la politique climatique de leur pays soucieux de continuer à vendre son pétrole, que le réchauffement allait faciliter la culture du blé en Sibérie.

Des pousses inopportunes ornent quelques rosiers qu’il faut vite retailler et des narcisses affichent déjà des feuilles de plusieurs centimètres. Encore plus que l’année dernière, des oiseaux ont arrêté leurs migrations dans le jardin, sous l’oeil intéressé de mon jeune chat Norvégien qui va peut-être se décider à continuer de vivre dans les arbres. Pour y croiser, à ma grande surprise, une rouge-queue à front blanc qui devrait être en Afrique du Nord ou, au minimum, en Espagne, et un pouillot véloce qui, lui aussi, devrait avoir fuit les bords de la Loire depuis longtemps. Autour des graines disposées, virevolte une foule ailée disparate et inhabituelle depuis mon retour de Copenhague, comme un sérieux démenti aux docteurs « tant-mieux » en costumes grisâtres de la conférence : mais les politiques à l’écoute des oiseaux, de la nature ou d’un jardin ne sont pas légion. C’est sans doute par addiction à l’anti-phrase, addiction développée à Copenhague en compagnie du joyeux Borloo et du triste Sarkozy, que Madame Chantal Jouanno qui se croit ministre de l’écologie et n’est que préposée aux explications vaseuses sur la décision inattendue (même pas imaginée par la gauche) du Conseil Constitutionnel, ait annoncé il y a deux jours le lancement de sa communication sur l’Observatoire de la biodiversité en 2010. Voilà qui fera plaisir aux oiseaux, aux mammifères et aux plantes en voie de disparition sur le territoire français. Une catastrophe en cours qui préoccupe moins le gouvernement que la mobilisation des transporteurs routiers contre toute taxe qui permettrait de leur substituer le rail pour des marchandises qui peuvent attendre.

A quelques jours près, les pointes des brindilles de pêchers et d’abricotiers ont failli verdir après s’être démesurément gonflé pour la saison. Et la roquette n’a même pas réussi à geler, tout comme les chicorées frisées. Les signes s’accumulent à fleur de terre et dans les arbres et les calendriers pour jardiniers sont en déroute.

S’agissant du climat, le temps de l’observation est dépassé. Mon jardin en témoigne chaque année un peu plus et le gui qui s’y développe sur quelques pommiers et sur un saule, ne suffira pas à porter bonheur à notre civilisation. Pas plus que le discours vespéral de Nicolas Sarkozy que les amateurs d’archéologie politique pourront comparer, pour rire, avec les voeux filmés de Nouvel An de Vincent Auriol en 1949...

Pas de voeux pour 2010 et pour 2011, je ne suis guère optimiste après dix jours à Copenhague et suivies de quelques soirées passées à relire les propos abracadabrantesques des préposés à l’optimisme de la majorité parlementaire. D’où l’envie de jeter encore plus de pierres dans leurs jardins virtuels.