Claude-Marie Vadrot

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Billet de blog 23 décembre 2008

Claude-Marie Vadrot

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1870, un fameux dîner de crise pour les salauds de pauvres

En dépit des effets de manches du secrétaire d’Etat à l’industrie et à la consommation, (Luc Chatel, si vous avez oublié) qui est aussi le porte-parole de l’optimisme gouvernemental et a expliqué que consommer est un « acte citoyen » ( ?), de nombreux Français auront plus de soupes à la grimace pour les fêtes de fin d’année, surtout s’ils sont au chômage technique, que d’ortolans ou d’ananas brésiliens.

Claude-Marie Vadrot

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Journaliste à Mediapart

En dépit des effets de manches du secrétaire d’Etat à l’industrie et à la consommation, (Luc Chatel, si vous avez oublié) qui est aussi le porte-parole de l’optimisme gouvernemental et a expliqué que consommer est un « acte citoyen » ( ?), de nombreux Français auront plus de soupes à la grimace pour les fêtes de fin d’année, surtout s’ils sont au chômage technique, que d’ortolans ou d’ananas brésiliens. Ou bien ils se tourneront vers leurs jardins, ses provisions et leurs discrètes volailles que les Renseignements Généraux (mais oui, ils ne s’intéressent pas qu’aux cellules invisibles !) et les gestionnaires de jardins familiaux ou autres affirment constituer de plus en plus la roue de secours d’un pouvoir d’achat en berne.

Les RG expliquent que cette mini-agriculture clandestine, représente un signe inquiétant de la défiance et/ ou de l’appauvrissement des populations. Il y existe même des dissidents du pouvoir d’achat garanti qui, dans les régions les plus sinistrées, entretiennent à plusieurs et plus ou moins secrètement une ou deux vaches au fond du potager.

A ceux qui ne seraient pas convaincus par les affirmations officielles sur le « sursaut » de la consommation, ou qui ne peuvent échanger une vieille voiture contre une bonne bouffe, qui ne voudraient pas de la brioche virtuelle de Madame Lagarde, ou qui n’ont pas encore de potager, nous conseillons de prendre ceci en exemple: le « dîner de crise » que les responsables du Muséum National d’Histoire Naturelle et de la Société Impériale d’Acclimatation proposèrent aux Parisiens lors de la crise alimentaire et sociale provoquée par le siège de Paris en 1870 par les Allemands.

De nobles scientifiques, parmi lesquels un membre de la célèbre lignée des marchands de graine Vilmorin qui veillait déjà sur les potagers des pauvres, furent convoqués. Outre le recours aux jardins de pommes de terre installés dans les Tuileries, voici le menu qu’une dizaine d’entre eux dégusta pour défier les Allemands et la crise alimentaire au cours de l’hiver 1870.

- Consommé de cheval au Millet

- Brochettes de foie de chien à la maître d’hôtel

- Emince de râble de chat sauce mayonnaise

- Epaules et filets de chiens braisés, sauce tomate

- Civet de chats aux champignons

- Côtelette de chiens aux petits pois

- Salmis de rats sauce Robert

- Gigots de chien flanqués de ratons sauce poivrade

- Bégonias au jus

- Plum-pudding au rhum et à la mœlle de cheval.

Les convives de ce dîner préparé par le chef Lelong, expliquèrent qu’ils avaient voulu aider les Français à résister à des temps difficiles et commentèrent longuement et par écrit leurs observations gastronomiques. Ils ne tarirent pas d’éloges sur le potage bien qu’ayant trouvé « le millet un peu dur ».

Ils estimèrent que les brochettes de foie de chien étaient « exquises », que l’émincé de chat « rappelait les rognons de moutons », que le civet de chat, tout en « étant excellent était un peu dur », que les côtelettes de chiens étaient « un peu filandreuses », que la chair des ratons était « trop molle et filandreuse », que les bégonias au jus avaient « une grande analogie avec l’oseille », et que le plum-pudding « était exquis ».

Et ces convives commis comme Luc Chatel à l’entretien de l’optimisme des foules paupérisées se déclarèrent heureux d’avoir « fait connaître des aliments sains qui conviennent aux estomacs les plus délicats et les appétits les plus exigeants ». Ces personnages de lanoblesse et de la bourgeoisie furent quelques mois plus tard d’unanimes Versaillais résolus contre la Commune et les salauds de pauvres qui n’avaient pas aimé le rat.

Comme le fit en d’autres temps difficiles le Maréchal Pétain qui décréta les jardins et poulaillers ouvriers d’urgence et de priorité nationales, les ministres de la République vont sans nul doute bientôt nous conseiller d’organiser notre subsistance avec les moyens du bord tout en incluant dans les avantages en nature imposables les produits de nos potagers et de nos basses-cours. Et sus aux rats de Paris. A moins qu’impressionnés par les Sans Terre du Brésil, tous heureux que Lula ait acheté un sous-marin nucléaire et les bricoles qui vont avec, le président de la République n’invitent des Français à venir cultiver leurs jardins en défonçant les pelouses de l’Elysée.

Joyeux Noël aux jardins des illusions.