Cancun, la ville folle et symbole de tous les excès climato-touristiques

Les technocrates et politiques du Climat qui ont choisi Cancun comme lieu de conférences sont soit des ignorants, soit des cyniques, soit, tout est possible, des « militants » de l’écologie redoutablement intelligents. Chacun choisira sa version...

Les technocrates et politiques du Climat qui ont choisi Cancun comme lieu de conférences sont soit des ignorants, soit des cyniques, soit, tout est possible, des « militants » de l’écologie redoutablement intelligents. Chacun choisira sa version...

Car autant à Copenhague l’année dernière, avec les champs d’éoliennes au loin, les boutiques bio, le tramway et les nuées de cyclistes danois parcourant les rues malgré la pluie ou la neige, il était possible d’imaginer ce que peut être une ville ou un pays s’efforçant d’écologiser la vie quotidienne de ces citoyens, autant Cancun ressemble à un cauchemar d’écolo.

Cancun, la petite bourgade d’origine, est réduite à la portion congrue alors que le tourisme a ravagé 21 kilomètres de littoral y compris, ce qui compte double, la mince bande de terre de 600 mètres qui sépare la mer des Caraïbes d’une lagune dont les anciens pêcheurs et habitants expliquent qu’elle fut belle et poissonneuse avec des mangroves d’une rare richesse. C’était seulement il y a 30 ans, la grande vague de construction datant d’une quinzaine d’années, quand dans la région on pêchait encore des crevettes...

La vie naturelle, la vie des habitants, le paysage, la végétation, la lagune qui prolonge la ville, ont été engloutis sous 120 hôtels qui se livrent avec acharnement à un concours de laideur et de gigantisme, tous alignés au plus prés de l’eau, dévorant avec efficacité les rares plages qui ont résisté. Ils offrent, presque tout au long de l’année, à des touristes dont 70 % déferlent des Etats-Unis et du Canada et 30 % d’Europe, au moins 40 000 chambres dont les occupants sont les seuls à apercevoir la mer...quand ils sont du bon côté.

Dans les rares espaces libres se sont incrustés des magasins qui sont si laids et écologiquement désastreux qu’ils seraient même retoqués à la construction dans une banlieue française alignant ses « But », ses « Monsieur Meuble » et ses « Leclerc ». Un décor évidemment idéal pour discourir sur la biodiversité, le climat et le gaspillage d’énergie. Sans doute pour ne pas être en reste, la conférence sur le climat s’est installée à 35 kilomètres de la ville, dans le Moon Palace, un énorme gâteau en marbre et en béton qui squatte des dizaines d’hectares au sud de ce qu’il est convenu de nommer ici la « zone hôtelière » tant les Mexicains qui en vivent, ont honte de cet espace concentrant tous les défauts dont les participants à la conférence égrènent consciencieusement chaque heure les effets pernicieux sur la planète.

Tous les jours que dieu fait des centaines de milliers de climatiseurs dévorent ici des milliers de kilowatts alors qu’il ne fait jamais plus de 30°. Et dans le gigantesque parc qui entoure le Moon Palace, des tondeuses passent et repassent pour que l’herbe ait bien l’air d’une moquette malgré l’arrosage. Mais que les protecteurs de la nature se rassurent : sur les routes qui parcourent ce Disney Land du tourisme... et de la lutte climatique, des panneaux recommandent en anglais et en espagnol, de ralentir pour ne pas écraser les iguanes... Et dans ce grand hôtel qui ressemble à une ville, les experts en communications des Nations Unies ont disposé des rangées de cinq poubelles qui paraissent tellement incongrues dans le décor de marbre, que personne ne les utilise.

Cancun apparaît donc comme la caricature du monde déboussolé qui mène la planète à sa perte ou tout au moins à son réchauffement. Une sorte de rêve américain et néo-libéral dans lequel les investisseurs des Etats Unis, de Grande-Bretagne et d’Europe se bousculent pour attirer puis pressurer des touristes volontaires pour venir « apercevoir la mer ». Lorsqu’ils découvrent (je parle de certains européens, pas des Américains qui ne redemandent) dans quel enfer ils se sont fourrés, il est trop tard pour repartir.

Les onusiens et leur complices experts n’auraient pas pu choisir un univers plus fou pour que soit démontré à quel point nous marchons sur la tête tout en expliquant sur le comptoir de nos zincs et aux tribunes onusienne à quel point le dérèglement climatique est inquiétant. Et, sans doute pour que la démonstration soit plus parfaite, le gouvernement mexicain, à la demande des Nations Unies, a dépêché sur place des milliers de policiers et de militaires. Ces derniers campent aux carrefours et devant les différents lieux de la conférence avec des blindés dont les mitrailleuses sont en permanence braquées sur les rues. De peur sans doute que les caravanes de militants et de paysans qui convergent vers Cancun ne s’approchent trop des gens sérieux.

Une répétition peut-être, de ce que feront beaucoup de pays pour, un jour, repousser les réfugiés climatiques....

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