Nos voisins d’à côté

Savez-vous qu’il y a deux mois, Camelia* a mis au monde juste à côté d’ici, en face d’Auchan, à Villebon, Ioan, un bel enfant qui grandit vite et bien pendant que, son père, Alin, avec ses compagnons,  construisent contre vent et marée, non loin de l’Yvette, en face d’Auchan, des abris de fortune, un village de cabanes. Un enfant qui naît, un père qui lui construit un refuge… Quoi de plus normal ? 

Savez-vous qu’il y a deux mois, Camelia* a mis au monde juste à côté d’ici, en face d’Auchan, à Villebon, Ioan, un bel enfant qui grandit vite et bien pendant que, son père, Alin, avec ses compagnons,  construisent contre vent et marée, non loin de l’Yvette, en face d’Auchan, des abris de fortune, un village de cabanes. Un enfant qui naît, un père qui lui construit un refuge… Quoi de plus normal ? 

Savez-vous qu’il y a juste un mois M. Ilie, un homme âgé, malade du cœur, est mort à l’Hôpital Jacques Cartier à Massy, il venait de s’installer à Villebon dans les vestiges tagués de l’usine Galland. Nous avons rencontré sa famille le jour même. Sa petite fille Luminita qui nous sert de traductrice, Petru, son fils, sa bru, Constanta, son arrière petite fille de huit mois, Ileana, une famille sous le choc, endeuillée, comme toutes les familles vivant la même épreuve. Quoi de plus normal ? 

Sauf que le 15 octobre Alin et Antonio nous ont appelé deux fois à l’aide croyant que les gendarmes venus leur demander de partir, allaient les expulser de force de leurs cabanes récemment construites : mais ce n’était que de l’intimidation, il s’agissait de leur faire croire qu'ils allaient être bientôt expulsés, de les pousser à plier bagage. Plusieurs familles sont ainsi d’ores et déjà parties, reprenant la route, de nouveau en exode.

Alin et Camelia et la majorité de leurs amis,  des jeunes couples avec des petits enfants n’ont pas bougé. Ioan notre jeune Villebonnais n’a pas encore eu à découvrir les chemins de l’errance. Jusqu’à quand ? Sauf qu’ils sont pauvres et Roms et que la  pauvreté de Petru ne lui permet pas d’inhumer son père là où il voudrait, en Roumanie, à côté de sa mère décédée il y a 20 mois, ni même d’obtenir une concession à perpétuité à Massy … Et qu’au deuil de la perte d’un être cher s’ajoutent  les maux de l’exil et de la pauvreté. 

Sauf que vendredi dernier ils ont été appelés à comparaître devant le Tribunal de Grande Instance d'Evry. Le maire de Villebon a demandé aux propriétaires de porter plainte contre eux bien que leur friche ne leur soit d'aucun rapport financier et qu'ils ne gênent personne, aucun voisin n'étant à proximité.

Sauf qu’ils vivent tous avec cette menace d’expulsion qui pèse sur eux,  que les enfants qui rêvent d’école ne sont pas encore scolarisés, qu’ils n’ont pas d’eau courante, que les femmes et les enfants ramènent l’eau tels Cosette dans des bidons, à pied sur plusieurs centaines de mètres, qu’ils n’ont pas d’électricité, que les containers à ordures ménagères ne sont pas vidés régulièrement, que des blocs de pierre et des bennes emplies de gravats barrent l’entrée de leur site, que les pneus d’une vingtaine de voitures ont été crevés, que le maire promulguant un arrêté antimendicité inique, le premier en France depuis le changement de gouvernement, et adressant une lettre à la population parlant "d'invasion intolérable" souffle sur les braises de l'exclusion…

 

La pauvreté, ce fléau, couplé au rejet des Roms est en train de grandir en France et dans d’autres pays d’Europe et de transformer les Ioan, Ileana et leurs parents, en épouvantails, catalysant peur sociale, et xénophobie. A Palaiseau et à Villebon, nous sommes quelques uns à refuser cette haine, ce rejet de l’autre. L'ASEFRR, Association de Solidarité en Essonne avec les familles Roms Roumaines, dont c'est la mission, et des citoyens, des hommes et des femmes de bonne volonté qui oeuvrent ensemble pour soutenir ces familles en détresse ...

Après un été qui a vu se multiplier les expulsions de Roms aux quatre coins du territoire comme jamais - n'est-on pas arrivé à 4900 expulsions !- les événements de Marseille et de Cysoing, et cet automne, les expulsions notamment à Evry et à Noisy-le-Grand de bidonvilles de Roms, le refus de scolarisation d’enfants roms à Ris-Orangis, tous ces actes sont le résultat d’une politique discriminatoire légitimant la mise au ban des RomsLes politiques au pouvoir, portent la lourde responsabilité d’attiser les haines xénophobes et de faire le jeu des extrémistes. Une autre politique est possible, on le voit à Igny, à Orly, à Gardanne, municipalités qui ont préféré  plutôt offrir leur aide à des familles Roms que de chercher à les expulser.                                                                                                                                                 

 

*Les prénoms ont été changés

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