Claude-Marie Vadrot

JOURNALISTE PROFESSIONNEL

Journaliste à Mediapart

167 Billets

0 Édition

Billet de blog 14 janvier 2009

Claude-Marie Vadrot

JOURNALISTE PROFESSIONNEL

Journaliste à Mediapart

Le «Dakar» enfin menacé...

Officiellement, l’étape du « Dakar » du 14 janvier qui devait notamment, en Argentine, traverser la Vallée de la Lune (photo) et une partie du lac de sel d’Atacama, a été annulée pour « cause de brouillard ».

Claude-Marie Vadrot

JOURNALISTE PROFESSIONNEL

Journaliste à Mediapart

Officiellement, l’étape du « Dakar » du 14 janvier qui devait notamment, en Argentine, traverser la Vallée de la Lune (photo) et une partie du lac de sel d’Atacama, a été annulée pour « cause de brouillard ». Une plaisanterie puisque qu’entre 3500 et 4700 mètres d’altitude, dans cette région, il y a du brouillard tous les jours en cette saison, l’hiver austral. La réalité est différente. D’une part des communautés indiennes ont fait savoir qu’elles étaient toujours opposées au passage de la caravane motorisée et d’autre par la Fondation pour la défense de l’environnement argentine (FUNAM) a demandé le 12 janvier à la Justice argentine d’interdire le passage du rallye, demande qui porte également sur les étapes du 17 et 18 janvier de la région de Cordoba. Et tous les éléments semblaient réunis pour que la justice donne satisfaction à la FUNNAM en raison des « graves préjudices causés à l’environnement », préjudices que l’on peut constater sur les images diffusées par les chaînes de télévision françaises. Les organisateurs du « Dakar » ont en effet oublié que cette course ne se déroulait pas dans des zones désertiques mais dans des espaces habités, cultivés et souvent protégés, notamment pour la préservation des rapaces, des flamands roses et des vigognes.

De plus, explique la FUNAM, « nous avons demandé à la justice de lever le secret sur la façon dont le rallye a été financé et sur les subventions qui ont été accordées par l’Etat et certaines province argentines. Il est inadmissible que les organisateurs aient pu prendre le risque de contrevenir à la loi générale sur la Protection de l’Environnement sans que soient produites des études d’impact sur les conséquences du rallye qui doivent être rendues publiques au plus tard 48 heures avant un événement. Sauf à produire immédiatement les résultats de ces enquêtes les autorisations accordées doivent être annulées (...). le juge a décidé dans un premier temps d’exiger une information précise sur les parcours exacts de la courses (...) La FUNAM rappelle que lors du rallye d’Argentine 2008, à notre demande, la justice a ordonné l’annulation d’une étape qui devait traversé le Parc national de San Martin dans la province de Cordoba ». Le texte a été signé par le Dr Raùl Montengro, Biologiste, président de la FUNAM et Prix Nobel alternatif en 2004.

Extrait du commentaire du journaliste environnementaliste argentin Victor Bacchetta à propos du dossier de 55 pages publié contre le Dakar par les associations argentines : « Voici un rallye que personne ne voit, que les gens ne suivent pas le long des routes et qui soulèvent des tonnes de poussières. Les associations de protection, les communautés indigènes, les petits producteurs et les scientifiques sont inquiets même s’ils n’ignorent pas qu’ils sont en état d’infériorité face à cette mode du Dakar qui avance dans le pays à ses « chevaux de fer ». Les routes ne sont pas préparées du tout à supporter le passage d’autant de véhicules, pas plus que les zones humides ou les dunes. Une caravane comprenant autant de véhicules circulant à grande vitesse ne peut pas être considérée comme sans impact sur le milieu naturel ».

Ce qui signifie qu’après avoir du renoncer par précaution juridique à la traversée des Andes, le Dakar pourrait connaître d’autres ennuis dans les jours qui viennent.

Pour l’instant, ce rallye a entraîné la mort de trois personnes (dont deux n’ayant aucun rapport avec le rallye), un motard restant en outre entre la vie et la mort. Quand aux dégâts infligés à la nature en Chili, dans les dunes comme dans la savane d’altitude, il faudra des années pour qu’ils s’effacent. Si tant est que des espaces naturels aussi fragiles puissent retrouver leurs équilibres perturbés...