Ces plantes qui grimpent, du cresson du Pérou au chèvrefeuille

Pour monter à l’assaut des murs gris, des grillages disgracieux, pour habiller les clôtures et décorer les balcons, il faut faire confiance au cresson des Indesou cresson du Pérou. Un « cresson » (très) grimpant puisque sous ce nom ancien se cache la capucine. Les capucines, plutôt. Car il en existe une centaine d’espèces. De toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et de formes florales diverses, mais avec un point commun qui explique son succès à la fin du XVIII ème siécle: la capucine peut se servir à table et fut importé comme un légume délicat. En salade légèrement poivrée et parfumée pour les fleurs et les feuilles. En infusion pour les feuilles. En beignets légers, délicieux et croustillants pour les fleurs plongées dans une pâte. Et comme des câpres, confits dans un vinaigre d’alcool léger, pour les fruits. D’ailleurs quand Tropoeolum majus nous fut ramené du Chili et du Pérou –encore un hold-up latino-américain !- vers l’Europe vers la fin du XVI siècle par des naturalistes hollandais et allemand, ce fut comme légume et condiment. Pas pour servir de superbe cache-misère à des murs. Joseph Piton de Tournefort, naturaliste français qui traîna ses guêtres jusqu’en Arménie pour herboriser, tomba un jour amoureux d’un autre cresson des Indes qu’il apprécia, lui, pour ses beautés décoratives. Au moment où Louis XIV en offrait les premières graines à Madame de Maintenon. Dans les dernières années du XVII éme siècle peut-être émoustillé par des herbes plus fortes trouvées dans les contreforts du Caucase, il décida que les feuilles de la plante, grimpante ou naine, ressemblaient à la capuche des moines capucins. Personne n’ayant contredit cette passionnante observation d’un naturaliste de grande réputation, l’espèce conserva pour l’éternité l’appellation féminisée ainsi attribuée, et est venue jusqu’à nous sous ce nouveau nom de capucine. La plus grande de toute, Tropoelum peregrinum, n’a été découverte, toujours au Pérou qu’au début du 19 éme siècle. Henri Matisse, qui les aimait toutes beaucoup, petites et grandes, en parsema quelques-uns uns de ses tableaux, notamment dans une célèbre peinture Les capucines avec la « danse » datée de 1912. Allusion, peut-être, à la non moins célèbre comptine : dansons la capucine, y a plus de pain chez nous, y en a chez la voisine…. »

Donc, qui ne veut pas voir ses voisins à travers le grillage qui sépare ou unit, si les salades originales (avec de la roquette, c’est parfait) vous tentent, semez donc des capucines grimpantes. Elles acceptent toutes sortes de terres si vous leur offrez du soleil. Pour qu’elle fleurisse avant l’été, faites tremper les graines pendant 24 heures dans l’eau, placez les dans des godets de tourbes à l’intérieur d’une mini-serre et avant la fin du mois de mai, quand vous aurez la certitude qu’il ne gèlera plus, enterrez les godets et leurs plantules. Et, chaque matin, vous les verrez un peu plus grandes partir à l’assaut des grillages, d’un mur garnis de croisillons ou des barreaux d’un balcon ou d’une fenêtre. Jusqu’à atteindre trois ou quatre mètres, couvertes de fleurs oranges, rouges, saumon ou crème. Il vous faudra alors choisir entre manger ou admirer…

J’aime, en tous les sens du terme, les capucines, mais je suis fasciné par les ipomées bleues que j’ai redécouvertes récemment : Ipomae indica est un enchantement, comme un rappel de la beauté et de l’éphémère. Les ipomées (que dans mon enfance on appelait les volubilis) sont des lianes, également semées annuellement, qui en quelques semaines peuvent dépasser cinq mètres, couvertes de fleurs à la vie brève toujours renouvelée et aux tons profonds. A découvrir chaque matin, à la fraîche, en allant cueillir le premier rayon du soleil au jardin. Sur un balcon ou une fenêtre, pourvu que vous leur offriez une terre riche dans un pot d’au moins une trentaine de centimètres de diamètre, ces plantes originaires du Mexique et d’Amérique centrale feront fête à la rue ou à la cour. Mais, pas question de les servir à table. Il faut même soustraire les graines aux mains prestes des enfants curieux car elles sont toxiques. Ce qui explique que l’une de ces ipomées, Ipomea violacea, soit (au Mexique, que l’on se rassure) une plante hallucinogène. Les Aztèques s’en servaient à des fins de transes et de divinations pendant les offices religieux. Ce qui fascina et attira, la chair et faible comme l’attestent quelques récits, bon nombre de conquistadores et quelques-uns uns de leurs prêtres tentés de trouver un chemin plus rapide vers le Dieu dont ils étaient les porte-parole. Loin de ces tentations diaboliques, au printemps et encore pendant quelques jours pour une floraison tardive, trempez les graines dans l’eau également, enfouissez en une par godets de tourbe remplis d’un terreau très riche et repiquez au pied d’un mur grillagé ou d’une clôture ; et les ipomées partiront seules à l’assaut pour vous offrir leurs fleurs en plein été et en automne. En cherchant bien, vous en trouverez des blanches, moins éclatantes mais également surprenantes par leur profusion.

S’il vous reste de la grisaille à couvrir ou un voisin à oublier, il faut opter pour les clématites. Si vous les traitez gentiment, elles repousseront année après année et pourront filer jusqu’à dix mètres de leur pied. A condition de prendre la précaution de mettre ce pied à l’ombre tout en offrant le soleil au développement de la plante. Il en existe une bonne centaine de variétés dont certaines ont même la particularité, comme Clementis Armandii, venue de Chine, d’avoir un feuillage persistant qui passera l’hiver en vert avant de se renouveler au moment de vous offrir une kyrielle de petites fleurs blanches. Avec en prime un léger parfum de vanille. D’autres espèces nous sont arrivées de l’Himalaya, de Mongolie et d’Europe centrale. Pas question non plus d’en mettre dans les assiettes. Car si, au Moyen Age, la Clématite était connue sous le nom d’ « herbe aux gueux », c’est que les mendiants en préparaient des décoctions dont ils se frottaient les bras et les jambes pour faire apparaître d’horribles et éphémères rougeurs qui servaient à attendrir les passants. D’ailleurs, dans le jardin ou sur le balcon ou les clématites ont aussi leur place, observez bien les chats : jamais ce malin ne se frottera au piedd’une clématite. D’autant plus que l’on n’a jamais vu un chat faire la manche…C’est un animal bien trop fier !

Et quasiment pour l’éternité, en sachant que ses rameaux peuvent à la longue tordre les plus solides des grilles, briser les plus solides des armatures en bois, plantez maintenant un ou plusieurs pieds de glycine. Pour la vue, pour le parfum et en les mariant avec des chèvrefeuilles que nous retrouverons la semaine avec d’autres grimpantes. Il est possible de les marier avec les chèvrefeuilles qui symbolisent la mondialisation car s’ils viennent au naturel dans les haies de toute l’Europe, d’autres espèces ont été importées de Chine, du Japon ou du Caucase où il me souvient d’avoir respiré les effluves jusqu’à une haute altitude dans les contreforts de la montagne géorgienne ou azerbaidjanaise de Lonicera Tatarica. Comme un parfum de Gengis Khan puisque j’ai aussi le souvenir d’une liane semblable sur un plateau de Mongolie.

 

 

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