SNCF et le système

On va vers une destruction du transport ferroviaire en France... quels sont les responsables??

J’ai lu les articles parus sur MEDIAPART avec beaucoup d’intérêt et je suis évidemment pleinement en accord avec la plupart des arguments. De plus et afin d’éviter tout malentendu, je ne suis pas, loin s’en faut, un adepte forcené de la privatisation des services publics…

En revanche et comme de la part de tous les journalistes, mêmes bien intentionnés (ce qui semble être le cas à MEDIAPART), jamais les articles proposent de décrire le fonctionnement interne de la SNCF en tant qu’entreprise.

Elle fut, en son temps, remarquable mais j’ose affirmer que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Même si, majoritairement, la faute en revient à l’Etat, la SNCF en porte une lourde responsabilité.

 Je fournis quelques exemples représentatifs de ce fonctionnement, mais c’est loin d’être exhaustif:

  • La productivité laisse grandement à désirer : Bruno GAZEAU (Président de la FNAUT) lors de l’émission « 28 minutes » (sur ARTE, le 19 février 2018), affirme que le coût est 20% plus élevé que dans les entreprises ferroviaires de nos voisins européens et ceci en raison d’une productivité plus faible. Or, une grande partie de l’organisation du travail ne dépend en aucun cas de l’Etat, le problème est interne à l’entreprise.
  • La SNCF est la seule entreprise française qui voit sa masse salariale augmenter (évidemment en ne prenant pas en compte les retraites) alors que ses effectifs diminuent régulièrement. Ceci, parce que l’on a artificiellement fait progresser les employés vers des pseudo fonctions de cadres afin d’augmenter, artificiellement, les salaires (9,5 employés pour 1 cadre il y a 30 ans, 1 pour 4,5 aujourd’hui). Un cheminot intervenant sur RMC le 21/02/2018 à 15h affirme qu’il y a 30% de cadres en trop au sein de l’entreprise!!... Je recommande, à ce sujet, de consulter un article qu’a produit l’UFC que Choisir (Que Choisir n° 539, septembre 2015, association qui ne peut être taxée de dérive droitière), cette lecture est édifiante sur les problèmes internes qui n’ont rien à voir avec de soi-disant injonctions étatiques.
  • Il fut un temps où les usagers (dorénavant on dit « clients ») avaient une grande considération pour les cheminots, pour les services rendus et l’énergie que ceux-ci investissaient pour que les trains roulent et arrivent à l’heure… Ce n’est plus le cas… Parce qu’une multitude de trains ne respectent plus les horaires (90% d’exactitude est, de loin, surestimé). Même si l’on excepte les aléas non prévisibles, on peut observer que le moindre handicap fait que le train ne part pas ou accumule un retard conséquent. Par exemple, récemment on a pu observer que 5 cm de neige ont fortement perturbé le trafic parce que, dit G. PEPPY (intervention au Journal d’Antenne 2), les intempéries ont empêché les conducteurs de rejoindre leur lieu de travail. Outre le fait que la SNCF devrait avoir les moyens d’anticiper ces intempéries (d’autres le font très bien), faut-il rappeler qu’il fut un temps où des « brigades » en permanence disponibles devaient assurer la continuité des départs, ceci quels que soient les aléas climatiques ou autres. Mais la SNCF manque aujourd’hui de conducteurs et certains trains ne partent pas pour cette raison (ce fut le cas dans la région de Reims en septembre 2017. Le journal local l’Union a titré le 12/12/2017 : « Le train, quelle galère ! »). Parce que de nombreuses grèves, parfois que l’on a du mal à justifier, ont laissé sur le quai quantité d’usagers qui avaient besoin du train pour se rendre à leur travail… Cette exaspération parfaitement perceptible quand on voyage à bord de certains trains (en particulier en région parisienne), est loin d’être anecdotique et pourrait avoir des conséquences délétères sur les revendications à venir et le gouvernement le sait !...
  • Que dire du fret ?... Certes il y a eu la désindustrialisation du pays et les choix du système à favoriser le tout routier (parfois ceux-ci furent, de la part de l’Etat, très contestables). Mais les opérateurs privés qui devaient relever le défi (il paraît que ce doit être le rôle de la mise en concurrence), en raison d’une distribution des « sillons » de la part de SNCF-Réseau très aléatoire et manquant de stabilité et de fiabilité, n’ont pas été capables de réaliser cet objectif (il y a toujours que 10% du fret qui passe par le rail). Or, beaucoup d’industriels et donneurs d’ordre sont, hélas, découragés par ce mode de transport.

On pourrait ainsi multiplier les exemples.

Il existe des réseaux ferroviaires européens qui fonctionnent, dorénavant, mieux que le notre (la Suisse évidemment, mais également l’Angleterre, n’en déplaise à certains) et j’ose affirmer que la responsabilité de cette dégradation du service est double : l’Etat certes , mais également l’entreprise elle-même dans son ensemble : organisation du travail, responsables, syndicats, etc…

Je termine par un texte prélevé dans le mensuel l’Historail (n°17 d’avril 2011, page 29): « A la décharge des pouvoirs publics, il faut reconnaître que la fréquence des conflits sociaux et le manque de fiabilité des services ferroviaires, notamment dans le fret, où les industriels, déjà confrontés à une concurrence impitoyable, ont absolument besoin de sécurité au niveau des transports, n’ont pas joué en faveur du rail… ».

Que faut-il ajouter ?…

 On peut continuer à penser que pour certains exemples dont certains sont décrits ci-dessus, la faute en revient encore et toujours à l'Etat et au système ... certes... et c'est dans l'ordre du possible (il n’est plus utile d’en faire la démonstration, « la France insoumise » s’en charge). Mais, je puis affirmer que dans beaucoup de cas, la responsabilité en revient au fonctionnement interne qui est «  gravé dans le marbre » et est incapable de s'adapter à un fonctionnement fluide, efficace, fiable et régulier qu’exige un mode de transport utile à tous (et pas seulement pour les riches, les cadres et les vacanciers qui prennent le TGV)…

Il est certain que le rapport SPINETTA, outre le fait que c'est une synthèse des idées de MACRON, a deux fonctions essentielles:

  • Continuer à entériner le tout routieremploi oblige(un pays qui produit des voitures et a 3M de chômeurs, ne peut que favoriser la route, mais alors pourquoi l'Allemagne fait mieux que nous en terme d'organisation ferroviaire ?), même si cela va à l’encontre de ce que beaucoup affirment : encombrements routiers à la limite du supportable, pollution due au transport fret par la route, dégradation de la structure routière à la charge du contribuable, augmentation des accidents de bus, concurrence déloyale en faveur du routier (car les camions ne paient pas l’entretien des routes, alors que le train si !),… etc.
  • Evidemment… se débarrasser de la SNCFen passant par, d’abord, le changement du statut des cheminots... le reste suivra !...

 Peut-on, à l’aube de la destruction du transport ferroviaire en France (c’est bien de cela dont il s’agit), faire l’économie d’une analyse circonstanciée de toutes les responsabilités...

Je ne le crois pas et le constat décrit ci-dessus relève de ce que j'appelle familièrement : «  se tirer une balle dans le pied »…

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