Claude-Marie Vadrot

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Billet de blog 7 septembre 2008

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Jardinage: le retour après la tempête

Depuis quelques semaines, ce blog jardinage est resté en friche. Pour cause d’écriture urgente d’un livre, pour cause de reportages à l’étranger. Et puis, quoique aimant beaucoup les Russes avec lesquels j’ai passé vingt ans de ma vie de journaliste, il me fallait tenter de comprendre,

Claude-Marie Vadrot

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Depuis quelques semaines, ce blog jardinage est resté en friche. Pour cause d’écriture urgente d’un livre, pour cause de reportages à l’étranger. Et puis, quoique aimant beaucoup les Russes avec lesquels j’ai passé vingt ans de ma vie de journaliste, il me fallait tenter de comprendre, quitte à ce que cela soit douloureux, ce qui se passe en Géorgie et pourquoi le gouvernement de Poutine a lancé en Ossétie et ailleurs, des hordes de Cosaques xénophobes que les observateurs internationaux appellent pudiquement « milices ». Mais absence aussi et surtout, parce qu’au début du mois d’août, une tempête nocturne, quarante minutes de vents tourbillonnants, une tornade dans le Berry, donc, a ravagé mon jardin.

Des arbres plantés depuis une trentaine d’années sont tombés, cassés, brisés, hachés ; d’autres plus anciens ont également payé un lourd tribut à la tempête. Ces arbres les plus vieux, c’est la loi du genre, sont tombés sur les plus jeunes qu’ils ont écrasés ou mutilés. Il est long le temps du sciage et du nettoyage, le temps des soins à ceux qui, peut-être, seront sauvés. Il est long le temps du deuil pour un jardinier, le temps de se résoudre à achever un arbre rompu.

Parce que l’on hésite, parce que les arbres, même conduits en espaliers, ont en eux, comme les êtres humains, une extraordinaire faculté de récupération et de guérison qu’il faut guider et organiser : un arbre handicapé peut revivre. Pour cela, comme pour les hommes ou les femmes, il faut les aimer, savoir discerner leurs possibles facultés de récupération. Oui, aimer les arbres, leur parler, voire les pleurer parce qu’ils sont des êtres vivants. Et la vie (du jardin) continue...

Et puis, référence à La Fontaine : semer à cet âge...mais planter ! Pourtant il va bien falloir replanter, songer à l’avenir. Ceux qui plantent le font rarement pour eux mêmes car dans une vie ils ne peuvent pas le faire deux fois : les arbres, fruitiers ou non, croissent lentement, pratiquement au même rythme que les humains. C’est ce qui donne sa beauté au travail des forestiers : Colbert fit planter Fontainebleau, Rambouillet ou la forêt de Tronçais dans l’Allier (entre autres) pour avoir des mâts de navires deux cents ans plus tard. Les forestiers, même en tenant compte de l’accroissement de l’espérance de vie, voient rarement dans leur plénitude les forêts qu’ils créent et aménagent.

Pour cette raison, ils sont méprisés, ignorés par les élus qui ne raisonnent, au mieux, qu’à l’échelle de deux ou trois ré-élections et au rythme des bégonias ou des rosiers chétifs qu’ils installent sur les ronds points qu’ils inaugurent à la veille des élections. Le forestier, l’homme qui plante de façon générale, ne travaille jamais pour sa gloire personnelle mais plutôt pour la nature. Notre temps n’est plus que celui de l’immédiateté. Y compris pour les nouveaux jardiniers qui, quand ils mettent un cerisier ou un pommier en terre, exigent pratiquement du pépiniériste qu’ils donnent des fruits dés la première année. Et tous les ans, bien sur.

Alors, les dégâts bientôt réparés, le bois me rendant le dernier service amer de brûler dans la cheminée, il va falloir réorganiser le jardin en sachant que les modifications climatiques doivent êtres prises en compte, qu’il faut désormais imaginer, prévoir le pire. Le pire, c’est n’est pas le vent, mais la façon dont, de plus en plus à l’image des phénomènes climatiques tropicaux, il peut tordre en France sur des kilomètres tout ce qui fait mine de lui résister.

Face au réchauffement, au bord de la Loire, je peux certes oser mettre en place un olivier avec la certitude de récolter des olives, comme celui dont j’ai constaté la fructification il y a quelques semaines dans les jardins ouvriers de Stains, dans la banlieue nord de Paris, mais je dois penser à la hauteur des arbres, à leurs positions par rapport au vent dominant, par rapport au pire désormais toujours possible. Le vent qui peut devenir fou pendant quelques minutes parce que les hommes ne savent pas mettre un terme à la folie qui les conduit à poursuivre les rejets de gaz à effet de serre.

Tout cela au terme d’une année sans cerise, sans pêche et sans prune. Une nouvelle année noire pour les jardiniers.