LARME DU STREAM (le marché musical du disque en France)

Le survol du rapport annuel 2019 du SNEP français (Syndicat National des Editeurs Phonographiques) et du rapport mondial de l’IFPI, apporte quelques informations sur l’état de la musique en France et dans le monde.

Musiciens © gravure de Jean-Claude Salémi Musiciens © gravure de Jean-Claude Salémi
0 Le marché mondial a augmenté de 8,2% en 2019 pour atteindre 20 milliards de $.

Le streaming a augmenté de 22,9 % et rapporte pour la première fois plus de la moitié de cette somme (56%).

Cette hausse est principalement due à l’augmentation des abonnés au streaming payant (qui sont aujourd’hui 341 millions, ce qui représente 42% du chiffre d’affaire mondial). Ce n’est pas une très bonne nouvelle pour les musicien.nes, car ces revenus « on line » profitent essentiellement aux plateformes de diffusion, aux producteurs et aux états (la TVA). Les droits générés pour les auteurs, les compositeurs et les interprètes par ces « clics » virtuels restent ridiculement bas.

Par ailleurs, le marché du disque continue à se rétracter (-5%), sauf au Japon.

0 Le poids des trois majors mondiales (Universal / Sony / Warner) écrase totalement le marché français. En 2019, elles trustent 173 des titres du TOP 200 des albums.

C’est également vrai pour le TOP 50 du jazz (80%) et de la musique classique (94%). Deux producteurs indépendants (Believe et Wagram) placent toutefois 25 titres dans le TOP 200, en produisant surtout du rap, de l’électro et des musiques urbaines.

La situation en France n’est toutefois pas du tout comparable à la Belgique.

D’abord parce que Universal est une firme française (et si le capital n’a pas vraiment de nationalité, les Français, eux, aiment leur langue).

Et ensuite, parce que les filiales françaises de Sony et Warner produisent, elles aussi, de nombreux artistes locaux. 19 morceaux du TOP 20 sont ainsi chantés en français.

A cet égard, la France est un empire. La Belgique, une colonie.

0 La langue française est plébiscitée par le public français, à rebours des programmateurs, qui privilégient plutôt l’anglophilie mondiale.

En effet, alors que le français ne représente que 42% des titres en radio (deux petits points au-dessus des quotas, qui en imposent un minimum de 40%), il atteint, grâce au public, 71% des chargements en streaming audio et 84% des titres en streaming vidéo !

Avis aux programmateurs belges qui se la jouent Brussels Twenty-One über Alles.

0 La proportion de femmes parmi les artistes français.es exporté.es est de 50% en chanson, de 44% en pop, de 14% en musiques urbaines et de… 0% en électro et en jazz !! Comme quoi, certains semblent confondre les septièmes diminués et le rugby.

Et encore : il y a des femmes qui jouent au rugby.

0 Une modification du règlement des quotas en France en 2016 a permis, en trois ans, une augmentation de 23% du nombre d’artistes francophones programmés, et une hausse de 41% des titres francophones qui tournent dans les « playlists ».

Ce qui montre l’importance des « sous-quotas » sur les ondes, qui favorisent l’émergence de nouveaux talents et une certaine diversité musicale.

0 La notion de « disque d’or » a fortement évolué au fil du temps.

Il fallait, pour l’obtenir, vendre 500.000 « singles » en 1973, 250.000 en 1991 et… 75.000 en 2013.

Depuis 2018, un « disque d’or » récompense 15.000.000 de « clics » en streaming, au terme d’une curieuse équivalence où 1 téléchargement vaut 150 « stream » et un « vrai » CD vendu … 1500 ! Voilà donc de nouveaux "disques d'or" à 10.000 CD vendus.

Comme quoi, il n’y a pas que la musique qui semble devenir immatérielle.

Nous, on s’en fout : il nous reste les pralines Léonidas et les médailles en chocolat.

 

Claude Semal, 4 juin 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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