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Billet de blog 3 avr. 2013

Chronique jardin sur les radis: pour nous désintoxiquer de Cahuzac

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Il  est largement temps de chasser les miasmes ambiants, d’où le retour aux sources et ce retour d’une chronique jardinage commencée lors des débuts de Mediapart qui vient une fois de plus de prouver son utilité, même si les boues remuées ne sont pas vraiment recyclables. Pourquoi avoir choisi le radis pour cette reprise ? Parce qu’il semble me souvenir que sous la III ème République, les radis symbolisaient un certain nombre de socialistes et aussi de radicaux tendance cassoulet : « roses à l’extérieur, blancs à l’intérieur».

Le temps de la culture des radis est  donc venu.  Par radis, j’entends ceux qu’il est impossible de planquer en Suisse pour reprendre cette expression née au XIX éme siècle.

            Les radis nous viennent de la Chine et ensuite de l’Egypte, puis enfin d’Italie où leur progression s’était arrêtée.  Il fallut la venue de France de Catherine de Médicis, future épouse d’Henry II puis régente de France, pour que les « radice » franchissent les Alpes dans les bagages de la future reine trimballant avec elle ses naturalistes et ses cuisiniers. Elle apporta aussi les fourchettes. Ainsi, la France découvrit progressivement, alors qu’elle ne consommait que le gros radis noir déjà évoqué dans la liste des plantes utiles de Charlemagne, ce « radice » qui faisait alors les délices  des patriciens romains et surtout des occupants du Vatican, qu’il s’agisse de Paul III ou du sulfureux Jules III qui lui succéda. Non seulement ce dernier prisait la bonne bouffe et faisaient orgies des radis que des jardiniers lui faisaient pousser sur place, mais il avait inventé l’un des premier entourages gay du Vatican.

            Mais revenons à nos radis. Tous les moyens sont bons, en tous les sens du terme, pour éviter les 45 000 tonnes d’ersatz de  radis produits chaque année en France. Ils ont tous les défauts. D’abord, ils sont cultivés hors saison dans des serres chaudes. Ensuite ils sont presque tous dopés aux nitrates et fréquemment aspergés avec les pesticides les plus divers. L’objectif n’étant pas qu’ils soient bons mais que leurs feuilles soient belles et exemptes de taches ou de petits trous.  Evidemment, ils sont généreusement arrosés en permanence. Ce qui entraine deux conséquences. D’abord ils grossissent démesurément et ensuite leurs qualités organoleptiques sont totalement diluées dans l’eau. Comme les princes du marketing ont décidé qu’ils ne fallait plus choquer le gout anesthésié du consommateur, tous ces (mauvais) traitements et les « améliorations » éliminent à la perfection le petit piquant qui fait le charme des radis, qu’ils soient rouges et ronds ou roses et longs.

            Alors que faire, comme disait le très regretté Vladimir Oulianov ? Tout simplement les cultiver chez soi : quelques radis pour économiser ses radis. Ce qui est possible dans un jardin, sur une terrasse, sur un balcon ou même sur un simple appui de fenêtre pour peu qu’il soit caressé quelques heures par les rayons du soleil. Le radis fait parti des légumes les moins exigeants pour lesquels il y a toujours une place, même dans une jardinière peu profonde. C’est le moment de les semer, en se procurant des graines bio. Il lève très vite et se transforme en quatre ou cinq semaines en hors d’œuvre plus réjouissant que les radis industriels offerts dans les supermarchés. Rien de plus joli, rien de plus magique que cette pousse rapide qui transforme miraculeusement et rapidement une graine minuscule en mets appétissant. Ce n’est pas par hasard que ce légume est utilisé dans les écoles qui possèdent (il en faudrait plus) pour révéler aux enfants que les légumes ne sont pas fabriqués en usine comme les gâteaux et les bonbons.

            Voilà. Le retour de cette chronique n’avait pas d’autre objectif que de désintoxiquer le lecteur des grosses légumes de gauche et de droite qui se dopent depuis des années au libéral-capitalisme. Au point de nous faire oublier le bon goût de la politique ou ceux qui préfèrent les aéroports et les autoroutes à la conservation de l’agriculture de proximité et à la nature. Et qui, au nom de la « simplification administrative » vont éliminer toutes les normes environnementales qui protègent encore le milieu naturel et ce qui reste de la qualité de notre alimentation. Juste pour que promoteurs, aménageurs et industriels gagnent quelques radis à planquer en Suisse ou ailleurs.

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