Guet-apens aux guichets des préfectures de l’Essonne et de Paris

Les services des préfectures semblent, à qui les pratique, bien engorgés. En revanche pour apprehender aux guichets des migrants venus régulariser leur situation, les envoyer en CRA et les expulser, cela se fait illico presto ; et même pour expulser une famille tchétchène, parents et enfants inclus, cela se fait de l'arrestation à l' envol en moins de 20 heures !

 

Au revoir Bekhan, Mariana, Magomed et Akhemed, dublinés en Pologne ce matin, expulsés manu militari sans aucun bagage

Les enfants de l’école du Bosquet aux Ulis (91) ne reverront plus leurs deux petits copains de 6 ans et 4 ans à la rentrée.

Les services des préfectures semblent, à qui les pratique, bien engorgés. En revanche pour expulser une famille tchétchène cela se fait en moins de 20 heures, l’efficacité et les compétences hexagonales se révèlent brillamment grâce à une coordination sans faille des services concernés Mais il est vrai qu’ils ont tous un certain entraînement.

Ce matin donc, mercredi 25 octobre, à Roissy, Bekhan Y, MarianaY, Magomed Yet Akhemed Y, le père, la mère et deux petits de 6 et 4 ans, ont été embarqués pour Varsovie contre leur gré . Là en Pologne, ils risquent fortement d’être renvoyés en Tchétchénie, terre qu’ils fuyaient. Ils sont comme on dit « dublinés » ! C'est-à-dire que selon des accords européens signés à Dublin en 1990 puis réformés en 2003, les demandes d’asile doivent être traitées dans le premier pays où sont prises les empreintes des personnes. Sans tenir compte ni de leur volonté ni de leur liberté de circulation. Bien au contraire.

Jusqu’à hier, Bekhan et Mariana logeaient avec leurs deux petits, scolarisés à l’école des Bosquets, depuis plusieurs mois à l’hôtel social des Ulis dans l’Essonne. En France depuis près d’un an, ils avaient été déboutés de leur demande d’asile, et se rendaient régulièrement tous les deux mois à la Préfecture de Paris. Convoqués hier, ils y sont allés avec les enfants car c’était les vacances de la Toussaint. Mais là, l’agent administratif au lieu de leur actualiser leur récépissé comme d’habitude, leur a notifié une convocation devant un juge cet après-midi en vue de leur expulsion et leur a fait signer les papiers correspondants. Ils ont alors immédiatement été emmenés à Roissy par des policiers qui les attendaient sur place. Rapidité et coordination des services, là ça ne traine pas ! En revanche pas question de repasser prendre aux Ulis quelques biens personnels, ne serait-ce que quelques affaires chaudes pour les enfants. Ils sont alors emmenés à Roissy et -surprise- embarqués dés ce matin 6 h comme cela, sans même être présentés devant un juge comme cela leur avait été indiqué hier à la préfecture.

Le préfet de Paris va certainement être récompensé pour son zèle et celui de ses agents par le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb ; lui au moins, il fait honneur au corps des préfets.

Mais ne croyez pas que cela ne concerne que la préfecture de Paris, et qu’une telle efficacité s’improvise. Cela demande de l’entraînement. Et nous à l’Observatoire citoyen du CRA de Palaiseau, toute l’année nous avons pu constater combien ces employés de préfecture en avait de l’entrainement, en particulier en Essonne. Nous avons en effet rencontré au CRA, des hommes, jeunes ou non, de différentes nationalités, Togolais, Congolais, Irakiens kurdes, Afghans. Christian, Mustapha, Isidore, tous futurs « dublinés » qui avaient pu expérimenter la qualité et la rapidité des services préfectoraux en matière de placement en rétention en vue d’une expulsion.

A chaque fois se reproduisait le même story-board, le même guet-apens : Convoqués, bien souvent à la préfecture de l’Essonne, ils se présentaient au guichet 3, qui les renvoyait au guichet 4, puis ensuite à 15H30, au guichet 24/25. Et là surprise, une dame leur disait qu’ils allaient être conduits au CRA de Palaiseau pour être emmenés ensuite au Portugal, en Italie, en Espagne, ou en Suède selon les cas. Cela en présence quelquefois d’un interprète et toujours de deux hommes en civils qui s’avéraient être des policiers ; et aussitôt dit, aussitôt fait, cela ne traine pas, c’est du beau travail ; la femme, la sœur, la famille, pas informée, aura beau dés le lendemain prendre un avocat, venir témoigner au tribunal, les associations intervenir. Certains avaient des récépissés toujours en cours de validité pour plusieurs mois. Dans la majorité des cas, rien n’y fait, la machine à broyer les vies des étrangers est bien huilée, et efficacement en marche.

Sans état d’âme. Banalement. La « dame du bureau 4 » de la préfecture d’Evry dort-elle bien, peut-elle être fière de ses états de service, de ses allées et venues entre le guichet 4 et le guichet 24/25 ? L’agent administratif de la préfecture de Paris pense-t-il qu’en suivant à la lettre le Ceseda, Code du séjour des étrangers et des demandeurs d’asile, il sert bien la France, jadis appelée « terre d’accueil ». Ce qu’ils font ou participent à faire, est-il juste ?

Et quand les familles, les personnes « dublinées » se retrouveront contre leur gré et leur intérêt dans les pays qu’ils avaient fui, les préfets, et leur ministre de tutelle prépareront- ils Noël, leur réveillon et leurs vœux à la population, la paix et la joie au cœur ?

Mais quand sous l’égide du même ministre de l’Intérieur, se décideront-ils à dégager des compétences tout aussi efficaces pour satisfaire d’autres services ? Particulièrement en Essonne, ceux des naturalisations et des renouvellements de titres de séjour totalement inaccessibles par téléphone depuis plusieurs mois. Tandis que le téléphone est le seul moyen fourni pour pouvoir obtenir un rendez-vous, moyen d’ailleurs obligatoire ! Kafkaïen ? Ubuesque... La moulinette est en marche.

Claude Peschanski

Observatoire Citoyen du CRA de Palaiseau

Cra : Centre de Rétention Administrative

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