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Billet de blog 28 novembre 2013

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Expulser, pourquoi ? Chasser les petits enfants, pourquoi ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Que vont devenir les petits enfants de l’usine Galland si leurs familles sont expulsées ? Pour que la république ait bonne conscience, certains- pas tous- vont être placés avec leurs parents pendant quelques jours dans de précaires et sordides hôtels sociaux après d’interminables appels téléphoniques au 115. Tous vont pour la première fois commencer une vie d’exodes successifs.  Trouver avec leurs parents refuge dans un hôtel social, ou dans un autre campement, un bois, un coin de banlieue où ils pourront se poser quelques temps. Avant une nouvelle expulsion.  Pourquoi ? Pourquoi faudrait-il chasser de leur premier domicile ces tout petits sans qu’une vraie solution ait été cherchée, trouvée ? Pourquoi ? Le propriétaire, le PLU n’ayant pas encore été revu, n’a toujours pas le droit de réaliser ses projets immobiliers ? Alors pourquoi ?

Qui dérangent-ils vraiment là-bas de l’autre côté de l’Yvette, sur l’île d’Amour ?

Pourquoi Gabriel-Ionut, qui aura juste 20 jours au moment de l’audience du Tribunal de Grande Instance d’Evry, le 29 novembre,  et qui est le fils d'Adriana et d’Ion, le frère d’Alexandra, 1 an et demie, doit-il être expulsé de Villebon ?

Et Naomie, 1 mois, fille de Mirela Georgina et de Nicolae, la sœur de Joseph, 2 ans,  et d’Esav et Iacov, deux jumeaux de 6 ans,

Et la si mignonne fille d’Ana-Arabela et de Florin,

Et Alexandra, 2 mois, la fille de Florina et de Nicolae,

 Et Yanis, 2 mois et demi, le fils de Carmena et de Marius, le frère d’Adelina, un an et demi,

 Et David, 4 mois, fils de Nicolae et de Maria et frère de Marta Maria, une grande de 3 ans,

Et Yasmina, 6 mois, la fille de Narcisa et de Marian-Ionut, la petite fille de Maria,

Et Sarah, 6 mois, la fille de  Pamela et de Gabriel,  

 Et Yasmina, 8 mois, la  fille de Mariana et de Vlad Alexandru,

Et Larisa, 11 mois,  fille de Florenta et de Mihail,

et puis le fils de Vasile Vasile

et enfin aussi Simon Ramis, qui vient d’avoir un an, le fils de Somerta et de Vasile, le frère d’ Estera, 6 ans,  et d’Oisif-Daniel, 4 ans,

Pourquoi tous devraient-ils quitter leur domicile à l’usine Galland sur l’Ile d’Amour à Villebon, juste à la limite de Palaiseau ?

Choyés, cocoonés, leurs parents et leurs grands-parents nous les présentent avec tendresse et fierté, ils sont la prunelle de leurs yeux et suivent avec attention les avis et les gestes de la

puéricultrice qui passe régulièrement assurer leur suivi pédiatrique.

Et puis il y a aussi Florentina-Georgiana,  2 ans et  5 mois, Armando 2 ans et 3 mois, Andrea, 2 ans et 10 mois, Ilinca Darius, 2 ans et 7 mois, Andrei , 1 an et 11 mois, Andrea , 1 an et 2 mois, Vasile, 2ans et 6 mois, Amir Vasile, 2 ans et 2 mois, Shakira, 2 ans et 9 mois.  Et les autres plus grands, ceux qui vont à l’école et ceux qui n'y vont pas encore, ceux qui vont au collège,  et les jeunes qui cherchent du travail, et Nicolae, la fierté de la communauté qui commence l’université en faculté  de droit.

Certains sont nés en France dans d’autres endroits d’où ils ont été chassés, d‘autres  sont avec leurs parents et grands-parents, leurs frères et sœurs, venus de Buzau, une ville de l'est de la Roumanie, entre les Carpates et la plaine de Bărăgan où en tant que Rroms même eux, ces tout petits et leurs frères et sœurs, ne sont pas les bienvenus.

D’ici aussi, où ils se sont réfugiés il y a 14 mois, ils risquent d’être chassés de cette usine désaffectée devenue une crèche, un refuge, le domicile de ces petits enfants et de leurs familles déshéritées ; tout peut être broyé par les pelleteuses.

Pourtant il est bien accueillant et bien beau ce lieu avec les linges des tout petits qui sèchent suspendus aux murs de l’usine, ajoutant des couleurs et des figures aux tags urbains multicolores qui recouvrent le squat.

Pourquoi  cette chasse aux petits, aux pauvres, aux déshérités ? Pourquoi la « France, mère des arts, des armes et des lois, » comme l’écrit du Bellay au XVIème siècle, en pleine Renaissance, s’abaisse à traiter ces familles  avec tant d’inhumanité ? 

« Que ne me réponds-tu maintenant ô cruelle… »,

« Je sens venir l’hiver, de qui la froide haleine,

D’une tremblante horreur fait hérisser ma peau. »

 France, mère des arts, des armes et des lois

France, mère des arts, des armes et des lois, 
Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, 
Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois, 
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ? 
France, France, réponds à ma triste querelle. 
Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine, 
Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine 
D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.

Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture, 
Ils ne craignent le loup, le vent ni la froidure :
Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.

 Sonnet des Regrets, Du Bellay

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