Claude-Marie Vadrot

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Billet de blog 29 janvier 2009

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La belle histoire de Max, la cigogne qui annonce le réchauffement climatique

Une belle histoire, pour nous consoler d’une grève et surtout de manifestations que le Président ne remarquera pas...Depuis le 5 juillet 1999, la cigogne Max, équipée d’une balise satellite dotée d’un mini panneau solaire

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Une belle histoire, pour nous consoler d’une grève et surtout de manifestations que le Président ne remarquera pas...Depuis le 5 juillet 1999, la cigogne Max, équipée d’une balise satellite dotée d’un mini panneau solaire dévoile peu à peu les mystères de la migration. Grâce à André Fasel, directeur du muséum d’histoire de naturelle de Fribourg, elle raconte chaque année, jour après jour, aux scientifiques les méandres de la migration annuelle de ses congénères. Elle n’est pas la seule ainsi équipée, mais c’est la première fois qu’une cigogne est suivie aussi longtemps et surtout que l’un de ses petits, Ulli, fait également l’objet d’un suivi permanent. Longtemps, partant chaque année de Suisse avant de faire un tour en France, Max a fréquenté le sud du Maroc, frôlant parfois le nord du Mali, pour se mettre à l’abri des longues périodes de froid et aussi pour avoir, comme ses congénères, la certitude de trouver de la nourriture. Cette cigogne, devenue la mascotte des scientifiques suisses et de nombreux écoliers de la région de Fribourg, est devenue à son corps défendant, l’un des signaux les plus évidents du réchauffement climatique.

En 2007, pour la première fois, Max n’a pas franchi le détroit de Gibraltar pour gagner l’Afrique. Elle s’est arrêtée en Andalousie où elle a tranquillement passé l’hiver. Tout simplement parce que cet oiseau y trouve à la fois la température et la nourriture dont elle a besoin. Elle y est retournée en 2008. Cette année encore Max a choisi de rester en Espagne, sans même se donner la peine de descendre au sud puisqu’elle a passé l’hiver au centre du pays. Elle a quitté sa zone d’hivernage début janvier et après s’être arrêtée dans les environs de Saragosse, elle vole et se nourrit depuis quelques jours en Catalogne, probablement retardé par la tempête Klaus qui a également touché le nord du pays. Max est devenue, la preuve heureusement vivante malgré les embûches qui guettent les oiseaux, que monsieur Claude Allègre n’en finit pas de raconter n’importe quoi sur le climat pour prolonger sa notoriété climatique. Les oiseaux montrent chaque année, en changeant de comportement, que le climat change...

La modification significative des habitudes de nombreux oiseaux, ceux qui ne partent plus tous vers le sud et ceux qui ne viennent plus du nord, remonte à une bonne vingtaine d’années, à l’époque où l’expression « réchauffement climatique » faisaient ricaner une partie de scientifiques et la totalité des politiques. Alors qu’à la première conférence mondiale sur l’environnement de Stockholm, en 1972, ce réchauffement avait été à fois annoncé et décrit. A première vue, le constat est positif, notamment pour les 2,5 millions de canards qui ne sont plus contraints à se fatiguer pour venir se réfugier en France et dans le sud de l’Europe ; et pour ceux que les conséquences du froid contraignent depuis des siècles à se réfugier en Afrique. Comme les milliers de grues cendrées passant désormais l’hiver en Champagne, sur les bords du lac du Der ou dans le sud-ouest de la France. Comme les hirondelles qui tentent de passer l’hiver en Normandie ou dans le sud de la France.

Mais une part importante des oiseaux partant encore en Espagne ou en Afrique, notamment les petits oiseaux, arrivent désormais en France à un moment où, pour cause de radoucissement général, de nombreux insectes et larves ont déjà pris leur envol. Ce qui les prive de nourriture au moment où ils installent leurs nids, pondent leurs œufs et commencent à nourrir leurs petits. Certaines espèces comme le pouillot siffleur ont déjà vu leurs populations se réduire de 80%.

La France n’est pas le seul territoire où les oiseaux sont menacés par le réchauffement. Ils le sont dans la taïga qui grimpe rapidement vers le nord depuis une trentaine d’années. Au dépend de la toundra fréquentée au nord de la Russie et du Canada par une quinzaine de millions d’oies, de canards et de limicoles divers. Dernières estimations du désastre : dans une vingtaine d’années la population sera réduite de moitié, une extinction progressive étant envisagée. Et la montée des océans va peu à peu noyer les estuaires ou ces mêmes espèces trouvent leur nourriture.

Partout dans le monde, à cause du réchauffement, des millions d’oiseaux vont mourir en bonne santé ! Il y a toujours eu des modifications climatiques, mais le réchauffement actuel, engendré par les activités humaines, est trop rapide pour que toutes les espèces aient le temps ou les forces d’adapter leurs comportements ; d’autant plus que les modifications précédentes se sont faites au sein d’une nature quasiment vierge. Désormais, entre la modification des territoires, la pollution, la fragmentation des milieux s’ajoutent aux modifications aléatoires des climats.

Max franchira probablement les Pyrénées dans quelques jours. Des semaines plus tôt qu’il y a dix ans. Des millions d’oiseaux, notamment ceux qui ont déjà quitté depuis plusieurs semaines leur lieu africain du Banc d’Arguin en Mauritanie, ont également avancé leur retour, y compris ceux qui sont menacés par les chasseurs parce que le gouvernement, en contravention avec les directives européennes, vient de prolonger leurs périodes de chasse en février.