Attentats : quand les bons apôtres prêchent la modération à Charlie et à d'autres...

                Au-delà des complotistes qui  affirment que le massacre de Charlie-Hebdo et des juifs de l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes a été commis par les services du Mossad, par des mercenaires  ou par les Services Secrets français (le vieux et gâteux Le Pen) ;plus dangereux que ceux qui affirment que Hollande et son gouvernement « étaient au courant » ; plus stupides que les multiples et incroyables  rumeurs qui circulent sur Internet ;plus affligeants que les mômes dans les collèges et lycées qui répètent n’importe quoi et plus désespérant que  les profs qui n’ont pas voulu organiser de minute de silence ou ont fuit devant les interrogations de leurs élèves…il y a la petite musique des intellos et des politiques qui osent désormais expliquer aux médias que Charlie-Hebdo n’était et n’est pas leur tasse de thé. C’est leur droit. Sauf et surtout quand ils ajoutent qu’il ne faut pas exagérer dans l’exercice d’une liberté garantie par la loi et éventuellement sanctionnée par cette même loi quand les frontières  de la diffamation, du racisme et de l’incitation à la haine, contre les juifs, les arabes, les noirs et les roms, sont franchies.

                Ces belles âmes, ces bons apôtres de la liberté d’expression « sous surveillance » commencent à nous raconter que, certes, le massacre de Cabu, de Wolinski, de Charb, de Bernard  Maris et de tous les autres est « condamnable, odieux et inadmissible », mais que l’hebdomadaire  va parfois trop loin, qu’il ne faudrait pas fâcher ou choquer les musulmans de France et que l’on peut donc comprendre, même si elles sont « inadmissibles », les réactions des hordes d’intégristes fous qui brulent des églises et attaquent les représentations françaises au Pakistan, au Niger, en Tchétchénie et ailleurs. Ces révisionnistes de la liberté, qui prennent en même temps et  de façon subliminale (pour l’instant) la défense des catholiques « choqués » par les caricatures du Pape et des évêques, oublient bien vite les attaques des responsables de la Manif pour tous et les timbrés de Civitas contre la liberté d’expression au théâtre, au cinéma ou dans la littérature, ainsi que contre les décisions de la représentation nationale reconnaissant l’évolution de notre société.

                Ces Tartuffes médiatiques et politiques nous proposent  et veulent imposer une liberté d’expression respectueuse des institutions et des religions. En incluant les églises et temples dont les pasteurs et leurs fous chrétiens qui asservissent les Etats Unis, l’Afrique, l’Asie et  l’Amérique Latine –bientôt France- avec leurs religions sectaires qui assurent notamment la promotion du créationnisme et de l’interdiction de la liberté des femmes à choisir l’avortement. Ceux qui légitiment aussi en fin de compte la répression du « blasphème ». Dans un monde qui voient monter tous les intégrismes. Y compris ceux qui prônent le respect total de la doxa ultralibérale…

                Il faudrait donc que les organes de presse, en commençant par Charlie-Hebdo, admettent que l’on ne peut ni ne doit dessiner ou écrire « n’importe quoi » ; qu’il faut « faire attention », qu’il faut tenir compte des « sensibilités », les nôtres et celles des autres dans le reste du monde, avant de publier un article ou un dessin. Et les porte-paroles des Eglises, des mosquées et des bien-pensants commencent à nous proposer une presse expurgée de ce qu’ils appellent des « excès et provocations ». Comme un aveu de leurs conformismes et de leur soumission à l’ordre établi : celui qui doit accepter que les moqueries contre des religions soient réprimées ou évitées et que les objections à l’économie libérale (n’est pas Bernard Maris ?) soient mises sous le boisseau…

                Faut-il rappeler à ces bonnes âmes que personne n’est obligé d’aller voir  un film qui lui déplait, d’assister à  une pièce de théâtre qui le choque ? Pas plus que nul n’est  obligé d’acheter et de lire Charlie-Hebdo, Les Echos ou Le Figaro

                Et surtout que l’on ne m’oppose pas la « répression » dont serait victime un certain Dieudonné !

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