Le désastreux exercice nucléaire de Belleville-sur-Cher

Au moment où le président de la République «décide» (encore) et toujours en parfaite contradiction avec les lois, dont celle de son ministre Michel Barnier, de la construction d’un troisième réacteur nucléaire de la génération EPR, ce qui s’est passéle jeudi 29 janvier, autour de la centrale de Belleville, dans le Cher, montre à quel point la France n’est pas prête à faire face à un accident nucléaire.

Au moment où le président de la République «décide» (encore) et toujours en parfaite contradiction avec les lois, dont celle de son ministre Michel Barnier, de la construction d’un troisième réacteur nucléaire de la génération EPR, ce qui s’est passéle jeudi 29 janvier, autour de la centrale de Belleville, dans le Cher, montre à quel point la France n’est pas prête à faire face à un accident nucléaire.

en dépit des efforts de communication du gouvernement et d’Electricité de France.

Ce jour là, l’Autorité de Sûreté nucléaire a organisé autour de cette centrale équipée de deux réacteurs un grand exercice pour vérifier l’état de préparation des services de l’Etat en cas d’accident majeur.

Le résultat, alors que contrairement aux allégations des responsables, le patron de la centrale était parfaitement au courant de la simulation d’un accident de « type Tchernobyl », a été catastrophique. Tandis que les ingénieurs et techniciens de la centrale s’activaient mollement dans une salle de commande qui n’est qu’un instrument de simulation, les élus et habitants de la région ont constaté une incroyable pagaille. Pourtant les habitants qui avaient accepté d’être prêt à jouer le jeu de l’accident n’étaient que...seize. Et la plupart, n’ont même pas entendu la sirène annonçant le début de l’alerte pourtant déclenchée en plein jour, à 9 h 18 exactement ; et les autres n’ont pas compris qu’ils se trouvaient au coeur d’une catastrophe dont ils n’ont évidemment pas su qu’elle était fictive. Pas plus qu’ils n’ont entendu le véhicule d’alerte des pompiers diffusant par haut-parleur un message d’alerte. Quant au nouveau système d’avertissement automatique par téléphone, il n’a même pas fonctionné chez chacun des seize volontaires qui l’ont attendu en vain. Même chose pour le message d’alerte diffusé par France Bleu Berry...que personne n’écoutait puisque cette filiale de Radio France était ce jour là en grève. Et alors que, raconte le Journal de Gien, l’hebdomadaire local, la fin de l’alerte fictive a été « officiellement » annoncé à 11 h 45, à l’heure du déjeuner, les pompiers continuaient à patrouiller dans la zone en recommandant aux habitants de calfeutrer chez eux, ce que personne n’avait fait en dehors de quelques uns des volontaires.

Quant au PC opérationnel de crise prévu par le plan Orsec rad, les autorités ont tout simplement oublié d’y installer les lignes téléphoniques et informatiques qui permettent aux sauveteurs d’organiser les secours et la coordination de la gestion de la population. Les techniciens dépêchés sur place par le Préfet ont cherché jusqu’à la fin de l’alerte les bonnes prises et les bons fils pour brancher leurs équipements, encombrant les couloirs pendant deux heures ainsi que le parking de la salle de sport choisi pour servir de PC opérationnel de crise. De nombreux véhicules des pompiers, des gendarmes, des autorités préfectorales, des ingénieurs venus de Paris et du Samu, incapables de trouver la moindre place pour se garer ont du stationner loin du PC ou bien, furieux de la pagaille constaté, sont tout simplement repartis avant la fin officielle de l’alerte. Il n’aura fallu qu’une petite heure à tout le monde pour comprendre que l’exercice tournait à la farce. Une farce que les élus locaux ont suivi avec d’autant plus d’inquiétude qu’ils n’ont reçu que quelques coups de téléphone parfaitement contradictoires. Alors que l’alerte avait été déclenchée peu après 9 heures, ils n’ont reçu le message les informant du bouclage routier de la région et la mise en place du Plan particulier d’intervention que peu avant 10 heures. Commentaire du maire : « nous étions dans un exercice prévu, avec des gens préparés. Qu’est ce qui se passerait en cas d’accident réel, dans une situation pour laquelle personne n’aurait été prévenu et que chacun vaquerait à ses occupations ? En y pensant j’ai un frisson qui me parcourt l’échine. On aurait rien su ni pu faire. Vu de la mairie, où nous avions heureusement apporté du travail pour nous occuper, l’exercice de mise à l’abri des personnes était calamiteux ».

Cette désastreuse expérience montre au moins deux choses : d’abord que les autorités ne croient pas vraiment à leurs exercices qui ne servent qu’à conforter des plans technocratiques et ensuite, de l’aveu même des responsables de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, qu’un accident sera ingérable et ne pourra qu’entraîner de nombreuses victimes. D’autant plus qu’entre eux, ils ne sont pas d’accord sur la nécessité de confiner les gens chez eux plutôt que de mettre des moyens de transport collectifs pour quitter la zone contaminée au plus vite. Leur cauchemar récurrent : l’embouteillage monstre qui paralysera la fuite des habitants dans leurs voitures et les exposera encore plus à la radioactivité. Sauf à mettre en place des forces de l’ordre recevant la consigne de tirer en cas de désobéissance. Cela figure en toutes lettres dans d’autres plans qui, eux, restent secrets.

Bilan de cette opération : des centaines de victimes irradiées. Heureusement que l’accident était aussi fictif que le plan mis en oeuvre.

 

 

 

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