Sauver les industries automobiles avec des milliards: un gaspillage invraisemblable et inutile !

Des milliards d’euros ont été distribués à l’industrie automobile, d’autres lui seront offerts avant la fin du mois de mars ou début avril, d’autres seront attribués aux industries qui équipent ces voitures.

Des milliards d’euros ont été distribués à l’industrie automobile, d’autres lui seront offerts avant la fin du mois de mars ou début avril, d’autres seront attribués aux industries qui équipent ces voitures. Une partie s’en ira discrètement renforcer les usines déjà en cours de délocalisation, le gouvernement a d’ores et déjà la preuve, dans un rapport tenu secret, que les constructeurs automobiles français et leurs équipementiers, français ou installés en France, continuent à renforcer leurs installations dans l’Est de l’Europe, en Russie dans la région de Saratov et dans quelques pays dits « du sud ». Mais le problème n’est pas vraiment là.

Le gouvernement français (comme quelques autres en Europe) volent au secours des marques automobiles et de leurs fournisseurs pour leur épargner, parait-il, une chute des ventes qui dure. Parce que les Français, et d’autres, touchés par la crise économique, n’auraient plus d’argent pour acheter des bagnoles.

J’ai de sérieux doutes, voire une certitude que les économistes et les politiques n’osent pas formuler ou affronter.

Et si, en fait, la chute des ventes de voitures, dont il faut quand même rappeler qu’elle a commencé avant que la crise économique soit officielle, c’est à dire reconnue par « Marie-Chantal » Lagarde, avait une autre explication ? Les Français et d’autres, une partie d’en eux au moins, n’auraient-ils pas tout simplement compris que, d’abord, une voiture peut durer au delà de son apparence et qu’ensuite, il va falloir apprendre à s’en passer.

L’idéologie de la voiture que l’on remplace pour montrer la nouvelle au voisin, l’idéologie de la bagnole statut social n’est-elle pas tout simplement en train de vaciller ? Sauf les derniers bandeurs par procuration des 4 X 4. L’arnaque idéologique et commerciale consistant à persuader le client qu’en revendant sa bagnole tous les deux ou trois ans lui permet de « faire des économies » est sans aucun doute en train de disparaître. Tout comme se fait jour la certitude chez de nombreux Français qu’une voiture ancienne peut parfaitement rouler et durer des années et des années, quitte à être réparée de temps en temps. En réparant les voitures, en ne les jetant pas ou plus comme des mouchoirs en papier, en les faisant durer, on épargne de l’énergie et de la matière première. L’idée fait son chemin malgré les efforts gouvernementaux pour renforcer les contrôles techniques qui cherchent à éliminer les vieux véhicules. Pas pour notre sécurité mais pour faire tourner les usines de voitures...

Si nous en avons encore vraiment besoin en dehors des zones rurales. J’entends déjà les hurlements habituels : la liberté de circuler, les villages et les banlieues hors d’atteinte sans véhicule. Les néo-réactionnaires de l’Automobile Club de France nous servent régulièrement ce refrain aux déclinaisons multiples, eux qui prônent encore l’utilisation du 4 X 4 et pourfendent toutes les pistes cyclables. Ce n’est pas en devenant électrique, en se déguisant (faussement) en voiture propre ou verte, que la voiture cessera, dans nos sociétés, d’être à la fois un anachronique et a-écologique. Elle disparaîtra en grande partie et les gens commencent à se rendre compte : Peugeot, Fiat, Renault, Citroën, Volkswagen et les autres savent que la fête est finie. Mais les pouvoirs hésitent à signer l’acte de décès. Parce que, effectivement, il y a des centaines de milliers d’emplois en jeu.

Mais les milliards, ceux qui ont été distribués comme les autres à venir, les milliards destinés à prolonger artificiellement l’idéologie vieillotte de la voiture, pourraient être utilisés bien plus utilement. Pour une reconversion des salariés, des ingénieurs aux ouvriers, dans les industries travaillant pour les transports collectifs, qu’ils soient urbains ou ruraux. Qu’ils s’agisse des lignes de métro et de banlieues surchargées ou des liaisons entre villes et villages, une simple partie des milliards destinés à « sauver des marques » suffirait à organiser une reconversion sans que nul ne perde de salaire.

Je rêve ? Non, ce sont les Français qui commencent à rêver pour dissiper le cauchemar, sarkozyste ou autre, d’une crise qui n’est que provisoirement économique mais qui pourrait bientôt n’être qu’écologique.

Je rêve d’un temps, pas si lointain, où les lignes d’autocars et de bus, ou bien les chemins de fer reliaient entre eux toutes les villes et tous les villages avant que la voiture les mette à mort. La remise en route des infrastructures et des moyens de transports collectifs créerait bien plus d’emplois, dans un secteur industriel et non pas vers les « centre d’appel » (la reconversion sempiternellement proposée) qu’elle n’en détruiraient. Mais, de la droite à la gauche, y compris chez la majeure partie des journalistes, la religion de la voiture, instrument de liberté et de croissance économique, reste dominante. Peut-être plus chez une partie grandissante des citoyens.

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