La grippe porcine est à nos portes et Monsanto aussi

 La « menace » de grippe porcine commence à affoler les foules. Comme si les cochons mexicains et américains étaient déjà partis à la nage vers l’Europe...pour nous envahir avec une grippe qui n’est pas plus porcine que bovine.

 

La « menace » de grippe porcine commence à affoler les foules. Comme si les cochons mexicains et américains étaient déjà partis à la nage vers l’Europe...pour nous envahir avec une grippe qui n’est pas plus porcine que bovine. Juste une grippe comme le furent d’autres épidémies. Un affolement qui permettrait à la France (et à d’autres pays...) d’écouler les stocks de Tamiflu, le fameux médicament inefficace dont le gouvernement a acheté des dizaines de millions de doses qui sont sur le point d’être périmées. Avec encore plus de masques qui ne serviraient à rien. Au fait, qu’est devenu le fameux toubib français et parisien spécialiste des maladies pulmonaires (Jean-Philippe Derenne) qui, au cours de l’année 2005, dans un livre qui s’est bien vendu en affolant aussi les Français et lâchant les chasseurs sur tout ce qui volait, avait prévu 500 000 morts frappés par la grippe aviaire soi-disant à nos portes ? Où sont ceux qui accusaient les oiseaux migrateurs de menacer notre espèce ? Menace alors démentie par les chercheurs français qui n’avaient pas réussi, notamment dans le Parc national du Bans d’Arguin en Mauritanie mais aussi sur le fleuve Sénégal à trouver le moindre oiseau malade. Cette histoire, qui a ruiné des éleveurs africains, les petits comme les grands et pénalisé les éleveurs français de poulets en plein air, avait été une belle farce permettrant aux industriels du poulet d’accroître leurs productions et leurs exportations. Une panique pour pas grande chose, déjà. Il y a des jours où je me demande à qui profitent ces affolements politico-médiatiques alors que le paludisme entraîne chaque année la mort d’un million et demi de décès....

Nous ferions mieux, à propos de ces cochons de cochons, de nous intéresser aux projets de Monsanto qui tente de faire breveter des gènes d’une race allemande de porcs rustique, et de s’octroyer ainsi une rente sur toute utilisation de cette race dans des croisements. La Fédération nationale d’agriculture biologique vient de dénoncer ce projet qui consiste une nouvelle fois à breveter le vivant. Il ne s’agit plus là d’une « crainte » mais d’une réalité : l’Office Européen des brevets a en effet octroyé, le 16 juillet 2008, un brevet pour l’élevage de porcs (brevet N° EP 165 1777) à la multinationale Monsanto qui doit normalement devenir effectif dans quelques jours. Le brevet en question permettrait à Monsanto de toucher des royalties sur tout croisement utilisant cette race de porcs rustique, qui a donc sa place en élevage biologique. La raison principale pour faire opposition est d’abord d’ordre éthique : le brevet ne se base pas sur une invention mais vise, au contraire, la maîtrise de la production des denrées alimentaires. Ce brevet aura des conséquences importantes en matière de dépendance des éleveurs et des consommateurs. Il n’est qu’une tentative précédant le prochain projet de Monsanto : le porc (et d’autres animaux) génétiquement modifiés de façon à devenir des exclusivités imposées à des producteurs de porcs hors sol.

 

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