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Billet de blog 5 avr. 2008

Les patates: des altiplano aux jardins de France en passant par Parmentier

Un jour, grimpant à pied vers le sommet les somptueux vestiges de l’ancienne ville inca du Machu Picchu, au Pérou, j’ai rencontré un homme d’origine indienne qui, avec un gros bâton creusant à peine un trou, enfouissait vaguement des pommes de terre dans une terre pierreuse. Il assurait que ce petit geste suffisait à lui garantir une belle récolte de papas.

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Un jour, grimpant à pied vers le sommet les somptueux vestiges de l’ancienne ville inca du Machu Picchu, au Pérou, j’ai rencontré un homme d’origine indienne qui, avec un gros bâton creusant à peine un trou, enfouissait vaguement des pommes de terre dans une terre pierreuse. Il assurait que ce petit geste suffisait à lui garantir une belle récolte de papas. Le nom que les Incas donnaient à la pomme de terre lorsque les Conquistadores de Pizarro détruisirent leur royaume au début du XVI éme siècle. Les barbares européens exécutèrent leur empereur Atahualpa Yupanqui et avec l’or qu’ils découvrirent et pillèrent, remportèrent le tubercule en Espagne où elle arriva vers 1560. Une douzaine de milliers d’années après les premières mises en culture des espèces sauvages que l’on trouve toujours dans les environs de Cuzco, du Lac Titicaca et, plus haut encore, sur l’altiplano bolivien, dans les environs de La Paz. Preuve que ce « légume » peut s’accommoder de bien des sols et bien des climats, son seul ennemi étant la grosse chaleur. Il y a quelques semaines, sur l’altiplano argentin, à quelques kilomètres de la Bolivie, toujours aussi haut, j’ai vu récolter d’autres papas, jaune pâle taché de violet. Elles traînaient sur le sol, au soleil puis à la fraîcheur de la nuit, ce qui leur assure, parait-il, plusieurs années de conservation. Elles se vendaient aussi sur les marchés : goûtées, elles se révèlent délicieuses, même s’il ne s’agit pas à proprement parler et du point de vue botanique, de pommes de terre, mais, nom local, des papalisas. Connues autrefois en France, au milieu du XIX éme siécle sous le nom d’ulluco, ces Ullucus tuberosus dont les pieds donnent, là-bas, plusieurs années sans être replantées avant de s’épuiser.

Sur les pentes du Machu Picchu, comme d’autres en Bolivie et en Argentine du Nord, le paysan indien ne faisait, consciemment ou inconsciemment, que reproduire les gestes de ses ancêtres, alors que dans les vallées hautes, vers 2500 mètres d’altitude, toutes les papas étaient plantées dans des champs classiquement labourés. Dans toutes Andes elles restent la base de l’alimentation. Les Indiens Quechuas, qui en sont les meilleurs gardiens, assurent que dans toutes la chaîne de ces montagnes, il existerait entre 3000 et 4000 variétés de tubercules de consommation courante ; y compris celle que l’on (re)découvre depuis quelques années en France et aux Etats Unis comme la vitelotte (ou négresse), longue, bosselée, noire de peau et violette de chair. Ainsi que ses multiples cousines, elle vient des plateaux andins et fut signalée en France au tout début du XIX éme siécle. De cette variété comme des autres, les Indiens du Pérou sont en faire d’en faire un parc immense de plusieurs milliers d’hectares où seront retrouvés les fêtes et les rites célébrant ce légume qui les préserve depuis des millénaires des famines tant il est résistant aux aléas climatiques.

La solanum tuberosum a longtemps suscité la méfiance des médecins européens qui l’imaginaient empoisonnante car de la même famille que la mortelle belladone, les solanacées. Comme les tomates. Après quelques cultures prudentes, la pomme de terre, qui a gardé son nom inca en espagnol, a migré vers l’Italie avant la fin du XVI éme siècle. Ensuite, elle a gagné la Belgique qui ne lui réserva que plus tard le succès que l’on sait, même si la « découverte » de la frite reste controversée. Ce fut un botaniste français, Charles de Lécluse,qui rapporta les premiers plants en France en 1590. Avant de la décrire minutieusement dans son œuvre magistrale, Histoire des plantes, publiée en 1601. A la même époque, les Anglais commençaient à la cultiver, ne faisant pas la fine bouche sur la patate, un nom attribué plus tard par confusion avec la « pattate » douce des Caraïbes.

Pendant ce temps là, alors que les Irlandais l’adoptaient avant de l’emmener en exil aux Etats Unis, les Français s’en méfiaient toujours, certaines régions allant même jusqu’à interdire sa culture. Elle était réservée à une bourgeoisie éclairée et des aristocrates la cultivant parfois clandestinement. Alors, direz vous et le célèbre Antoine Augustin Parmentier resté dans notre histoire grâce au hachis ? Ce pharmacien militaire n’a pas introduit la pomme de terre en France. Premier communiquant agro-alimentaire et persuadé qu’elle pouvait combattre les disettes, il se contenta de faire planter prés de Paris, dans qui est aujourd’hui le XVI éme arrondissement, un champ de patates entouré de militaires pour la garder. Comme un légume précieux. La garde volontairement relâchée peu avant la récolte, laissa les voleurs les arracher et la replanter. Pour parachever l’opération, il persuada Louis XVI de porter la fleur blanche de la pomme de terre à la boutonnière devant toute la Cour. Opération réussie : le tubercule se répandit et dés 1789, pendant la terrible famine céréalière qui toucha la France, elle contribua à sauver des dizaines de milliers de paysans français. Il ne restait plus à Parmentier qu’à consacrer sa vie à ce légume dont le succès lui permit de traverser la Révolution sans ennui.

Depuis, ce légume est devenu l’un des plus consommé au monde avec une production de plusieurs centaines de millions de tonnes.

Dans quelques semaines, je mettrais mes pommes de terre en terre et comme je ne vais ni les gorger d’eau ni d’engrais, me contentant d’un peu de compost et de corne broyée déjà épandue, elles seront toutes délicieuses. Elles auront germé à la lumière et au frais depuis la fin du mois de janvier. La meilleure façon de célébrer « l’année de la pomme de terre » décrétée par les Nations Unies. Nous vivons l’année de la patate, après l’année des déserts, de l’environnement, de l’eau, des l’astronomie ou évidemment de la femme. Ce qui explique peut-être que dans les nouvelles variétés offertes aux jardiniers et aux agriculteurs portent des prénoms féminins comme Charlotte, Amandine, Apolline, Anaïs, Lola, Lisa, Mona, Rosa, Paméla, Sylvia ou Adriana. Que l’on se rassure, il n’y a pas encore de Carla...

Et, prudent, je m’en tiendrais, outre la Vitelotte et l’Ulluco dont j’ai rapporté un kilo des Andes pour voir si elle s’adaptée au changement d’hémisphère, à des classiques comme la BF 15 à la Bintje, à la Rosabella et à la Roseval, l’une des plus tardives, celle qui attend patiemment les retours de reportage.

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